Copyright LE COURRIER AUSTRALIEN 2016
HomeActu(2) Révélations et mystères d’un crâne australien exposé dans un musée américain
Cimetière

(2) Révélations et mystères d’un crâne australien exposé dans un musée américain

aircalin

Les autorités australiennes ont réagi promptement pour que le crâne d’un soldat australien tué en Europe en 1917 et exposé dans un musée américain soit retiré des collections. L’ambassadeur australien aux Etats-Unis , Joe Hockey, ont intervenus directement pour que les images du crâne soient également retirées du site internet du musée.

Des spécialistes du monde entier se sont alors penchés sur l’identification de ce crâne sur la base des rapports de l’époque.

Ils ont établi que le crâne appartenait très probablement à Thomas Hurdis, un soldat originaire de Sydney âgé de 27 ans, mort des suites des blessures terribles au visage qu’il avait reçues le premier jour de la bataille du bois du Polygone, le 26 septembre 1917. En effet, d’après les rapports australiens, Thomas Hurdis est le seul soldat de première classe mort le 3 octobre avec de telles blessures.

 

Des pratiques discutables de prélèvements de restes humains

Dr Shoemaker, le chirurgien ophtalmologue qui l’avait traité, aurait alors prélevé chirurgicalement sa tête pour en faire don au Mütter Museum. Dans les archives du Pennsylvania Base Hospital No.10 dans lequel Thomas Hurdis est décédé, l’on peut lire que plus de 200 « prélèvements » ont été réalisés lors d’autopsies et d’opérations et présentés ensuite au Mütter Museum — une pratique alors autorisée par les British Medical Services (services médicaux britanniques).

La controverse à propos du crâne et des pratiques du musée Mütter, qui a accumulé de grandes quantités de restes humains des quatre coins du monde, est en train d’enfler aux Etats-Unis. Ce cas souligne en effet la nature frauduleuse des pratiques de collecte et d’exposition de restes humains dans les institutions publiques.

 

Une identification qui pourrait en permettre une autre

Le musée explique que le soldat Hurdis a été enterré le 12 octobre 1917 dans le cimetière militaire du Mont Huon au Tréport. Son frère cadet John avait, lui, été porté disparu et présumé mort, comme des centaines d’autres soldats, lors de la bataille de Fromelles en juillet 1916 — l’un des jours les plus noirs de l’histoire militaire australienne, avec 5553 hommes touchés, dont 1917 morts et 470 prisonniers.

Si le crâne du musée Mütter est bien celui de Thomas Hurdis, son ADN pourrait être utilisé pour identifier John Hurdis, à condition que son corps soit bien parmi ceux que les autorités ont trouvé dans des fosses communes de Fromelles et qu’ils n’ont pu identifier.

D’après Tim Lycette, qui a participé aux fouilles dans une fosse commune australienne dans le cimetière de Pheasant Wood, près de Fromelles, lorsque les Allemands enterraient les corps des victimes, ils retiraient les plaques d’identification et les effets personnels, les emballaient individuellement et les expédiaient à la Croix Rouge, qui les renvoyaient ensuite aux familles. En général, dans le dossier d’un soldat concerné, il était précisé que les effets personnels provenaient d’Allemagne. Le dossier de John Hurdis ne le mentionne pas ; pourtant sa plaque d’identification a bien été renvoyée.

Tim Lycette espère donc que John Hurdis fait partie des hommes pour lesquels on n’a pas eu la preuve qu’ils ont été enterrés à Pheasant Wood, dont certains ont déjà été identifiés et d’autres non. Dans ce cas, l’ADN du crâne de son frère pourrait permettre d’identifier les restes de John Hardis.

 

Ce que nous savons de Thomas Hurdis

Si le crâne du Mütter Museum est bien celui de Thomas Hurdis, voici ce que nous savons de lui.

Il mesurait 1m70, avait les cheveux auburn. Né à Newtown près de Sydney, il a été scolarisé à l’école publique Leichhardt. Lui et son jeune frère ont eu quelques démêlés avec la justice lorsqu’ils étaient enfants — commettant de menus larcins.

Thomas et John ont été tous les deux, à des occasions différentes, condamnés à passer du temps à bord du Sobraon, une maison de correction basée sur un bateau où l’on apprenait aux garçons rétifs à naviguer et à commercer. Ce qui pourrait expliquer le tatouage représentant une encre sur le bras gauche de Thomas Hurdis.

Le père des garçons était apparemment très peu présent, alors que leur mère, Harriet, a déménagé de nombreuses fois dans les faubourgs ouest de Sydney. En 1919, elle a écrit ces mots aux autorités militaires : « C’est terriblement triste… mes deux fils sont partis sur le front avec les forces australiennes et ils sont morts en l’espace de moins de deux ans. Maintenant je suis seule au monde. »

 

Source : theguardian.com


>>> Suivez-nous sur Facebook
>>> Abonnez-vous gratuitement à la newsletter du Courrier Australien

Comments
Share With: