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A l’écoute de Michel Chion, spécialiste de musique concrète en visite à Melbourne

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Sollicité par Liquid Architecture, le célèbre compositeur français de musique concrète Michel Chion a accepté de venir à Melbourne pour un concert audio-vidéo exceptionnel ainsi qu’une lecture-performance sur le thème de la voix au cinéma. Pour Le Courrier Australien, il a accepté de revenir sur son parcours.

« Je suis né en 1947 à Creil dans une famille qui aimait beaucoup le cinéma. J’ai donc eu la chance de voir de nombreux films populaires… mais aussi d’art et d’essai. » Le père de Michel Chion se passionne également pour la musique contemporaine. C’est lui qui éveille l’intérêt de son fils pour ce genre musical. Le jeune garçon rêve un temps de devenir compositeur, mais la famille n’est pas dans la musique. Sans cet atout majeur, le projet, qui semble voué à l’échec, est vite abandonné. Michel Chion entreprend alors des études de lettres, se destinant à devenir professeur de français, grec et latin. « Finalement, ce sont les événements de mai 68 qui ont constitué pour moi un heureux hasard. » En effet, l’une de leurs conséquences inattendues est l’ouverture, au conservatoire, d’une classe de musique électro-acoustique où l’étudiant s’inscrit aussitôt.

Nul besoin d’être musicien virtuose pour composer, le grand Berlioz en est la preuve. Michel Chion joue du piano et chante, mais c’est dans la composition de musique concrète que l’homme va se révéler en imaginant ses premières œuvres dès 1969, après une expérience professionnelle à la radio où il apprend les ficelles techniques.

La musique concrète est comparable à une œuvre cinématographique. Comme le film est fixé sur la pellicule, la musique est fixée sur un support : un disque, une bande magnétique et aujourd’hui un ordinateur – Michel Chion, lui, a recours au magnétophone. Quand l’oeuvre est terminée, elle ne bouge plus. Elle est figée, comme un tableau. En conséquence, les concerts se déroulent sans la présence de musiciens – le coût s’en trouve réduit et le respect de l’oeuvre originale est total.

Mais quels sons Michel Chion utilise-t-il dans ses compositions ? « N’importe lesquels. Souvent, je les produis avec ma voix ou avec des objets. Ici, à Melbourne, j’ai tout de suite voulu enregistrer les bruits de la ville. J’ai aussi fait des essais en ouvrant et en refermant la fenêtre. Cela crée un changement dans la netteté du son. On a aussi une sensation de mouvement. » Michel Chion ne sait pas si, quand et comment il utilisera cette matière sonore. « Je travaille sans partition, mais mes oeuvres sont très structurées. » Et bien sûr, elles demandent du temps. « Parfois, j’ai un délai de rendu qui me contraint, explique-t-il, mais à la vérité, il est toujours possible de revenir sur son travail pour l’améliorer. » Passer vingt ans sur un morceau (de façon discontinue) oui, c’est possible.

Michel Chion se produira ici, dans le cadre du Melbourne International Film festival. Ses relations musicales avec le 7ème art sont pourtant compliquées. « J’ai déjà travaillé sur des films (qui n’étaient pas les miens) et j’ai rapidement arrêté. C’était un boulot mal payé, frustrant et pas sérieux. Le son n’existe pas au cinéma : il est toujours associé à l’image. » Michel Chion connaît de grands musiciens de cinéma malheureux de cette situation : en dehors des films auxquels ils ont contribué, leur musique n’est tout simplement pas écoutée. Résultat : Michel Chion réalise ses propres œuvres cinématographiques en associant lui-même son et image. Une solution comme une évidence.

A Melbourne pour son unique concert audio-vidéo, Michel Chion attend-t-il beaucoup de monde ? « Ma musique est diffusée de façon incroyable grâce à Internet – mon Requiem est même sur Youtube (sans mon accord) – et j’ai des personnes qui m’écrivent de partout dans le monde. Cependant je ne sais pas à quoi m’attendre ici. » Pour sa première fois en Australie, c’est l’inconnu. Il prévient néanmoins les audio-spectateurs potentiels : pas question de lire ou de pianoter sur son portable en écoutant du Michel Chion, « ma musique demande à être écoutée avec la plus grande concentration du début à la fin. »  La performance de jeudi prochain durera deux heures et demi.

Dans le cadre du MIFF 2017 – événements à l’ACMI 

16 août à 6.30 pm : Concert « The Audio-Spectator » Requiem, le Cri et Third symphony

17 août à 6.30 pm : Lecture-performance « The Voice in cinema » à ACMI

A l’Alliance française de St Kilda (gratuit)

19 août à 4.30 pm discussion sur l’audio-visibilité du cinéma classique et contemporain français

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