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Photo Chris Grose

A Melbourne, Abbotsford Convent accueille les arts, le rock et le français !

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Atmosphère, atmosphère… chaque pierre d’Abbotsford Convent rappelle le temps où les Soeurs de l’ordre du Bon Pasteur s’activaient entre ses murs pour accueillir les femmes en détresse. C’était en 1863, le début d’une longue histoire marquée par de multiples reventes. Aujourd’hui, le cloître du couvent est bordé d’un élégant café, les couloirs venteux abritent les créations de jeunes designers et les modestes chambres de nonne accueillent les activités d’entrepreneurs souvent alternatifs. Parmi eux : Delphine Laboureau-Ormancey, enseignante passionnée et guide à ses heures.

Il y a 26 ans, Delphine abandonne la France sur une envie de changement radical. Après des études d’art, dans la ville lumière où le poids de l’histoire se mue parfois en fardeau, la jeune femme décide de tout quitter pour rejoindre un Australien direction… Newstead. La pleine campagne, sous un ciel immense, dans une maison de mineur où il faut fendre le bois pour se chauffer. « J’avais envie de ce retour à la terre, explique-t-elle, de cette vie rude ». Comme pour se frotter à la dureté, mais aussi à la solidarité qui se crée souvent entre voisins. Une connaissance la presse un jour de lui donner des cours de français. Elle finit par accepter, à demi-enthousiaste. Delphine a déjà eu l’occasion de donner des leçons de conversation, mais c’était à Paris. Pas une vocation à priori pour celle qui se destinait à devenir artiste plasticienne (projet auquel elle se consacre d’ailleurs plusieurs années).

La nouvelle enseignante se surprend alors à découvrir « qu’elle n’est pas nulle«  et, surtout, qu’elle a le goût de transmettre. Elle retourne à l’université en France, puis reprend ses études à Melbourne où elle a fini par déménager. A l’époque, elle cumule les activités de mère, d’étudiante et de prof… Une vie épuisante qui prendra un tour plus serein lorsqu’elle pose enfin ses bagages dans un logement fixe et qu’elle fonde en 2012 sa propre école de français, French tête-à-tête, à Abbotsford Convent.

Photo Beth Wilkinson Abbotsford convent foundation

Photo : Beth Wilkinson, Abbotsford Convent Foundation

Ce qu’elle aime dans ce cadre de travail ? La noblesse de l’architecture, les jardins ouverts, le vent qui s’engouffre partout et les grands escaliers. Les collègues aussi, qui travaillent les uns à côtés des autres dans une sorte d’émulation joyeuses. Un endroit qui porte et qui inspire. Elle y accueille une trentaine d’élèves par semaine. Elèves ou adultes se voient proposer des cours particuliers ou de conversation. Elle aidera les uns à préparer un voyage linguiste, les autres à passer leur VCE. Il y en a pour tous les niveaux des débutants aux plus avancés. « J’ai beaucoup appris du système australien«  reconnaît Delphine. La bienveillance, l’écoute, le partage : elle adhère à ces valeurs. « Avec mes élèves, nous avançons à petits pas de bébé, mais nous avançons avec obstination. »

A côté de ça, elle participe à de nombreuses activités : jury de concours, examinatrice, correctrice… « Il se passe tant de choses dans le Victoria et l’intérêt que l’on porte au français si grand, qu’il est impossible de tourner en rond. Je ne m’ennuie jamais ». Il lui faut donc chercher pour trouver le temps de sortir, peindre ou lire. Heureusement, il lui suffit parfois de passer le pas de son bureau pour voir une exposition ou assister à un spectacle. Un luxe inouï que lui permet son activité au sein d’un lieu exceptionnel : Abbotsford Convent, haut-lieu culturel et multiactivité qu’elle chérit et qu’elle fait même visiter… en français s’il vous plaît !

Quelques mots sur Abbotsford Convent…

Situé à 4 km du centre de Melbourne, il déploie ses 11 bâtiments historiques sur une étendue de plus de 6 hectares. Il abrite aujourd’hui plusieurs galeries d’art, une centaine de studios, une station de radio, une école, des restaurants…

Ce dimanche 9 avril, il accueille la première édition à Melbourne du Rock’n Roll Writers Festival avec de nombreux invités chanteurs, écrivains, critiques et animateurs pour une journée de débats qui décoiffent. Coup de cœur pour « The comfort of madness » qui va essayer de percer les secrets des songwriters. Science ou magie : quelle est leur recette… si elle existe. Discussion enflammée jusque dans les profondeurs de l’inconscient, ce dimanche avec Jess Ribiero, Mike Noga et Cash Savage de 6.30 à 7.30 pm.

Pour en savoir plus sur French tête-à-tête : reportez-vous là.

Le long portrait de Delphine est à lire dans le guide Portraits de Melbourne (éditions Hikari).

* Photo du début d’article : Chris Grose.

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tfm
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