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A Paris, le cinéma aborigène australien a son festival

franckprovost

Du 7 au 10 juin, le Cinéma des Cinéastes (17ème arrondissement de Paris) accueille la 3ème édition du Festival du cinéma aborigène australien. Greta Morton Elangué en est la directrice artistique. Installée à Paris depuis 17 ans, cette cinéaste et historienne australienne a accordé un entretien au Courrier Australien.

 

Comment vous est venue l’idée de ce festival si loin de l’Australie ?

C’est presque une suite logique à mon parcours.Je suis issue d’une famille métissée. Mon père fait partie des enfants de la génération volée : lui et ses frères et sœurs ont été arrachés à leur famille aborigène lorsqu’ils étaient enfants, dans les années 40. Mon père et mon oncle étaient tous deux engagés dans la promotion de la culture aborigène dans les années 80, ce qui était assez avant-gardiste pour l’époque. J’ai donc grandi en ayant une conscience aigüe de la question aborigène.

Parce que je suis cinéaste, (diplômée du Victorian College of the Arts de Melbourne, ndlr), c’est naturellement vers le cinéma que je me suis tournée pour, moi aussi, contribuer à faire connaître la culture aborigène.

 

Quel est l’objectif d’un tel festival ici à Paris ?

A travers cette manifestation, je souhaite faire découvrir le cinéma aborigène au grand public.  Ce Festival est unique au monde : c’est le seul consacré exclusivement à la production cinématographique aborigène.

Pourtant, les cinéastes aborigènes sont reconnus dans le milieu comme étant parmi les meilleurs du monde. Leurs films sont montrés dans de grands festivals et régulièrement primés. En 1993, The Bedevil, premier film d’une réalisatrice aborigène, Tracy Moffatt, a reçu le Prix du Jury du Festival de Cannes. En 2009, c’est Samson et Delilah, premier long-métrage de Warwick Thornton qui a été récompensé par la Caméra d’Or au Festival de Cannes. Et en 2017, Sweet Country, film événement du même réalisateur, a remporté le Prix du Jury à la Mostra de Venise. C’est d’autant plus remarquable que le cinéma aborigène est très jeune ! Avant 1992, aucun Aborigène n’occupait un rôle principal dans la production cinématographique ou télévisuelle. Et pour cause : l’Australian Film Television and Radio School (AFTRS) n’a commencé à accepter des élèves indigènes qu’à partir du début des années 1990.

 

Cette année, nous fêtons les 25 ans des fonds dédiés au cinéma aborigène par Screen Australia (organisme gouvernemental qui finance la production cinématographique et télévisuelle en Australie, ndlr). Le cinéma aborigène compte une vingtaine de réalisateurs et est d’un dynamisme incroyable.

 

Comment avez-vous effectué votre sélection ?

Mon objectif est de montrer majoritairement des documentaires et longs-métrages réalisés par des Aborigènes, ou à défaut des productions auxquelles des Aborigènes ont fortement contribué. C’est leur voix qu’il m’intéresse de faire entendre, et pas le énième point de vue d’un Blanc sur leur culture.

Malgré le soutien de l’Ambassade d’Australie en France, de la ville de Paris et de la DRAC, notre festival n’a pas les moyens de faire sous-titrer les films. Nous travaillons donc avec des festivals partenaires, tels que le FIFO à Tahiti (Festival International du Film documentaire Océanien), ou les Rencontres Internationales des Cinémas des Antipodes de St Tropez.

Au-delà de la barrière de la langue, il faut parfois composer avec les contraintes économiques du marché du cinéma. Par exemple, pour Sweet Country (qui est sorti en Australie en janvier, voir notre article ici) que je souhaitais évidemment montrer, je n’ai pas obtenu l’autorisation car Netflix a acheté les droits en France, ce qui bloque toute diffusion en salle.

Malgré cette petite déception, je suis très heureuse de la sélection de films montrés cette année.

 

Pouvez-vous nous en dire plus sur cette 3ème édition ?

Nous avons intitulé cette édition 2018 « Connection to Country » : les documentaires et films présentés parlent tous, sous différents angles, de la relation d’interdépendance entre les Aborigènes et la terre.

Parmi les dix films présentés, deux sont des longs-métrages, dont l’un sera diffusé en avant-première : Jasper Jones, de la réalisatrice aborigène Rachel Perkins, une adaptation du beau roman éponyme sorti en 2012. Sept sont des documentaires puissants, qui ne peuvent laisser indifférent. Ils traitent de sujets très importants dans l’histoire des peuples aborigènes et sont à voir, pour quiconque s’intéresse à cette culture.

Pour la première fois, deux des documentaires seront diffusés en réalité virtuelle. La Géode et le Planétarium de la Cité des Sciences de La Villette accueilleront ces séances pendant lesquelles on est littéralement immergé dans le film, au plus proche des personnages, au cœur des décors naturels. Equipé d’un casque, le spectateur est assis sur un siège pivotant qui lui permet de voir le film à 360°. C’est une expérience extraordinaire !

Autre nouveauté de cette 3ème édition : nous avons choisi de montrer un documentaire tourné hors de l’Australie, à Tahiti : Ma’ohi Nui, au cœur de l’océan mon pays. Ce film porte le regard d’une autre communauté sur un événement dont traite l’un des films de notre programmation (Collisions,ndlr) : l’impact des essais nucléaires sur les peuples autochtones.

 

Avez-vous des coups de cœur dans la programmation de cette année ?
Nyarri Morgan (Film VR Collisions)_ Photo and Copyright Tobias Titz

Nyarri Morgan – Collisions

Collisions est pour moi un film essentiel. Il nous emmène au cœur du désert de Pilbara, à la rencontre de Nyarri Morgan, un ancien du peuple
Martu. Dans les années 50, celui-ci a été témoins des essais nucléaires effectués en Australie. A l’époque, son peuple n’avait pas encore rencontré les Blancs : cette expérience a donc constitué son premier contact avec la culture occidentale. Cet homme a attendu très longtemps pour raconter son histoire. Le documentaire nous donne à voir la vérité effrayante qu’il nous transmet près de 60 ans après les faits.

The Song Keepers Poster Artwork

Affiche – The Song Keepers

Je dois aussi confesser un énorme coup de cœur pour le film de la soirée d’ouverture, The Song Keepers, de Naina Sen. Ce documentaire à la fois profond et joyeux nous fait découvrir une chorale de femmes aborigènes de l’outback. Ces femmes ont intégré dans leurs chants les cantiques que les Luthériens allemands ont donné à leurs ancêtres lors de la colonisation. Elles les ont littéralement « digérés », dans leur propre dialecte. L’histoire d’une tribu, son identité propre, est contenue dans ses chants et passe aux générations suivantes à travers des cycles de transmission.

La langue est en quelque sorte dépositaire de la culture : ce film en est la parfaite illustration. Aujourd’hui, certaines langues aborigènes ne sont plus parlées que par quelques individus et sans un travail de revitalisation, ce sont autant de cultures qui vont disparaître … L’UNESCO a d’ailleurs déclaré 2019 année des langues autochtones.

 

Avec le recul des deux années précédentes, quel type de public attendez-vous ?

Le Festival est accueilli par le Cinéma des Cinéastes, qui est situé tout près de la place Clichy dans le 17ème arrondissement. C’est naturellement un carrefour de quartiers, où de nombreuses communautés se croisentt. Lors des deux premières éditions, nous avons aussi bien accueilli des aventuriers ou curieux de l’Australie, que des Africains, des Antillais…Avec son bar et son café, le Cinéma des Cinéastes est un lieu convivial propice aux rencontres et aux discussions avant ou après une projection : l’écrin parfait pour ce Festival. Par contre, ce cinéma classé Art et Essai ne peut accueillir qu’un nombre limité de spectateurs, il est donc conseillé de réserver.

 

Karine Arguillère

Photo de couverture : Collisions

 

Festival du cinéma aborigène – Du 7 au 10 juin — Cinéma des Cinéastes, 7 avenue de Clichy, 75017 Paris

Informations, tarifs et réservations ici.

 

Films au programme de cette 3èmeédition :

 

Bluey (court-métrage, 2015)

Charlie’s Country (long-métrage, 2014)

Collisions (documentaire en réalité virtuelle, 2017)

Coral Rekindling Venus (documentaire en réalité virtuelle, 2012)

Jasper Jones (long-métrage, 2016 – Avant-Première)

Ma’ohi Nui, au cœur de l’océan mon pays (documentaire, 2018, Avant-Première)

Namatjira Project (documentaire, 2017 – Avant-Première)

Putuparri and The Rainmakers (documentaire, 2015)

The Song Keepers (documentaire, 2017)

Zach’s Ceremony (documentaire, 2016)


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