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Après-coup : Snow-White, onirique et ténébreux ballet à Melbourne

franckprovost

Une reine sculpturale, sanglée dans une fabuleuse robe SM, affiche immédiatement la couleur. Blanche-Neige, le ballet d’Angelin Preljocaj créé il y a dix ans et présenté en ce moment à Melbourne, n’est pas une histoire pour les enfants. Loin de l’imagerie de Walt Disney, il s’attache à décortiquer les effets de la passion dévastatrice d’une femme pour son image, un sujet ultra-moderne traité avec une redoutable acuité dans une version en clair-obscur dont on ne sort pas indemne.

Quelque part entre rêve et cauchemar…

La première scène est un choc. Visuel et musical. On assiste à l’accouchement de la reine (Agnès Girard, magistrale). Scène frontale de souffrance et d’efforts dont les lignes se découpent comme en ombres chinoises sous un halo de fumée blanche. La princesse, pâle bébé innocent, nait au monde dans la plus grande violence. Celle-ci va accompagner Blanche-Neige toute sa jeunesse. Comme la nouvelle (et méchante) Reine qui jette une ombre furieuse sur le bal, deux félins lascifs et duplices jettent à leur tour un voile sinistre sur les scènes les plus heureuses. Une inquiétude sourde se propage. Quelles sont les intentions des chasseurs (alpins ?) et même des nains (moines mineurs) qui approchent de bien près la belle innocente ?

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Dans cette atmosphère, Preljocaj a réussi à créer une Blanche-Neige lumineuse, parfait miroir inversé de sa belle-mère. Modèle d’épure et de simplicité sans pour autant être candide, elle évite l’écueil de la beauté outrageuse. Dans Star Wars, elle serait l’incarnation de la Force (clin d’œil costume) mais ce serait sans compter sur son prince. Personnage entier, solaire et sentimental, c’est lui qui ramène Blanche-Neige à la vie après une danse désespérée et virtuose. Preuve que rien n’est jamais joué, surtout dans les contes de fées.

Chorégraphe mondialement connu pour ses audaces stylistiques et la sensualité de ses ballets, Preljocaj prouve ici qu’il est un excellent conteur et ses danseurs habités nous emmènent exactement à la destination souhaitée. Les costumes spectaculaires et érotisants de Jean-Paul Gaultier servent impeccablement son propos, avec une griffe canaille en plus. Quant aux décors de Thierry Leproust, ils sont empreints d’une indicible poésie : sa forêt est magique, ses parois de mine enchantent et ses pierres forment de précieux galets qu’on voudrait tenir longtemps au creux de la main. Enfin, la musique romantique de Mahler trouve ici une histoire à sa juste mesure.

Valentine Sabouraud

Snow-White (Blanche-Neige) à l’Arts Centre Melbourne jusqu’au 5 août 2018. Infos ici.

Ballet vu le 3 août avec Verity Jacobsen (Blanche-Neige), Jean-Charles Jousni (le prince), Anna Tatarova (la méchante reine) – (C) Photos de l’article par J.C. Carbonne. 1 / Cecilia Torres Morillo  2/ Virginie Caussin et Emma Gustafsson.

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NCT
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