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Changement de Premier ministre australien : le coup de théâtre n’en était pas un 

NCT

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Le 24 août dernier, après une semaine mouvementée, le Premier ministre australien Malcolm Turnbull laissait sa place à Scott Morrison, libéral lui aussi : une surprise pour certains observateurs français. L’expert en communication politique Natanael Bloch (photo ci-contre), lui, décrypte cette passation de pouvoir de manière plus tempérée. Il nous livre son analyse et nous donne rendez-vous dans deux mois pour un premier bilan.

Changer de Premier ministre « du jour au lendemain », n’est-ce pas incroyable ?

Cela s’explique simplement par une spécificité australienne : ici, le chef du gouvernement est également le chef de la majorité – c’est-à-dire de son parti ou de la coalition qui lui a accordé sa confiance. S’il est challengé, donc mis en minorité, y compris par un membre de son propre parti, il doit démissionner. Dans le cas récent qui nous intéresse, c’est Peter Dutton, ministre de l’Intérieur, qui a donné le premier assaut le 21 août dernier en lançant un « leadership challenge » interne. Mais si Dutton a perdu cette manche, il a tenté la revanche trois jours plus tard. Il n’imaginait peut-être pas que d’autres leaders entreraient dans la compétition avec Julie Bishop (ministre des Affaires étrangères, que l’on connaît en France) et Scott Morrison (ministre des Finances) qui l’a finalement emporté.

Peut-on imaginer la même chose en France ?

Nous avons déjà vécu des changements de Premier ministre, mais la situation n’est pas comparable. Chez nous, un chef de parti qui entre au gouvernement doit démissionner. Xavier Bertrand a quitté la tête de l’UMP trois jours après avoir été nommé ministre du Travail, de l’Emploi et de la Santé en 2010. De la même façon, Emmanuel Macron, a quitté LREM en devenant président. En France, le président se place au-dessus des partis, implicitement au service de tous les Français. En Australie, cette démarcation est moins nette, d’ailleurs il faut être chef de parti pour prendre la tête du gouvernement. Revers de la médaille : ce dernier est à la merci des tractations et alliances de circonstance, sans parler des luttes intestines.

En Australie, lorsqu’on réunit une majorité, on peut donc renverser facilement le gouvernement ?

Possiblement. Mais la vraie leçon est ailleurs. De fait, chaque fois qu’une idée prévaut, elle peut donner lieu à une prise de pouvoir, ce qui coupe court à tout débat ou discussion, y compris au sein d’une même famille politique. C’est dommage, car les partis peuvent et doivent être des puits à idées. Cette diversité de vues doit faire leur richesse. En France, ça a été le cas. A droite avec des sensibilités libérale et protectionniste ; à gauche avec la tendance sociale-libérale et le canal « historique ». Aujourd’hui cependant, ces courants n’existent plus. Macron a été un aspirateur à idées et il ne reste, pour caricaturer, que les lignes Wauquiez et Hamon.

Morrison est le septième Premier ministre en onze ans, est-ce qu’il y a une accélération du tempo politique en Australie ?

En réalité pas vraiment. En termes de couleur politique, je constate même une relative stabilité avec six ans de gouvernement travailliste (de 2007 à 2013), puis six ans de gouvernement libéral pour l’instant. Au final, ce sont les individus qui ont changé, pas tant la politique menée à moyen terme.

Dans cette valse des personnes, on a l’impression que les électeurs n’ont pas leur mot à dire : vous confirmez ?

En ce qui concerne le Premier ministre, c’est en effet le cas – je tiens au passage à préciser que ce poste-là, en Australie, est à comparer avec celui de notre président, pas de notre Premier ministre. Mais certains ex-membres du gouvernement, comme Julie Bishop, vont se représenter devant les Australiens aux élections fédérales. Leur vote nous dira comment ils se positionnent vis-à-vis d’elle et de ses idées. Notons qu’elle représente une tendance modérée chez les libéraux, tout comme Turnbull. Enfin, si la couverture médiatique a été moindre – on fait moins de bruit pour un changement de Premier ministre ici que pour un remaniement à minima en France – c’est aussi à cause des strates de décision. Finalement, les Australiens sont plus concernés par ce qui se passe dans leur Etat qu’au niveau fédéral.

Que peut-on attendre du nouveau gouvernement australien ?

Il est beaucoup trop tôt pour le dire. En revanche, avec les élections fédérales qui arrivent l’année prochaine, on peut considérer que ce gouvernement a été formé pour les remporter. Morrison est une personnalité qui a des opinions tranchées (sur le mariage homosexuel, l’énergie ou le système éducatif notamment), il est là pour rassurer son électorat conservateur. J’ai déjà parlé de l’influence des Mormons, on observe aussi celle grandissante de personnalités fortes comme Marcus Bastiann ou Michael Kroger. Il est plus facile pour un parti de conserver son électorat que d’aller piocher dans celui des autres, c’est la stratégie actuelle. Turnbull était considéré comme trop modéré, d’ailleurs, depuis son départ, ses enfants ont déclaré publiquement avoir une proximité avec le Labor, ce qui donne, en un sens, raison aux libéraux d’avoir choisi une autre tête d’affiche.

Les relations franco-australiennes peuvent-elles en pâtir ?

Si vous voulez parler du contrat des sous-marins ou de l’accord sur le libre-échange, aucun impact à mon avis. C’est d’ailleurs plutôt l’Europe qui pourrait poser des problèmes sur ce deuxième point. En revanche, sur la politique migratoire, je ne peux rien dire. Pour l’instant, c’est « wait and see ». Rendez-vous dans deux mois pour faire le point.

Propos recueillis par Valentine Sabouraud

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