Copyright LE COURRIER AUSTRALIEN 2016
HomeActuChristophe Penot: «La France est désormais reconnue comme un pays technologique et innovant »
cpenot

Christophe Penot: «La France est désormais reconnue comme un pays technologique et innovant »

tfm

Rencontre avec Son Excellence Christophe Penot, Ambassadeur de France en Australie

Cela fait 4 mois que vous êtes arrivé, vous avez une meilleure vue de ce qui a été fait et de ce qui reste à faire, quels sont les grands chantiers de votre mandat ?
Nous vivons une période exceptionnelle dans la relation franco-australienne, notamment avec la signature du contrat des sous-marins qui est très structurant. Le rôle qui m’a été assigné se rapporte surtout à la mise en place du contrat de partenariat stratégique renforcé, signé par Jean-Marc Ayrault en mars dernier. Ce dernier prend acte de l’embellie de nos relations et de notre souhait partagé de faire beaucoup de choses ensemble. Cela va bien au-delà du secteur de la défense et de l’armement, cela touche aussi nos intérêts stratégiques, nos échanges bilatéraux en matière économique et notre coopération éducative et culturelle.

Le contrat Naval Group (Ndlr : anciennement DCNS) concernant l’élaboration et la construction des sous-marins australiens est-il la vitrine de ce partenariat ?
Bien sûr. En plus de nous lier sur 50 ans, ce qui est exceptionnel, il nous a donné une dynamique formidable avec un effet d’image sur la perception de la France par les Australiens. Non seulement nous sommes un pays de luxe et une référence en matière d’art de vivre, mais nous sommes désormais vus comme un pays technologique et innovant.

Cette identité « innovation » est-elle perçue au-delà de la communauté business ?
Il y a 30 ans, entre les essais nucléaires et les événements de Nouvelle-Calédonie, nous avions une mauvaise image. Mais elle est dépassée ! En 4 mois, depuis mon arrivée, j’ai pu constater combien elle est positive et je crois qu’elle date d’avant la signature du contrat des sous-marins.

Il y a une très forte progression de la langue française en Australie et lorsque les jeunes se tournent vers l’Europe, la France est en bonne place. Il faut dire qu’avec le Brexit, l’Angleterre est désormais perçue comme un pays qui a raté son rendez-vous avec l’histoire…

Justement, le Brexit pourrait-il à votre avis offrir à la France une opportunité de prendre le leadership de l’Europe avec l’Allemagne ?
Le Brexit n’est pas quelque chose que nous souhaitions. Mais il a eu lieu et il faut en tirer les conséquences. Pour l’instant, entre l’Union Européenne et les Anglais, ça ne se passe pas au mieux. Notre rôle est de protéger les Européens et nous attendons des décisions arrêtées sur trois sujets : l’avenir des Européens qui souhaitent étudier, travailler et circuler en Angleterre ; la situation entre les deux Irlande et enfin le respect ou non de la contribution au budget européen à laquelle s’était engagée l’Angleterre. Nous sommes en attente de clarification. On a l’impression que le gouvernement britannique est divisé sur ces sujets-là, c’est regrettable car cela nous empêche d’avancer.

D’un autre côté, le Brexit offre des opportunités pour les entreprises ou activités financières qui peuvent se relocaliser sur de nouvelles places européennes. HSBC, par exemple, va transférer mille emplois de Londres à Paris. Quant aux groupes australiens, ils peuvent aussi revoir leur implantation européenne. L’Australie exporte traditionnellement moins vers notre pays, mais on travaille à le rendre plus attractif. C’est un sujet d’actualité.

Où en est-on avec le contrat des sous-marins ? Peut-on parler d’emplois ?
C’est une affaire de longue haleine. Nous devons d’abord passer par l’étape de conception et se mettre d’accord sur le modèle. Les Australiens doivent définir ce qu’ils veulent et on doit y répondre. Ça avance.

Ensuite, il y a la négociation autour du partenariat qui doit être conclu d’ici la fin de l’année ou au début de l’année prochaine. A ce jour, nous sommes dans les temps.

Enfin, il y a eu l’installation de 90 familles australiennes à Cherbourg pour qu’on les forme et qu’on puisse lancer le programme à Adélaïde. Ce n’est pas rien, mais ça progresse de manière satisfaisante et dans un bon état d’esprit. Je vous rappelle que le premier sous-marin sera mis à l’eau en 2030. Notre relation va s’inscrire de façon stratégique dans la durée.

Ce partenariat est particulièrement important au vu de sa position géographique et des tensions en Asie Pacifique…
L’Australie joue en effet un rôle important dans l’architecture de sécurité et la stabilité de la région, elle participe aussi à son dynamisme économique. Etre son partenaire, dans cette partie du monde (avec la Chine, la Corée du Nord à proximité) la France y a un intérêt. D’ailleurs, nous partageons des informations, nous nous consultons et nous avons des initiatives communes…

Avec la Nouvelle-Zélande et l’Australie, nous essayons de contribuer à la stabilité de la région. Nous avons mis nos forces armées à leur disposition, notamment pour des besoins humanitaires. Récemment, l’Australie a soutenu les candidatures de la Nouvelle-Calédonie et de Polynésie pour siéger au Forum des île du pacifique. C’est une marque de confiance.

Où en est l’accord de libre-échange entre l’Union Européenne et l’Australie ?
Nous allons relancer le sujet, mais les états-membres doivent d’abord définir un mandat de négociation qui sera transmis à la commission, qui entamera ensuite les discussions. Politiquement, la France soutiendra cet accord, mais le président souhaite aussi rappeler qu’il doit prendre en compte ce qui a été exprimé par les citoyens européens. Quant aux Anglais, tant qu’ils sont dans l’UE, ils ne peuvent entamer de discussion seuls avec Australie.

Comments
nbarney
Share With: