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Comment l’avocat a conquis l’Australie

Dans les décennies précédant son avènement comme véritable phénomène culturel, les Australiens consommaient l’avocat de deux seules manières : en accompagnement de cocktail de crevettes, ou dans les salades. Que s’est-t-il passé pour qu’il devienne un tel succès dans les assiettes Aussie ?

La personne la mieux placée pour répondre à cette question est sans doute Antony Allen. Actuellement président de l’International Avocado Society, il a précédemment été directeur général Avocados Australia. Il est également à la tête de The Avolution, un regroupement de producteurs d’avocats du Queensland.

En 10 ans, la consommation d’avocats a triplé en Australie (de 1,2kg à 3,5kg par habitant), la production a plus que doublé (60 000 tonnes par an sont produites chaque année) et le chiffre d’affaire de l’industrie de l’avocat a été multiplié par cinq.

La prise de conscience progressive des bienfaits de l’avocat, son taux élevé de graisses monoinsaturées (les « bonnes » graisses ») et d’efficaces campagnes marketing expliquent sans doute une partie de ce succès. Et puis, comme le résume John Tyas, le directeur général d’Avocados Australia : « Une fois qu’on y prend goût, il n’y a rien qui puisse remplacer l’avocat. »

 

La naissance d’un culte

Les avocats ne sont pas natifs d’Australie. Les premières graines ont été importées en 1840 et plantées dans les jardins botaniques de Sydney. Pendant près d’un siècle, personne ne s’en est véritablement soucié. Pourtant, cette baie — car techniquement, les fruits de l’avocatier sont des baies — constituait la base de l’alimentation en Amérique Centrale et dans les Caraïbes.

Pendant des années, bien que leur bénéfice santé soit reconnu, les avocats n’ont pas réussi à s’imposer dans le régime occidental.

D’après M.Tyas, cela peut s’expliquer par le fait que les avocats sont difficiles à faire pousser — la plupart des variétés de ce fruit poussent seulement dans les climats subtropicaux, et leur système racinaire est assez faible. « Ils adorent l’eau, mais n’aiment pas avoir les pieds mouillés », s’amuse-t-il. « En résumé, ils sont un peu délicats ».

Les systèmes d’irrigation en goutte à goutte et le progrès en matière de traitement anti-fongique ont ouvert l’exploitation commerciale des avocats. Mais convaincre les gens de les consommer, c’était une autre affaire.

En matière de publicité pour les fruits, les plus simples sont souvent les meilleures — l’un des « jingle » les plus efficaces consiste en un mot, « banane », répété plusieurs fois.

Mais pour les avocats, c’était plus compliqué. Il a fallu changer de stratégie. C’est ainsi qu’est né le slogan « Add an Avocado » (« Ajoutez un avocat »).

Sucré ou salé, dans des préparations froides ou chaudes, peu importe : « Le message à faire passer était que l’avocat pouvait jouer le même rôle que dans les salades, mais pour plein d’autres types de plats. » Concours de circonstances, le début de la commercialisation de masse des avocats a concordé avec un intérêt et une prise de conscience pour la nutrition ont vu le jour en Australie.

« La santé est tout à coup devenue un aspect beaucoup plus important dans le mode de vie australien. », souligne M.Allen. « On a commencé à voir entrer l’avocat dans des mousses au chocolat, des gâteaux, des plats cuisinés — plein d’utilisations différentes. »

A l’époque où fleurissent les blogs de bien-être sur Instagram, l’avocat présente en outre un avantage supplémentaire : sa chair est vert vif.

Les avocats sont désormais produits toute l’année dans tous les états d’Australie. Cette régularité les rend attractifs pour les supermarchés, et en retour les consommateurs savent qu’ils sont toujours disponibles.

 

La génération « smashed avocado »

« Je ne sais même plus pourquoi j’ai fait ça », affirme Bill Granger à propos de sa décision d’introduire le « smashed avocado » au menu de son restaurant Bills en 1993.

« J’aimais bien l’avocat et je trouvais que c’était bon sur un toast avec un peu de tomate ».

Le toast à l’avocat a rapidement eu beaucoup de succès. Plus tard, M.Granger a même écrit tout un livre de recettes sur ses variations. « Je me souviens m’être dit : les gens vont me trouver idiot d’écrire un livre de recettes dédié aux toasts à l’avocat » sourit-il. Mais M.Granger — et la culture des cafés australiens qui proposent ces fameux toasts — ont depuis été crédités du succès mondial de ce plat, bien que la California Avocado Association, dans son rapport de 1915, ait mentionné dans son chapitre « Recettes » que le toast à l’avocat « est l’une des meilleures façons de servir l’avocat ».

Aujourd’hui, l’avocat est devenu un ingrédient incontournable du régime alimentaire Down Under. A tel point qu’il a fait dire à Bernard Salt, démographe, que si les jeunes Australiens n’avaient plus les moyens de payer leur caution de logement, c’est parce qu’ils dépensaient trop… en toasts à l’avocat !

Source : abc.net.au

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