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Contrôle des armes à feu : la leçon australienne

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Le 28 avril 1996, un jeune Australien de 28 ans, Martin Bryant, s’est assis pour déjeuner au Broad Arrow Café à Port Arthur en Tasmanie. Quand il a eu rendu son plateau, il a sorti un semi-automatique de son sac et ouvert le feu. Le temps qu’il soit attrapé, un jour plus tard, il avait tué 35 personnes et blessé 23 autres. Cette tuerie de masse est la plus importante qu’ait connue l’Australie – son impact est encore sensible aujourd’hui.

Drame de Port Arthur : un effet déclencheur
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Port Arthur

Le pays avait déjà connu ce type de drame, mais jamais d’une telle ampleur. Quelques semaines auparavant, l’Ecosse avait été touchée par la tuerie de Dunblane au cours de laquelle 16 élèves et une institutrice avaient été tués… Cette tragédie avait résonné jusqu’en Australie, une nation avec un taux élevé de possession d’armes à feu et un fort esprit individualiste. Après le massacre de Port Arthur, le gouvernement de centre-droit de l’époque a été rejoint par des politiciens de tous bords pour travailler sur une législation qui restreigne drastiquement le port d’arme en Australie. Le succès remporté par les mesures prises et les conséquences qui en ont découlé – la diminution des crimes par arme à feu ou des meurtres de masse – pourraient inspirer les Etats-Unis après la tragédie de dimanche dernier. A ceci près, bien sûr, que les contextes demeurent très différents.

Juste après le massacre de San Bernandino de 2015 en Californie (14 personnes décédées), le journaliste Uri Friedman revenait sur l’épisode australien dans The Atlantic, soulignant que l’état avait : « interdit les armes automatiques et semi-automatiques, établi de nouvelles règles d’attribution du port d’arme, mis en place un registre national des armes à feu, institué un délai de 28 jours avant de pouvoir acquérir une arme, acheté et détruit 600 000 armes à feu auprès de particuliers pour un coût d’un demi-milliard de dollars financé par une hausse des taxes. » Tout cela, en l’espace de quelques mois seulement.

Une forte opposition de la part des pro-armes à feu

A l’époque cependant, l’opposition des pro-armes à feu avait été importante. Les états de Tasmanie et du Queensland, pourtant concernés par la tuerie de Port Arthur, étaient contre toute réglementation 5937555-thumb-300xauto-5204641renforcée. La US National Rifle Association travaillait également dans le pays avec les défenseurs des armes à feu, développant des arguments tels que : les armes ne tuent pas les gens (ce sont les gens qui tuent les gens), ces lois insultent ceux qui respectent les règles… Les partisans d’une réglementation plus contraignante répondaient que dans les affaires impliquant des armes, les possesseurs n’avaient pas toujours de passif de violence ou de problème mental. Ils pointaient également du doigt le fait qu’il était vain de comparer une attaque avec un semi-automatique à une autre au couteau.

Finalement, le tournant a peut-être eu lieu grâce à l’intervention du professeur Simon Chapman à la télévision en 1995. Ce dernier raconte l’histoire ainsi : « Un jour, nous avons dit : « Nous enregistrons les voitures, nous enregistrons les bateaux » et nous avons ajouté « nous enregistrons même les chiens, quel est le problème avec les armes à feu ? » La phrase a aussitôt été reprise par la police. » Depuis ce moment, l’opinion a évolué.

200 vies sauvées chaque année depuis

Friedman a pu mesurer le succès des mesures finalement prises. « Le nombre de tueries de masse (qui impliquent au moins cinq personnes tuées, sans compter le tireur lui-même) est passé de 13 dans les 18 années qui ont précédé le drame de Port Arthur à zéro ensuite. Entre 1995 et 2006, les crimes et suicides par arme à feu ont diminué respectivement de 59 et 65%. » Une autre étude, citée par le New York Times, a calculé que 200 vies par an ont été sauvées. Pour les 20 ans du drame, John Howard (premier ministre de l’époque) s’est félicité de ces résultats, mais ABC a fait remarqué que les services d’assistance sociale et les allocations ont certainement contribué à la diminution de ces actes de violence.

Aujourd’hui, les lois australiennes ont été changées et assouplies. Mais si le nombre d’armes en circulation est sensiblement le même qu’à l’époque du drame de Port Arthur, leur utilisation et les risques sont différents. Les Etats-Unis auraient intérêt à s’intéresser aux décisions australiennes prises après le drame de Port Arthur. Malgré tout, avec 310 millions d’armes sur le territoire, un droit de se défendre inscrit dans la constitution et des intérêts politiques étroitement liés aux lobbys, la probabilité pour que les Etats-Unis entament une démarche identique est proche de zéro.

Adaptation d’un article de The Atlantic. Source ici.

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