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Cape Town, South Africa

Edito – En Australie, la fête des mères a-t-elle encore du sens ?

nbarney

Les mamans seront mises à l’honneur ce dimanche 13 mai à l’occasion de la fête des mères en Australie. Depuis un peu moins d’un siècle, gestes d’attention et messages d’amour des enfants envers leur mère rythment cette journée. Retour sur l’histoire de cette célébration et de son développement commercial jugé parfois excessif.  

La fête des mères est aujourd’hui célébrée dans 59 pays à travers le monde à des dates différentes. Les Australiens ont adopté la date du deuxième dimanche de mai, en copiant les Américains. Cette célébration a en effet été initiée aux Etats-Unis au début du XXème siècle par une jeune américaine, Anne Jarvis, qui souhaitait, par la construction d’un mémorial, honorer sa mère tout juste décédée. « En l’honneur de cette personne qui a fait plus pour vous, que n’importe qui dans le monde », avait expliqué la jeune femme pour justifier le concept. Après une campagne acharnée, elle réussit à créer un consensus autour de la fête des mères, officialisée ensuite par le président américain Wilson.

L’Australie adopta cette célébration un peu plus tard, en 1924, sous l’impulsion de Janet Heyden, une résidente de Leichhardt dans la banlieue de Sydney. Cette Australienne débuta cette tradition après sa rencontre avec des mères délaissées et oubliées dans un centre d’accueil pour femmes. « Il y avait tellement de mères ayant perdu leur fils, de veuves et de femmes ayant perdu espoir de devenir un jour maman à cause de la disparition d’une génération d’hommes durant la Première Guerre mondiale. »

Pour leur remonter le moral, elle décida donc de lancer une campagne de dons et de mobiliser les élèves des écoles locales pour fabriquer des cadeaux à ces femmes. A travers l’implication de ces enfants, l’idée était également de les faire devenir des membres engagés d’une communauté et de leur rappeler leurs racines. « C’était magnifique, raconta Mme Heyden, toutes ces mères recevaient du réconfort et retrouvaient le sourire grâce à une simple pince à cheveux ou une carte. »

Pour ou contre la fête des mères ?

Aujourd’hui, il est devenu naturel d’offrir un cadeau. Cette journée en l’honneur des mères est une des fêtes annuelles les plus célébrées dans les pays occidentaux, derrière Noël et la St Valentin. En Australie, elle représente une industrie d’un milliard de dollars. Pour les fleuristes, cette journée représente d’ailleurs leur principal chiffre d’affaires de l’année avec la vente de fleurs, et notamment des chrysanthèmes, traditionnel cadeau australien. Il y a aussi les indémodables cartes, chocolats ou encore bijoux. Et puis à chaque nouvelle édition, les magasins se battent pour proposer « le » cadeau original.

La fête des mères s’est transformée en une géante fête commerciale, produit des sociétés de consommation. Prise dans le tourbillon de la publicité, on a même l’impression que sa vocation à rappeler le rôle des femmes et respecter leur travail dans l’éducation des enfants aurait été oubliée. On peut aussi se demander pourquoi les mères devraient être mises à l’honneur durant une seule journée, comme si les 364 autres jours de l’année, elles refaisaient face à l’ingratitude quotidienne.

Pour Richard Waterhouse, professeur d’histoire à l’University of Sydney, son importance aujourd’hui aurait basculé vers sa force réunificatrice. « Cette journée ne sert plus seulement à reconnaître le rôle des mères, mais aussi, à une époque où les familles se détachent de plus en plus, à rassembler leurs membres. » La fête des mères serait également devenue une journée pour toutes les femmes, dépassant les barrières ethniques. « Cette célébration n’est plus liée à un ensemble de valeurs et une vision particulière du rôle des femmes », continue le professeur Waterhouse, « elle possède dorénavant un attrait interculturel qui englobe tous les groupes ethniques en Australie ».

Perte de sens face à l’excès de commercialisation ou évolution du concept, chacun est libre de se faire sa propre opinion. Toujours est-il que dimanche, on fera quand même de gros câlins à notre maman, ou on lui enverra des baisers à travers les nuages, car ça, ça ne coûte rien.

Tara Britton


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