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French Film Festival : les coups de cœur du Courrier Australien, partie 2

franckprovost

Dans la sélection pléthorique qui vous est proposée cette année par le plus grand festival de cinéma français hors de France, Le Courrier Australien a eu quelques gros coups de cœur. Après 120 BPM, Au revoir là-haut et Barbara (voir ici), voici les critiques passionnées et subjectives des films Numéro Une, L’Atelier, et Jeune femme.

Numéro Une, briser le plafond de verre

Emmanuelle Blachey (Emmanuelle Devos) est une ingénieure brillante et volontaire, qui a gravi les échelons de son entreprise jusqu’au comité exécutif. Un jour, un réseau de femmes d’influence lui propose de l’aider à prendre la tête d’une entreprise du CAC 40. Mais dans des sphères encore largement dominées par les hommes, les obstacles d’ordre professionnel et intime se multiplient. La conquête s’annonçait exaltante, mais c’est d’une guerre qu’il s’agit, une guerre pour briser le plafond de verre qui freine la promotion des femmes dans les hiérarchies professionnelles. Au détour des pièges, coups bas et autres perfidies d’un scénario parfois confus, Emmanuelle Devos campe une héroïne tout en paradoxes. Entre fragilité et dureté d’abord, confusion voulue, dépeinte comme nécessaire pour se défaire de ses adversaires. Entre entourage et solitude, ensuite. Au-delà des opposants, Tonie Marshall prend en effet le temps de développer différents seconds rôles féminins adjuvants (notamment Francine Bergé et Suzanne Clément, magnifiques), qui, pourtant, laissent Emmanuelle Blachey cruellement seule lorsque l’attaque se fait personnelle. Entre espoir et désabusement, enfin, du personnage comme du spectateur. Face aux blessures et aux sacrifices concédés, on ne sait pas bien en sortant de la salle quoi penser du combat de cette femme pour le pouvoir. Sinon que briser un plafond de verre ne se fait pas sans entailles.

Tom Val

Numéro Une de Tonie Marshall avec Emmanuelle Devos, Suzanne Clément. 

L’Atelier, itinéraire d’une jeunesse perdue

Durant l’été à la Ciotat, Olivia, romancière parisienne renommée anime un atelier d’écriture avec un groupe de jeunes en réinsertion. Elle est intriguée par Antoine, jeune homme renfermé et peu sociable qui fait des propositions d’écriture jugées choquantes par le reste du groupe. Olivia va tenter d’en savoir plus sur ce jeune homme qui s’inspire de plus en plus d’une idéologie d’extrême-droite. Ce qui impressionne dans le cinéma de Laurent Cantet encore aujourd’hui, c’est une faculté à évoluer avec son temps et à réaliser des films qui marquent par leur actualité. On se souvient en 2000 de Ressources humaines, film symbolique de la lutte sociale écrit au moment du vote pour les 35 heures ; ou bien le puissant  Entre les murs, Palme d’or au Festival de Cannes en 2008 qui se déroulait dans un lycée de banlieue parisienne. Avec L’Atelier, Cantet dresse le portrait d’une jeunesse qui se cherche, en manque de repères, qui s’interroge sur son rôle dans la société. Antoine est le parfait exemple de cette jeunesse perdue qui se réfugie sur les réseaux sociaux et se laisse endoctriner par une idéologie extrémiste (la référence à Alain Soral est à peine voilée).  Au delà du spectre de l’extrême-droite, L’Atelier nous questionne sur des thématiques profondes comme la solitude, présente à la fois chez Antoine et chez Olivia, ou encore la lutte ouvrière avec l’histoire en toile de fond du chantier naval de La Ciotat. Le film ne se veut donc pas moralisateur, mais bien témoin d’une époque où les dérives idéologiques sont présentes partout et notamment au sein de la jeunesse.

Victor Roussel

L’Atelier de Laurent Cantet avec Marina Foïs, Matthieu Lucci

Jeune femme, portrait d’une femme au bord de la crise de nerf

Paula, 31 ans, vient de se faire quitter par son conjoint photographe. Livrée à elle-même dans la ville de Paris sans le moindre sou, sans travail et sans amis, elle va tenter de refaire sa vie au fil de ses nouvelles rencontres. Primé au dernier Festival de Cannes par la Caméra d’or récompensant la meilleure première oeuvre, Jeune femme est un film puissant, ode à la jeunesse et à la vie maîtrisée de bout en bout par la prometteuse réalisatrice Léonor Serraille. Elle nous propose de suivre la vie de Paula, un personnage haut en couleur, bipolaire, parfois hystérique mais qui se révèle touchant et auquel on se prend d’affection au le premier regard.  Son interprète, Laeticia Dosch, livre ici une magnifique interprétation où elle arrive à nous faire passer du rire aux larmes en quelques secondes. À l’image du personnage, le film ressemble à une comédie loufoque mais il cache également une part plus sombre, n’hésitant pas à déconstruire les clichés sur la vie parisienne et à montrer la dure réalité du monde moderne. Jeune femme est en quelque sorte l’opposé du film Amélie Poulain, représentation idyllique voire idéalisée de la vie à Paris. Ici, le destin n’arrive pas par hasard : le personnage doit se battre pour trouver un travail, un logement, des amis en partant de rien. Nous sommes plongés ici dans le réel, le vrai, le naturel et rien n’est laissé au hasard. Ironiquement, le film à l’international se nomme Montparnasse bienvenue, mais Paula n’est la bienvenue nulle part, et pourtant elle pousse des portes, elle ose et c’est le message principal qu’a voulu transmettre Léonor Seraille : persister, ne jamais lâcher et s’affranchir de toutes les conventions et de toutes les règles prescrites par la société. Vivifiant, pétillant, attachant, percutant… Un très beau portrait de femme dans le Paris d’aujourd’hui, tout en énergie et en finesse. Un véritable coup de maître pour une première oeuvre !

Victor Roussel

Jeune femme de Léonor Serraille avec Laetitia Dosch, Grégoire Monsaingeon


Alliance Française French Film Festival : Sydney (27/02 au 27/03), Melbourne (28/02 au 27/03), Canberra (01/03 au 28/03), Brisbane (08/03 au 04/04), Perth (14/03 au 04/04), Hobart (15/04 au 24/04), Adélaïde (22/03 au 15/04), Parramatta et Casula (05/04 au 08/04). Pour en savoir plus, cliquez ici.


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