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Infiltration des réseaux pédophiles : la spécificité australienne

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En Australie, la spécificité de la législation permet à la police d’infiltrer efficacement les réseaux de pédophiles… non sans poser des problèmes éthiques et déontologiques.

L’un des plus gros forums pédophiles au monde a ainsi été infiltré par Argos, une unité de la police australienne spécialisée dans la cybercriminalité. Le site, baptisé Childs Play (Jeux d’enfants en anglais), comptait environ 4000 pédophiles actifs, parmi lesquels une centaine qui filmaient des viols d’enfants pour les partager sur la plateforme.

Childs Play avait été créé en avril 2016 par le canadien Benjamin Faulkner. Ce dernier était connu des services de police pour ses activités sur un autre site pédopornographique, Giftbox Exchange, et c’est dans ce cadre qu’il a été arrêté aux Etats-Unis en octobre 2016 et inculpé pour le viol d’une fillette. Mais lorsque les policiers ont découvert qu’il était aussi aux manettes de Childs Play — un site au succès foudroyant, qui comptait déjà 45 000 inscrits un mois après sa création ­— ils y ont vu une opportunité inespérée de pénétrer ce vaste réseau pédophile et d’arrêter non pas un, mais potentiellement plusieurs centaines de pédophiles à travers le monde. Objectif : gagner du temps pour pouvoir remonter dans l’organisation du réseau afin d’identifier puis interpeller les prédateurs sexuels. Ils ont alors fait appel aux services spécialisés de la police australienne pour une opération d’infiltration.

Un site pédopornographique administré directement par la police australienne

Pendant plusieurs mois, les enquêteurs australiens ont donc secrètement administré Childs Play, en utilisant les identifiants livrés par Benjamin Faulkner.

Après avoir transféré le site sur un serveur australien, les agents d’Argos ont commencé à poster des messages sous l’identité du pédophile canadien. Seul problème : B.Faulkner avait pour habitude « d’illustrer » ses posts avec des photos de crimes sexuels commis sur des enfants… L’équipe Argos a donc dû faire de même : elle a posté des images pédopornographiques récupérées sur le net pour que les utilisateurs habituels ne détectent pas le changement d’administrateur.

C’est là qu’intervient la spécificité de la loi australienne. Dans la plupart des pays, l’utilisation d’images de viols d’enfants même à des fins d’enquête est illégale : on considère qu’elle constitue une « incitation au crime ». Mais en Australie, il est autorisé de se faire passer pour un pédophile (y compris en postant des images illégales) pour traquer les délinquants sexuels. C’est la raison pour laquelle l’enquête a été confiée à Argos… avec la bénédiction des services européens et du FBI, entravés par une législation moins « souple ».

Un problème éthique et déontologique

Un tel procédé — participer à la diffusion d’images de viols d’enfant pour permettre d’en éviter d’autres — pose évidemment un sérieux problème éthique et déontologique. Le média norvégien VG, le premier à avoir révélé les dessous de cette opération internationale suite à une longue enquête journalistique, souligne par exemple que la page comprenant la vidéo d’un viol d’une fillette de 8 ans, postée en octobre 2016, a été visionnée plus de sept cent mille fois. Et pendant la période où la police australienne administrait le site, celui-ci a prospéré… jusqu’à atteindre presqu’un million d’inscrits.

Paul Griffiths est l’un des agents d’Argos qui a usurpé l’identité de B.Faulkner sur le réseau pédopornographique. Il a confié à VG à quel point l’enquête avait été éprouvante. « Vous devez vous mettre à sa place. C’est destructeur. Vraiment difficile. Je travaille dans ce domaine depuis vingt-deux ans. Voir des photos ne me fait plus rien. Mais m’asseoir devant un clavier et parler comme un de ces types… A chaque fois, j’ai l’impression de devoir prendre une douche après. » Mais il n’a pas lâché : « Ma principale motivation est d’identifier les enfants et de les sortir de cette situation atroce. C’est ce qui me fait tenir. »

Braveheart, une association de protection infantile, admet que la méthode pose question et reconnaît que le travail des policiers est difficile.

Mais sa créatrice et directrice, Herry Johnson, soutient le procédé en insistant sur le fait qu’il permet de sauver des enfants de situations terribles. « Les agents d’Argos ne sont pas à l’origine des photos pédophiles qu’ils utilisent, ils ne font que reprendre des photos existantes. C’est une guerre, et on n’a pas le choix que de s’y engager » ajoute-t-elle. Pour Hetty Johnston, Jon Rouse, le directeur de l’unité, est « un génie absolu. » « Il devrait être nommé Australien de l’année. Ce qu’il fait, ce qu’il est obligé de visionner, ça rendrait absolument fou la plupart d’entre nous » ajoute-t-elle.

 

Après 11 mois d’administration par Argos, le site a finalement été fermé le 13 septembre dernier. De l’avis des spécialistes, il s’agissait probablement du plus gros réseau pédopornographique du monde. Jon Rouse a déclaré que l’opération avait permis de procéder à « des sauvetages importants d’enfants à l’échelle mondiale » et à l’interpellation de « délinquants sexuels graves ».

 

Source : theguardian.com


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