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Christophe Lecourtier: « Nous avons envoyé un message différent qui a changé l’image de la France en Australie »

Après trois ans à Canberra, la mission de l’Ambassadeur de France en Australie Christophe Lecourtier touche à sa fin et il a quitté l’Australie pour de nouveaux horizons. Un départ précédé d’une ultime rencontre avec Le Courrier Australien. L’occasion de revenir sur les temps forts de son mandat.

Aujourd’hui est un jour plein d’émotions, quels sont vos sentiments à chaud ?
L’Australie est un pays très attachant, la communauté française qui vit ici et les partenaires australiens que j’ai côtoyés le sont aussi bien évidemment. J’ai donc un pincement un cœur, forcément. Néanmoins, je pars avec la satisfaction du devoir accompli. Tout ce qui a été mis en œuvre pour rapprocher nos deux pays a obtenu des résultats supérieurs à nos espérances. Quant à la suite, je ne m’en inquiète pas car les équipes qui ont lancé les chantiers vont continuer le travail entamé sous mon mandat.

Votre mandat a concentré des moments forts : visite du président, signature du contrat DCNS, centenaire de la grande guerre…
Oui, nous avions la volonté d’exprimer notre confiance en l’alliance qui lie nos deux pays. La visite du président et les commémorations ont été organisées en ce sens. Mais surtout, nous voulions « transformer l’essai » en offrant de nous projeter ensemble dans le nouveau centenaire. Face aux grands défis du XXIème siècle, aux questions de sécurité, de développement, de transitions énergétique et climatique, l’Australie et la France ont tout intérêt a chercher des réponses ensemble plutôt que séparément.

Pour revenir sur les sous-marins et ce contrat dit « du siècle » : vous en êtes fier ?
Oui, car c’est un contrat qui nous engage sur 50 ans et qui va bien au-delà de la fourniture d’équipements militaires. C’est un contrat qui amène nos marines, nos ingénieurs nos universités et nos industries à se marier sur une très longue période. On ne vend pas un sous-marin comme une voiture ! Là, nous allons transférer des technologies et préparer les ingénieurs et chercheurs de demain pour que ces sous-marins restent les meilleurs durant tout le siècle à venir. En tant qu’ambassadeur, avoir ce projet à mon actif durant mon mandat, c’est exceptionnel. Mais naturellement, je n’ai pas été seul et j’associe toutes les personnes qui ont travaillé avec moi sur ce contrat. Je salue un fantastique travail d’équipe.

Aujourd’hui, le « branding France » : c’est l’innovation ?
Quand je suis arrivé, les études et analyses ont montré qu’en Australie la France n’était pas associée à l’innovations ou aux nouvelles technologies. Il a donc fallu démontrer notre valeur aux décideurs et à l’opinion publique. Certes, nous avons de beaux musées, des paysages magnifiques, des châteaux, du vin, un patrimoine… mais nous sommes aussi un pays moderne et référent dans des domaines comme les fusées, les trains à grande vitesse, les satellites ou la défense. En matière de sous-marin, nous avons prouvé que nous avons de l’avance, même par rapport à de très grandes nations comme l’Allemagne ou le Japon. De plus, nous sommes prêt à la partager avec l’Australie.

L’Australie est un pays qui valorise l’optimisme et la confiance. Est-ce que la France vous semble retrouver des couleurs avec ce contrat et son nouveau président ?
La France est un pays qui a une facilité à changer d’état d’esprit, pour autant qu’elle ait à sa tête des hommes et des femmes qui l’inspirent. Aujourd’hui, l’image d’un pays conquérant et innovant que nous avons portée ici est en train de prendre en France une nouvelle dimension avec notre nouveau président et les idées qu’il incarne : confiance en l’avenir et en l’Europe, volonté de lutter contre le changement climatique… Beaucoup attendaient que la France envoie un message de frustration, de chauvinisme et de nationalisme et c’est tout le contraire qui s’est exprimé. On peut être fiers de nos concitoyens qui ont fait mentir les oiseaux de mauvais augure qui nous voyaient suivre la ligne du Brexit ou de l’élection du président Trump. Nous avons envoyé un message différent qui a changé l’image de la France et de l’Europe en Australie. Aujourd’hui, nous pouvons nous projeter pour porter des valeurs qui nous sont communes : ouverture, droit, innovation, acceptation des différences culturelles…

En Australie, les Alliances Françaises, la Chambre de Commerce et même les particuliers ont un rôle important à jouer…
J’ai eu la satisfaction de voir ici les différentes organisations françaises aller de l’avant et porter cette dynamique. La Chambre de Commerce réalise des Business Forum exceptionnels, elle s’est transformée en maintenant ses événements relationnels mais a investi avec beaucoup de succès le domaine du Business. C’est elle, aujourd’hui qui porte le drapeau tricolore en matière de Business en Australie. Les Alliances sont revigorées. Elles affichent des performances formidables qui combinent enseignement et partage culturel. Nous avons un réseau de chercheurs très actif et des écoles qui se développent. Quant à la communauté française, elle est fière de ses valeurs tout en démontrant sa capacité d’adaptation. Elle prouve qu’on peut devenir australien sans oublier ses racines. Tout cela construit des ponts.

Un mot sur la COP 21 et les attentats ?
La fin 2015 a bien sûr été marquée par les attentats à Paris. Cela nous a d’autant plus touchés que nous étions loin. En même temps, le mouvement de solidarité des Australiens à notre égard a été fort et très touchant. Nous avons partagé beaucoup d’émotions. Malgré tout, je voudrais souligner que la réponse de la France à ces événements a été d’organiser avec succès la COP 21. Trois semaines après avoir été touchés cruellement, violemment et de manière très lâche, nous avons répondu par l’ouverture et pris position pour la planète. Nous avons répondu au mal par le bien, au désespoir par l’espoir. Nous pouvons être fiers de la France et aussi des Australiens qui nous ont soutenus durant la COP 21.

Pouvez-vous nous dévoiler votre nouvelle mission ?
Je souhaite retourner en Europe et participer au grand chantier de la relance européenne avec les Allemands, les Italiens, les Espagnols… Il faut un agenda concret avec des objectifs qui parlent aux gens sur des sujets tels que l’immigration, la défense, la sécurité, l’économie. Il s’agit aussi d’organiser un Brexit propre, car la GB restera un voisin important pour l’Europe. Enfin, stabiliser les frontières notamment au niveau de l’Ukraine et des pays des Balkans en les entraînant dans une dynamique positive. L’Europe doit pour cela être attractive. Nous devons oublier nos querelles d’hier et nous tourner vers un avenir stable, paisible et prospère autour de valeurs européennes. Ces trois enjeux doivent être relevés pour permettre à l’Europe de repartir de l’avant. Ma génération a beaucoup cru en l’Europe et nous avons été peinés de voir les difficultés rencontrées. Pour moi, je veux contribuer à relancer ce rêve afin de laisser à mes enfants un modèle séduisant, qui repose sur la paix et le développement.

Vous seriez ambassadeur en Europe ?
C’est normalement ce que je vais faire mais je ne peux rien officialiser pour le moment.

De façon plus personnelle, par rapport au Courier Australien : est-ce important que ce type de média reprenne vie ?
On a rénové ici un titre qui faisait partie de notre héritage et de cette alliance si importante entre la France et l’Australie. A mon sens, vous avez su avec beaucoup de talent garder l’esprit historique du Courrier Australien tout en l’adaptant à la modernité. Un média on-line créatif et réactif, c’est ça la France en Australie. La fidélité à nos valeurs dans un esprit d’innovation. Finalement, l’innovation s’enrichit du passé et le passé nourrit l’innovation.
Je reste bien évidemment abonné et c’est avec plaisir que je vais continuer à vous lire quotidiennement.

 

Propos recueillis par Francois Vantomme,  Rédacteur en chef 
Rédaction: Valentine Sabouraud

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