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Judy Horacek, un amour de cartooniste à Melbourne !

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Ses personnages sont reconnaissables en tous, peut-être à cause de leur profil si caractéristique ou des textes qui les accompagnent. Vous les avez sûrement croisés dans votre librairie, sur une carte postale, ou tout simplement dans The Age qui publie ses dessins depuis 5 ans. Judy Horacek, cartooniste majeure, féministe de toujours et citoyenne engagée publie son 9 ème livre début juillet, l’occasion de la rencontrer dans son atelier de Fitzroy.

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« Je suis née à Mooroopna, mais je n’y suis restée que quelques mois. J’ai vécu la plupart de ma vie à Melbourne avec quelques incursions dans la campagne où mon père a parfois exercé en tant que médecin. » A l’université de Melbourne, Judy Horacek s’inscrit en histoire et en littérature. Elle a le projet d’être écrivain. Finalement, son cœur la fait pencher dans une toute autre direction : le commissariat d’art. « Et c’est là, dit-elle, que j’ai compris que je préférais m’occuper de mes propres oeuvres plutôt que de celles des autres. » Elle décide de devenir cartooniste, une évidence tardive pour celle qui a toujours vécu entourée de dessins humoristiques, caricatures et bandes-dessinées. « Ils étaient chez moi, à portée de main… comme du chocolat. » Plus tard, Judy Horacek étudie l’art à Canberra, mais il s’agit surtout d’affiner ce qu’elle sait déjà : optimiser les couleurs, consolider la perspective.

Le talent de Judy est perceptible dans ces petites vignettes qu’elle publie dans la presse. Elle a également travaillé avec l’écrivaine Mem Fox avec qui elle a réalisé des livres pour enfants. Enfin, elle a édité des ouvrages seules. Quelle différence voit-elle entre son métier de dessinateur de presse et son travail d’illustratrice ? « Le premier est plus intellectuel, avec des contraintes liées à l’actualité. Le deuxième est plus libre, j’ai plus d’espace pour m’exprimer. Mais à vrai dire, l’illustratrice est bien souvent la cinquième roue du carrosse. On m’associe rarement à Where Is The Green Sheep ? Pourtant, ce sont bien mes dessins dans le livre. »

Dans son nouvel opus « Random life » préfacé par John Clarke décédé récemment, le question ne se pose plus puisqu’elle en est l’unique auteure. Elle a aussi pris en charge l’édition via une campagne de crowdfunding sur pozible. La pagination de l’ouvrage dépendait du nombre de participants. Finalement, le livre est épais : 256 pages ! « Il y a de la matière », commente Judy. On peut donc passer du temps à le lire. L’artiste a choisi 230 histoires, en écartant celles qui étaient trop spécifiques à Melbourne (comme la campagne du tramway avec le rhinocéros) ou trop liées à la politique des anciens premiers ministres. « Je voulais le rendre accessible au plus grand nombre. »

Résultat, il y a de tout. Cependant, on retrouve avec plaisir les trois sujets qui lui tiennent à cœur : « les droits de l’homme – social justice ici -, la place des femmes et l’environnement. » On renoue aussi avec la patte de l’auteur et son humour. « J’ai deux tendances. Je crée parfois des scénettes qui font dire à mes lecteurs qu’ils auraient pu eux-mêmes les imaginer (par exemple, le père Noël allongé sur un divan écoute sa psychanalyste lui expliquer que « le plus important, c’est que vous croyiez en vous-même »). Et puis, j’ai un humour tellement surréaliste qu’on n’y croit pas tellement c’est énorme. »

Parce qu’elle est inattendue et tout sauf mainstream, Judy Horacek possède un petit cercle de fans. On lui écrit parfois et elle reçoit souvent des demandes d’étudiants qui voudraient devenir cartoonistes comme elle. « Mais je les décourage généralement. Le métier est si dur. C’est difficile de trouver du travail et d’être employé dans un journal. Aujourd’hui, il faut être polyvalent et savoir utiliser les nouvelles technologies. » Mais Judy voit passer des dessins remarquables. Il y a du talent, mais il faut la demande.

Dans ses références françaises, Judy évoque Claire Brétecher bien sûr ou Plantu. Elle a aussi rencontré Coco de Charlie Hebdo au festival de Saint-Just-le-Martel. Ses ouvrages ne sont pas traduits dans la langue de Molière, mais pourquoi pas un jour ? En attendant, elle emballe les livres destinés à ses 350 soutiens sur Pozible. Ensuite, elle poursuivra dans sa découverte de la céramique et s’attèlera peut-être à un roman graphique. « Au fond, conclut-elle, ce que j’aime surtout, c’est écrire. »

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RANDOM LIFE de Judy Horacek : sortie officielle le 2 juillet 2017

Dans toutes les bonnes librairies australiennes et sur le site de Judy Horacek.

Pré-lancement ce jeudi 29 juin à Bella Union à 6.30 gratuit, infos ici.

Conférence avec Serpil Senelmis le 21 juillet à Montalto Vineyard and Olive Grove $70 repas inclus.

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franckprovost
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