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La culture australienne de la bière à 17h, toute une histoire

franckprovost

Vous avez déjà vu cette image de pub, noyé entre les gratte-ciels des grandes villes australiennes et bondé d’hommes en chemise sortant du bureau ? Bienvenue dans la réalité urbaine australienne à 17h. Tous les jours, le même cliché saute aux yeux des passants du CBD : les chemises blanches et bleues s’entassent dans ces bars après le travail, une bière à la main. Le Courrier Australien s’est intéressé à cette fascinante pratique culturelle australienne : retour sur l’histoire de cette tradition.

Le 6 o’clock swill : l’origine de la culture de la bière à 17h  

imageDans les années 1900, l’instauration des huit heures de travail quotidiennes modifie la journée type des Australiens : ils travaillent désormais de 9h à 17h. Alors que la Première Guerre mondiale fait rage, certains Etats décident de fermer les bars à 18h afin d’améliorer le moral de la population, mais aussi comme une mesure d’austérité. Par cette initiative, les dirigeants souhaitent parvenir à une interdiction définitive de l’alcool.

La réalité est toute autre : une course contre la montre démarre. Les hommes se ruent dans les bars à 17h afin de descendre un maximum de pintes avant le dong fatidique. Cette pratique prend le nom du « 6 o’clock swill ». Venue de l’argot, cette expression décrit ces scènes de précipitation vers les pubs après le travail, pour acheter de l’alcool avant que ceux-ci ne ferment. Une culture de consommation excessive d’alcool sur une courte période de temps – le binge drinking – se développe à cette période en Australie et en Nouvelle-Zélande, non sans conséquence. Des bagarres éclatent partout dans les pubs, le taux de violence explose. Les maris rentrent à la maison tard le soir, ivres face à leurs femme et enfants.

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Cette tradition dévastatrice persiste jusque dans les années 1960 quand, enfin, des changements dans le droit des licences permettent aux bars de rester ouverts jusqu’à 22h.

Un espace réservé aux hommes, « les vrais australiens » 

Le typique pub australien, généralement le plus grand de la ville, était appelé le « bar public ». Paradoxalement, les femmes, et les immigrés sans le statut de « new Australian », se voyaient refuser l’accès. Les femmes n’étaient autorisées que dans le « Ladies’ Lounge », espace où les deux sexes pouvaient s’asseoir et boire un verre ensemble, à condition que les dames se le fassent offrir. Il était en effet très commun qu’elles ne soient pas autorisées à acheter leur propre boisson alcoolisée.

3874360-3x4-700x933Cette situation est restée immuable jusqu’au début des années 1970. Des activistes pour les droits des femmes ont ensuite commencé à défier les règles. L’un des événements décisifs se déroula en janvier 1973, lorsqu’un groupe de femmes organisa une manifestation contre les règles en place à l’Hotel Manly de Sydney. Ces femmes se sont présentées au bar pour commander une boisson, mais ce service leur a été refusé. En signe de protestation, elles se sont alors enchainées à la balustrade, à l’intérieur même du bar. Cet incident a gagné l’attention des médias et causa l’embarras des propriétaires. Après quelques années de manifestations supplémentaires, ces activistes féministes ont réussi à faire disparaître ces règles discriminantes à l’intérieur des bars.

Une situation inchangée 

26 mars 2018, Clarence street en plein coeur du CBD à Sydney. Il est 17h30, les rues se gorgent d’hommes et de femmes en tenue de travail prenant la direction des bus et des stations de train. Un pub, ouvert sur la rue, apparaît comme noyé au milieu de ce déferlement. Des hommes, à l’allure sérieuse, en chemise, pantalon et costume, sont accoudés à un comptoir, une bière à la main. Les joues roses sont déjà teintées par l’alcool.

« On se retrouve ici 3 à 5 fois par semaine, » racontent ces habitués entre 30 à 40 ans. Depuis leurs premières heures en tant que salarié, ces hommes viennent ici pour une heure… ou plus. 29681496_1820730451284772_393925021_oEntre amis ou avec des collègues, ces bières ont une saveur particulière. Elles représentent symboliquement la fin de la journée. Mickaël explique : « dans ma tête c’est le moment où je badge; ma journée de travail s’arrête ici. » Les discussions restent quand même axées autour du travail, car, d’après Andy, «sans le cadre restrictif du bureau, on peut enfin avoir des discussions honnêtes. » Cette bière a donc la vertu de délier les langues. Elle a même un statut sacré. Ils ne l’échangeraient pour rien au monde, à part « s’ils venaient à manquer d’argent. » rigole David. C’est une tradition ancestrale, « profondément inscrite dans la culture australienne », rajoute-t-il.

Finalement, on a l’étrange impression que rien n’a changé. Le décor est planté d’hommes, encore et toujours.  Et pourtant, même si aucune femme n’était de la partie ce lundi en fin d’après-midi, elles s’affirment et prennent doucement possession des lieux en fin de semaine. Les mentalités évoluent… lentement.

Tara Britton


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NCT
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