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La France, nouvel équipementier de l’armée australienne ?

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En avril 2016, la vente des sous-marins de DCNS à l’Australie a fait les choux gras de la presse francophone dans le monde de l’industrie de l’armement. Au delà de la fierté nationale qu’a pu engendrer une telle nouvelle, c’est surtout la surprise qui a dominé les profanes de la chose militaire : comment ? L’armement français s’exporte dans la sphère anglo-saxonne ? Et oui, en effet, il suffit de constater que cette vente est davantage le résultat d’une longue série de conjonctures économiques et géopolitiques favorables à ces contrats, que d’un heureux évènement ponctuel pour l’économie française.

Depuis 20 ans décriée sur l’obsolescence voire l’insuffisance de son armement, et ne disposant pas d’industrie de défense complète, l’Australie ouvre ses marchés publics aux grandes entreprises d’armements. Et bien que traditionnellement, l’Australie achète majoritairement du matériel américain, anglais, voire plus récemment nippon, le made in France semble aujourd’hui se faire la part belle dans les achats australiens.

 

A la fin de la Guerre Froide (1991), les coupes budgétaires ont engendré une armée australienne, certes moderne, mais extrêmement réduite et incomplète, dépendant en grande partie de son allié américain pour la sécurité nationale et la projection de ses forces en territoires étrangers. Au sein de son équipement, seul le MILAN (Missile d’Infanterie Léger Anti-char) était d’origine franco-allemande, aujourd’hui retiré du service.

Aujourd’hui tout a changé. De grosses commandes furent passées auprès des constructeurs français ou franco-européens.

Après le retrait du Mirage III de Dassault de l’armée de l’air australienne à la fin des années 1980, les appareils français disparurent des radars australiens. Mais en 2001, 22 eurocopter Tigre d’Airbus furent commandés par l’Australie. Pendant 10 ans, ces hélicoptères de combat subirent des mises à jour régulières, créant un partenariat de longue durée avec l’Australie pour un retrait du service prévu en 2020. Ils furent suivis en 2004 par une vente 46 hélicoptères de transport militaire MRH90 d’NH Industries (basée à Aix-en-Provence) et assemblés par Airbus Helicopters.

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A330 Multi Rôle Tanker Transport

 

Toujours la même année, Airbus vend 5 A330 Multi Rôle Tanker Transport, avion de transport militaire dont deux autres sont vendus en 2015 pour une livraison d’ici 2018.

 

 

 

 

 

Dans le domaine maritime, l’armée australienne est plus que compétente pour sa flotte de surface. Seule pèche sa flotte sous-marine. Celle-ci est peuplée de sous-marins à propulsion Diesel de classe Collins, dont l’obsolescence est synonyme d’inefficacité.

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sous-marins Shortfin Barracuda

En 2016, un méga-contrat de 34 milliards d’euros est signé entre la France et l’Australie pour 12 sous-marins Shortfin Barracuda à propulsion hybride. DCNS réalise 10 fois sa prise de commandes de 2015 (3,6 milliards d’euros). La mise en service est prévue pour 2027.

 

 

Le domaine terrestre a rencontré quelques succès. Le plus significatif reste la vente de 1000 Hawkeis avec remorques de Thalès en 2015 pour un total de 1,3 milliards de dollars australien. Ce véhicule blindé léger, multi-rôle, sera formaté pour avoir la même utilisation d’un Humvee américain. De plus, les commandes régulières du Bushmaster, un véhicule de transport blindé, de l’Australie ont atteint plus de 800 véhicules fournis, avec une dernière commandes d’environ 200 véhicules en 2015 à Thalès Australia.  Thalès Australia, en absorbant ADI Limited en 2006, devient un partenaire indispensable de l’armement australien dans le domaine de fournitures militaires mais aussi dans l’entretien et la réparation de véhicules ou navires de l’armée.

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Hawkeis de Thalès

 

L’implantation des industries de défenses française dans le pays est aujourd’hui en net progrès. L’ensemble de ces ventes prouve alors qu’il existe une logique plus complexe de partenariat entre les deux pays en dehors l’aspect fortuit de ces ventes dans les principaux médias.

La question demeure : quelles sont les raisons d’une telle évolution sur 15 ans ?

 

Tout premièrement, le contexte économique et géopolitique en mutation et les politiques de défenses qui en découlent, favorisent la vente de matériel de guerre français à l’export et l’achat de celui-ci par les autorités australiennes.

 

L’évolution des relations internationales en est le principal facteur. Après la courte période de l’unipolarité américaine (1991-2001) selon Emmanuel Todd, celle-ci s’est évanouie progressivement après les attentats du 11 septembre 2001, symbole de la montée en puissance des mouvements transnationaux. Le discrédit américain fut confirmé par l’échec militaire et politique en Irak de 2003, réalisé au mépris du droit et des institutions internationales. En effet, le plus grand garant et fondateur du nouvel ordre international basé sur le droit, a violé ces mêmes règles qu’il a juré de respecter. L’impunité d’une telle action a confirmé le caractère anarchique des relations internationales au détriment du nouvel ordre mondial basé sur le droit et l’ONU. Les rapports de forces bruts au détriment de l’appareil législatif sont revenus au sein des arguments dans les négociations entre puissances militaires. La multipolarité du nouvel ordre international fut accentuée par l’essor économique des pays émergents tel que la Russie, la Chine et l’Inde. Ces derniers se posent comme les nouveaux concurrents régionaux des puissances traditionnelles occidentales. Face à ces nouvelles menaces sécuritaires (groupe terroristes transnationaux, politique agressive de la Chine en mer de Chine), le gouvernement australien a révisé sa politique de défense. Le Livre Blanc australien de 2016, qui fixe les objectifs de défense australien, reconnaît un « environnement stratégique le plus changeant et difficile » qu’elle ait connu en temps de paix. Selon le Monde, le budget alloué à son armée va passer de 32,4 milliards de dollars australiens (21,2 milliards d’euros) pour l’année financière 2016-2017 à 58,7 milliards en 2025-2026 et dépasser le seuil de 2 % du PIB dès 2020.

 

A l’inverse, malgré l’augmentation générale du budget de défense mondiale, seuls les européens sont en continuelle baisse de budget. La France jusqu’à aujourd’hui, peine à soutenir un effort de guerre à plus de 2% du PIB. Les premiers à en pâtir sont ses fournisseurs, à savoir les industries de défense nationale. Face a cette baisse des commandes nationales depuis 15 ans, les constructeurs militaires vont augmenter considérablement leur part de chiffres d’affaires à l’exportation.

 

Un autre facteur réside dans la complexification du matériel militaire, dû à la spécification des besoins militaires. L’Australie, dans le choix de la provenance de son matériel militaire, table de moins en moins sur la proximité culturelle et politique avec le monde anglo-saxons, mais sur les aspects techniques et les besoins réels de son armée. Ce qui est décisif, c’est la capacité des industries de défense de fournir un produit au plus près des besoins de l’armée australienne. L’exemple le plus criant reste les sous-marins DCNS. Ce n’est pas une proximité nationale particulière entre l’Australie et la France, ou le prix de la vente qui reste plus élevé que ses concurrents, qui a orienté le choix des militaires australiens. C’est surtout l’aspect technique du sous-marin Shortfin Barracuda. Champion du nucléaire et de la construction de sous-marins de plus de 4000 tonnes, le français devançait son concurrent allemand (ThyssenKrupp Marine Systems) spécialisé dans des sous marins de 2000 à 4000 tonnes. C’est également l’expérience des ingénieurs français sur leurs concurrents nippons qui n’ont jamais réalisé un sous-marin de ce type contrairement aux français. De plus, c’est les sonars français, de qualités inégalées qui ont fait fléchir les australiens. En effet, l’Australie est confrontée à des contraintes géographiques. L’immensité de l’Océan Pacifique et de ses territoires côtiers du fait de son insularité pose un problème de surveillance et de détection. L’efficacité des sonars français lui permettrait non seulement de passer inaperçue mais de couvrir de plus large de zone de surveillance maritime couplée à une excellente précision. Enfin, c’est l’autonomie et l’endurance de ses sous-marins qui a aussi pesé dans la balance.

 

Bien évidemment, un important facteur qui peut engendrer la réalisation de tels contrats sont les contreparties au dossier : contreparties économiques par des accords commerciaux, mais surtout des contreparties militaires. La France, disposant d’une marine de guerre extrêmement développée et de longue durée, séduit l’Australie dans sa recherche de partenariat de défense dans le Pacifique. A l’inverse, la marine japonaise moins puissante, et la marine allemande absente de l’océan pacifique, furent écartées du dossier. Le contrat de DCNS permet de renforcer la coopération navale militaire entre les deux pays qui, dans leur livre blanc, se rejoignent dans l’analyse sécuritaire des relations internationales.

 

Dernièrement, la diplomatie étrangère n’est pas restée indifférente au dossier. Constatant l’impact positif de ce dossier pour le pays qui vendrait ses sous-marins, la Chine aurait fait pression sur les australiens pour les pousser à accepter une offre européenne plutôt que japonaise. En effet, les récentes brouilles territoriales et diplomatiques entre chinois et japonais ont amenés la Chine à considérer le Japon comme un obstacle réel dans sa politique expansionniste en mer de Chine.

 

En conclusion, l’industrie de défense française a de beaux jours devant elle en Terra Australis. La conjoncture géopolitique a favorisé ces ventes qui s’inscrivent alors dans un partenariat de longue durée sur le plan économique et militaire entre la France et l’Australie. Toutefois, il faut rappeler que la majorité du matériel australien provient des Etats-Unis, qui reste son principal partenaire militaire. Bien que la France reste grandement minoritaire dans l’industrie de défense australienne mais elle en est devenue une composante indispensable de sa politique de défense. Nos destins sécuritaires sont liés pour les trente prochaines années.

 

 

Julien Cornu

 

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