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La nouvelle série Netflix « 13 reasons why » est-elle dangereuse ?

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L’une des principales fondations pour la santé mentale en Australie a mis en garde contre les scènes violentes de la nouvelle série Netflix 13 reasons why.
Cette série, qui traite du suicide d’une adolescente et de ses conséquences, peut être visionnée en Australie depuis fin mars.
Headspace, fondation pour la santé mentale des jeunes, affirme recevoir de plus en plus d’appels et d’emails de parents et de jeunes choqués par la série.

13 reasons why est centrée sur un adolescent qui découvre une série de cassettes audio. Ces enregistrements ont été réalisés par Hannah Baker, une jeune femme de 17 ans qui s’est suicidée, et dévoile ainsi les raisons de son geste. Dans l’épisode final, on est témoin du suicide, dans une scène d’une grande violence qui décrit précisément la méthode employée par Hannah pour mettre fin à ses jours. Or cela pourrait avoir un effet incitatif au suicide, comme des études l’ont déjà démontré. Mindframe, une émanation du Hunter Institute of Mental Health qui forme les médias sur la prévention au suicide, déconseille de montrer des scènes de suicide explicites détaillant les lieux ou les méthodes utilisées.

La directrice du Hunter Institute, Jaelea Skehan, a fait part de ses nombreuses préoccupations concernant la série.
Elle s’inquiète tout d’abord de la violence prolongée et insoutenable de l’épisode final. « Malgré l’avertissement donné en début d’épisode (et dans l’épisode précédent, qui met en scène un viol), les spectateurs risquent de ne pas pouvoir s’empêcher de les visionner ».

Par ailleurs, la série tend selon elle à démontrer qu’il peut y avoir des raisons évidentes et indiscutables pour envisager le suicide, tels que le cyber-harcèlement ou les abus sexuels, dont Hannah est victime. « La série semble reposer sur le fait que bien sûr, avec tout ce qui lui arrive, il est normal qu’elle ait envie de mourir. Cela peut contribuer à délégitimer le désespoir ressenti par personnes qui n’ont subi ni harcèlement, ni viol. »

Elle déplore également que l’impact du suicide sur l’entourage soit peu montré — les camarades d’Hannah semblant plus perturbés par les enregistrements audio laissés par Hannah que par sa mort.

Mrs Skehan regrette aussi que l’allusion au suicide d’un deuxième jeune en fin de saison 1 ne soit pas l’occasion d’explorer en quoi le fait d’être exposé à un suicide (y compris via une série comme celle-ci) puisse favoriser le passage à l’acte.

Elle ajoute : « La série peut déclencher ou réactiver un fort sentiment de culpabilité chez les personnes qui ont perdu un proche par suicide. Elle véhicule l’idée que si une seule personne avait agi différemment, Hannah serait encore en vie ».

Plus inquiétant encore, 13 reasons why n’encouragerait pas les jeunes qui font face à des difficultés à se tourner vers des adultes ou à faire appel à des centres d’aide. « Aucun des personnages, qu’il s’agisse d’Hannah ou de jeunes affectés par son suicide, ne fait appel aux adultes. Au contraire, tous s’emploient à les tenir à l’écart. Les adultes, lorsqu’ils sont présents, sont très occupés et n’ont ni la volonté ni la capacité à les aider. La seule fois où Hannah va voir un conseiller, celui-ci n’arrive pas à gérer la situation ».

« La série joue aussi avec l’idée qu’en se suicidant, on peut donner une bonne leçon à ceux qui vous ont fait du mal. La présence de la voix off de Hannah dans tous les épisodes véhicule l’idée qu’elle est spectatrice de ce qui suit sa mort. Or Hannah est décédée et ne pourra jamais être témoin des regrets de ceux qu’elle tient pour responsables ».

Les producteurs de la série affirment avoir consulté plusieurs experts en santé mentale. Les deux épisodes les plus controversés font l’objet d’avertissements. Sur le site web de la série, on trouve des numéros vers des centres d’aide psychologique.

La série est basée sur un best-seller éponyme écrit par Jay Asher. Hannah est incarnée par une actrice australienne, Katherine Langsford. Les réactions du public à la série sont mitigées. Certains se réjouissent que celle-ci amène la question du suicide des jeunes dans le débat public, d’autres qualifient sa diffusion d’irresponsable.

En Australie, 13 reasons why est déconseillée aux moins de 15 ans (MA+15).
Après les déclarations de Headspace, plusieurs écoles secondaires ont adressé aux parents de leurs élèves des courriers les alertant sur le caractère potentiellement dangereux de cette série.


Karine Arguillère

Source : www.smh.com.au

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