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« La situation en Birmanie n’était pas aussi terrible avant l’arrivée au pouvoir de Suu Kyi »

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Kobir Ahmed a entrepris un long voyage pour trouver la paix, témoin les différents pays de naissance de ses huit enfants, Birmanie, Malaisie et Australie. Mais il reste un citoyen de nulle part.

M. Ahmed, 44 ans, travaille aujourd’hui dans une épicerie de la banlieue australienne, où vit une petite communauté de Rohingyas, minorité musulmane qui a fui par centaines de milliers les violences de l’Etat Rakhine, en Birmanie.

L’armée birmane « n’est pas comme les autres armées. Tuer les gens, ce n’est rien pour elle », déclare l’épicier à l’AFP.

La dirigeante birmane de facto, Aung San Suu Kyi, se trouvait à Sydney dimanche pour un sommet spécial Australie-Asean (Association des nations d’Asie du Sud-Est asiatique).

Sa présence en Australie, de même que celle de l’inamovible Premier ministre cambodgien Hun Sen et du Vietnamien Xuan Phuc, tous deux accusés d’oppression, a déclenché des manifestations des défenseurs des droits.

« La situation en Birmanie n’était pas aussi terrible avant l’arrivée au pouvoir de Suu Kyi », ajoute M. Ahmed. Il est arrivé en Australie en 2013 à bord d’une embarcation de fortune où s’était entassée une centaine de personnes.

Près de 700.000 Rohingyas ont fui l’Etat Rakhine depuis le lancement en août 2017 d’une offensive de l’armée birmane contre des rebelles musulmans.

Des soldats et des membres de milices bouddhistes ont été accusés de pillages, de meurtres et de viols. Les crimes « portent » selon l’ONU « les marques d’un génocide ».

– ‘Contraints de fuir’ –
« Avant, on était torturés, on n’avait pas le droit de travailler ou de se déplacer en tout indépendance, nous étions très surveillés, mais au moins on pouvait y vivre. Mais avec elle, nous avons tous été contraints de fuir le pays », poursuit M. Ahmed.

La Birmanie dément toute accusation de nettoyage ethnique, expliquant n’avoir fait que réagir aux attaques des rebelles musulmans.

Les Rohingyas sont la plus grande population apatride du monde depuis qu’ils ont été privés de la nationalité birmane en 1982.

En Australie, ils sont plusieurs milliers, arrivés au fil des années par bateau pour la plupart, à la recherche d’une citoyenneté qu’ils n’ont pu obtenir dans les pays de transit.

Mais leur quête de « statut » reste incertaine.

D’après les défenseurs des droits, ceux qui sont arrivés avant le durcissement considérable des lois australiennes sur l’immigration, en 2013, n’ont bien souvent que des visas temporaires sans espoir de nationalité.

Depuis 2013, ceux qui tentent le périlleux voyage sont relégués comme les autres migrants dans des camps de rétention dans le Pacifique.

La communauté rohingya d’Australie se serre malgré tout les coudes. Elle compte sur l’école pour offrir une vie meilleure à ses enfants.

– ‘Silence honteux’ –
« Pour moi, il n’y a pas d’espoir car je ne suis pas allée à l’école et en grandissant en Birmanie, j’ai perdu tous mes droits », déclare à l’AFP Jumabi, réfugiée arrivée par bateau avec sa famille voici six ans. « Mais ici, les enfants ont de grandes opportunités, et un avenir ».

En Birmanie, l’armée conserve un pouvoir politique non négligeable mais Aung San Suu Kyi a été blâmée à l’international pour n’avoir pas usé de son influence afin de changer les comportements de la majorité bamar bouddiste.

La majorité bouddhiste birmane considère les Rohingyas comme des immigrés illégaux venus du Bangladesh.

L’Australie, qui a obtenu un siège l’année dernière au Conseil des droits de l’Homme de l’ONU, est pressée d’en faire davantage sur le sujet.

Le Premier ministre Malcolm Turnbull a promis d’évoquer les questions des droits de l’Homme au sommet mais il est peu vraisemblable que les discussions soient publiques.

Amnesty International a accusé les chefs de l’Asean de rester « honteusement silencieux » sur la Birmanie.

« Les voisins régionaux de la Birmanie, y compris l’Australie et l’Asean, doivent envoyer le signal que les crimes contre l’humanité sont inacceptables et ne resteront pas impunis », a déclaré James Gomez, directeur de l’ONG pour l’Asie du Sud-Est et le Pacifique.

En attendant, la communauté rohingya locale ne croit pas en Suu Kyi.

« Quand nous étions jeunes, nous pensions qu’elle était bien », dit Mohamed Younis, 25 ans, en Australie depuis cinq ans. Mais « dès qu’elle est arrivée au pouvoir, elle n’a rien fait pour notre peuple, c’est comme si elle était aveugle ».

AFP

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franckprovost
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