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Le saviez-vous

Le saviez-vous ? Dans l’outback vit la plus grande population de dromadaires sauvages du monde

NCT

Quand on pense aux mammifères de la faune australienne, viennent à l’esprit kangourous, koalas, wombats et autres marsupiaux. Mais il est bien rare qu’on cite les dromadaires sauvages. Pourtant, l’outback australien abrite la plus grande colonie de dromadaires sauvages au monde : environ 750 000 individus.

Revenons sur la saga étonnante de ces grands mammifères, qui, autrefois contributeurs essentiels à l’économie australienne, sont aujourd’hui considérés comme un fléau.

Le dromadaire n’est pas une espèce native d’Australie : elle a été introduite par l’homme au XIXème siècle. Le premier individu est arrivé en 1840 ; il s’agissait du seul rescapé d’un chargement acheminé par bateau depuis les Iles Canaries. Prénommé Harry, il a eu une fin malheureuse : une maladresse de l’animal ayant provoqué la mort accidentelle de son propriétaire, Harry a été abattu en représailles.

En 1860, vingt-quatre dromadaires ont été importés des Indes Britanniques (l’actuel Pakistan) dans un but bien précis : accompagner l’expédition Burke et Wills, une mission d’exploration de 2800km devant rallier la côte Nord de l’Australie depuis Melbourne. Cette dernière est un succès et confirme l’adaptation exceptionnelle des dromadaires aux conditions arides des déserts australiens — et, de ce fait, leur intérêt pour les colons.

 

Une adaptation exceptionnelle aux conditions de l’outback

Les camélidés présentent en effet plusieurs caractéristiques qui expliquent leur affinité pour l’outback. La mieux connue d’entre elles est évidemment leur capacité à survivre sans boire pendant plusieurs semaines ; ils peuvent perdre jusqu’à 30% de leur poids en eau sans en souffrir. Mais ils sont également dépourvus de sabots, ce qui est un avantage sur les sols sableux des déserts, dans lesquels ils progressent plus facilement que les ongulés. Plus surprenant : leur système digestif digère parfaitement 325 des 350 plantes endémiques de l’outback, y compris les plus toxiques d’entre elles.

Pour les colons, habitués à travailler avec bovins et chevaux, ces animaux robustes présentent des qualités précieuses. Ils peuvent porter jusqu’à 600 kg, et se nourrir au fil du trajet — inutile de prévoir d’encombrants chargements de fourrage.  Ils n’ont besoin que de peu de repos et ne nécessitent pas d’être ferrés.

S’ils sont d’abord utilisés à des fins d’exploration, les colons comprennent rapidement leur utilité en tant que bêtes de somme sur leurs exploitations. En Australie Méridionale, sur les élevages ovins, ce sont eux qui transportent les balles de laine.

unloading camels

Débarquement de dromadaire à Port Melbourne

Devant la forte demande pour ces animaux providentiels, l’importation massive de camélidés débute à la fin des années 1860. On estime qu’environ 20 000 ont débarqué en Australie en cinquante ans. La vaste majorité, en provenance d’Inde et du Pakistan, était des Camelus dromadarius, (à une seule bosse) — une vingtaine seulement étaient des chameaux (Camelius bactrianus), à deux bosses. En parallèle, dès 1866, des élevages voient le jour en Australie Méridionale.

 

Une contribution majeure au développement du pays

Les dromadaires ne sont pas arrivés seuls. Soucieux d’en tirer le meilleur parti, les colons ont également «

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Caravane de dromadaires dans l’outback

recruté » des chameliers musulmans, qui savent diriger les bêtes et les charger. Plus de 2000 d’entre eux ont signé des contrats de trois ans pour venir travailler en Australie entre 1860 et 1920. Une fois familiarisés avec l’outback, les chameliers organisent eux-mêmes l’importation des animaux et créent des caravanes.

En 1890, ils dirigent la majorité des activités liées au commerce et à l’exploitation des dromadaires. Des liaisons régulières sont instaurées, entre Oodnadatta (SA) et Alice Springs notamment.

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Le Ghan, qui traverse l’Australie du nord au sud

Les dromadaires et leurs chameliers jouent un rôle essentiel dans le développement de l’intérieur du pays.
Ils approvisionnent les mines d’or en eau et nourriture et participent à de grands projets d’infrastructure.
Ils acheminent le matériel de construction de la ligne télégraphique transaustralienne (Australia Overland Telegraph line) reliant Darwin à Augusta. De la même manière, ils participent à l’édification de la barrière censée endiguer l’invasion de lapins (la rabbit-proof fence). Enfin, ils contribuent à l’élaboration des lignes de chemin de fer, notamment celle entre Adélaïde et Darwin. A tel point que le train a été nommé le Ghan en hommage aux chameliers afghans pour leur contribution majeure au projet.

 

Retour à l’état sauvage

Dans les années 20, l’avènement des machines à vapeur bouleverse le modèle économique. Avec le développement du transport ferroviaire et routier, les dromadaires, qui se déplacent à la vitesse d’un homme à pied, perdent leur intérêt. Un grand nombre d’entre eux sont alors relâchés dans l’outback.

troupeau dromadaires

Groupe de dromadaires sauvages

On l’a vu : les camélidés sont parfaitement adaptés aux conditions arides du désert australien. Un très vaste territoire presqu’inhabité s’offre à eux. Par un phénomène de marronnage — le retour à l’état sauvage d’animaux domestiqués — et en l’absence de prédateurs naturels, ils prospèrent dans cet environnement hostile. Ils finissent par coloniser tous les déserts australiens… dans l’indifférence générale, jusque dans les années 2000.

En 2008, la population de dromadaires sauvages est estimée à environ un million d’individus. Des études montrent que leur nombre double tous les 8-9 ans. Leur habitat couvre 3,3 millions de kilomètres carrés dans quatre états : l’Australie Occidentale (où l’on trouve la moitié des dromadaires australiens), l’Australie Méridionale, le Queensland et le Territoire du Nord.

 

Des dégâts estimés à 10 millions AU$ par an

Les autorités prennent alors conscience de ce que les Australiens vivant dans ces régions ont compris depuis longtemps : la prolifération des dromadaires a un effet délétère sur l’économie, sur l’environnement et même sur l’héritage culturel australien.

En période de sécheresse, les camélidés deviennent agressifs et n’hésitent pas à pénétrer sur les exploitations à la recherche d’eau, endommageant les infrastructures. Clôtures détruites, réservoirs d’eau éventrés, unités de climatisation hors d’usage… Certaines propriétés agricoles doivent consacrer 80% de leur budget de maintenance annuel à la réparation des dégâts causés par les dromadaires sauvages — des sommes pouvant atteindre 60 000 AU$ par an. Ils sont également porteurs de maladies pouvant infecter le bétail.

panneau dromadaireSur les routes, qu’ils empruntent lors de leurs déplacements, ils représentent un grave danger et sont responsables de nombreux accidents.

Au total, on estime que les dommages causés par les dromadaires coûtent à l’économie australienne 10 millions AU$ chaque année.

Les communautés aborigènes ont également à souffrir de leur présence intrusive. Une horde de dromadaires sauvages peut assécher un trou d’eau en un seul passage et piétiner sans vergogne des sites sacrés. Ils peuvent également poser des problèmes de sécurité pour les populations.

Enfin, les camélidés sont responsables d’une véritable catastrophe écologique. Ces grands herbivores sont en compétition avec les espèces natives d’Australie pour l’eau et la nourriture. Leur impact sur la biodiversité est majeur : ils épuisent les ressources du bush, sont responsables de l’extinction d’espèces végétales et contribuent à la disparition de certains animaux en détruisant leur habitat.

 

L’Australian Feral Camel Management Project

En 2010, le gouvernement décide de s’attaquer au problème. Les dromadaires sauvages sont déclarés « nuisibles », et l’on crée l’Australian Feral Camel Management Project. Son objectif : réduire significativement la densité de population de dromadaires sauvages et limiter ainsi leur impact sur l’économie et l’environnement.

Une solution radicale est adoptée : l’abattage en masse des animaux. Ceux-ci ne sont pas faciles à repérer dans les larges étendues désertiques, d’autant qu’ils se déplacent constamment et peuvent parcourir 70 kilomètres par jour. Les autorités ont donc recours à des hélicoptères pour les localiser. Lorsque c’est

shooting camel

Abattage de dromadaires par hélicoptère

possible, les animaux sont abattus depuis le sol ; mais le plus souvent, l’abattage se fait directement depuis les airs et les carcasses sont laissées sur place. Une alternative consiste à regrouper puis capturer les animaux — pour les conduire à un abattoir et utiliser la viande en alimentation animale ou même humaine.

On estime que 160 000 camélidés ont été abattus entre 2010 et 2014, la plupart depuis les airs. Du fait de la grande sécheresse de 2012, la population de dromadaires sauvages a également diminué naturellement. Mais depuis la clôture de l’Australian Feral Camel Management Project, ils ont recommencé à proliférer.

 

Une exploitation industrielle

L’Australie a récemment réalisé que les dromadaires sauvages pouvaient aussi constituer une source de revenus.

Plusieurs abattoirs industriels produisent de la viande de dromadaire pour l’alimentation animale et humaine. Une partie est exportée vers les Etats-Unis, l’Europe et le Japon. En Australie, il est relativement facile de trouver des steaks hachés de dromadaire en supermarché. D’après les fermiers australiens, cette viande serait même meilleure que le bœuf.

Une industrie laitière spécialisée voit actuellement le jour en Australie. On peut désormais trouver du lait de dromadaire, mais aussi quantité de produits cosmétiques dérivés : savon, crème hydratante, baume pour les lèvres et même lessive.

Enfin, le secteur du tourisme n’est pas en reste : de nombreuses entreprises proposent désormais des promenades à dos de dromadaire. Certaines vont même plus loin et offrent une véritable aventure, à la manière des caravanes du XIXème : des safaris de trois semaines dans l’outback.

course dromadaires

Course de dromadaires dans l’outback

Les moins audacieux désirant néanmoins approcher ces animaux — désormais emblématiques de l’outback — peuvent se tourner vers les courses de dromadaires. Plusieurs sont organisées en Australie chaque année. Parmi elles, la Camel Cup d’Alice Springs, événement qui attire des milliers de touristes depuis 1970, ou encore les Boulia Camel Race, qui se tiennent dans la localité du même nom, dans le Queensland.

 

Karine Arguillère

Sources :

feralscan.org.au

bbc.com

outback-australia

desertsun.com

 


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