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Le saviez-vous

Le saviez-vous ? – L’hôtel flottant sur la Grande Barrière de corail qui a fini ses jours en Corée du Nord

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Dans les années 1980, la Grande Barrière de corail accueillit le premier hôtel flottant jamais construit. Après de nombreuses péripéties, l’établissement fut finalement déplacé vers le Vietnam, puis… en Corée du Nord.

C’est une histoire pour le moins étonnante que retrace le journaliste Carl Smith dans un long article paru sur ABC mi-juin. A partir de 1988, il était possible en Australie de réserver une chambre dans un hôtel cinq étoiles… flottant tranquillement au-dessus de la Grande Barrière de corail, à quelques 70 km au large de Townsville (Queensland).

Né de l’imagination débordante de Doug Torca, un promoteur immobilier originaire de Townsville, cet hôtel de sept étages disposait de près de 200 chambres, de plusieurs bars et restaurants, d’une boîte de nuit, d’un héliport et même d’un terrain de tennis.

L'hôtel disposait même d'un court de tennis./ Photo Barrier Reef Holdings

L’hôtel disposait même d’un court de tennis./ Photo Barrier Reef Holdings

« C’était assez incroyable de voir l’hôtel flotter sur le récif, entouré de cette eau bleue magnifique », se souvient Peter Tarca, le fils de Doug, décédé au milieu des années 1990. « Au loin, cela ressemblait à un simple bateau ; mais quand vous vous approchiez, vous réalisiez petit à petit que vous aviez affaire à quelque chose de bien différent ».

« Pizzas par hélico »

Au début des années 1980, Doug Tarca rêvait déjà depuis longtemps de construire une structure d’hébergement sur le récif. « Il avait toujours été émerveillé par la beauté du récif corallien, explique Peter. Pouvoir aller y nager à sa guise en bouteille ou snorkeling, voilà l’expérience qu’il voulait partager avec les gens. »

Pour ce faire, Doug envisagea d’abord de construire un point d’ancrage permanent sur le récif, qui permettrait à trois bateaux de croisières de s’amarrer sur de longues périodes. Jugé toutefois peu pratique et trop compliqué à mettre en œuvre, le projet dut être abandonné.

Au milieu des années 1980, Doug commença alors à imaginer un projet d’hôtel flottant sur le récit. Comme l’explique Robert De Jong, en charge d’une exposition consacrée à l’hôtel visible prochainement au Townsville Maritime Museum, le promoteur s’associa alors à la compagnie Barrier Reef Holdings Limited, et s’attela à la préparation du projet. « Une fois que les plans furent dessinés et les détails finalisés, explique Robert, tout fut envoyé à Singapour, où une entreprise locale pris en charge de 1986 à 1987 la construction de l’hôtel ».

Carte postale de l'époque.

Carte postale de l’époque.

Finalement, à l’été 1988, le « Barrier Reef Floating Resort » fut remorqué sur plus de 5000 km par un navire gros-porteur jusqu’à la Grande Barrière de Corail, et ouvrit ses portes en mars 1988. Belinda O’Connor, qui conduisait les clients en bateau-taxi depuis Townsville jusqu’à l’hôtel, se souvient encore très bien des années passées à bord de l’étrange bâtiment : « L’hôtel en lui-même était impressionnant. Et puis, la vie à bord était formidable. On allait plonger sous l’hôtel, on organisait des journées pêche, on se faisait livrer des pizzas par hélico… ».

Cyclone et mal de mer

Les nuages s’assombrirent toutefois rapidement – et littéralement – au-dessus de l’hôtel flottant. Avant même son ouverture, l’établissement fut frappé par un cyclone. Étonnamment, les dégâts furent limités (seule la piscine nécessita d’importantes réparations ), mais le mauvais temps persista les mois suivants l’ouverture.

Si l’hôtel, ancré au récif, s’avéra plutôt résistant à la houle, ce ne fut pas le cas des bateaux-taxis qui transportaient les touristes depuis le continent. Liaisons régulièrement interrompues, clients trop malades devant être rapatriés, et même feu à bord d’un des bateaux : il n’en fallu pas plus pour que l’hôtel ne voit son nombre de visiteurs chuter. « Je crois que l’hôtel flottant était sans doute un peu trop en avance sur son temps, estime Robert De Jong, et il était surtout devenu trop coûteux à faire marcher ».

Le Floating Resort était toutefois loin de couler. Lorsqu’un hôtel flottant ne fonctionne pas à un endroit, il suffit en effet… de le faire voguer vers des eaux plus clémentes. C’est ce que firent les propriétaires de la Barrier Reef Holdings Limited en 1989, en vendant l’hôtel à une compagnie basée au Vietnam pour couvrir leurs pertes.

Rebaptisé Saigon Floating Resort, l'hôtel fut amarré dans la rivière Saigon jusqu'en 1997.

Rebaptisé Saigon Floating Resort, l’hôtel fut amarré dans la rivière Saigon jusqu’en 1997.

Du Vietnam à la Corée du Nord

Un peu plus d’un an après son ouverture, le Barrier Reef Floating Resort, rebaptisé Saigon Floating Resort, embarqua ainsi pour un nouveau voyage d’un peu plus de 5000 km pour aller s’amarrer dans la rivière Saigon. Pendant près de 10 ans, l’hôtel tourna à plein régime, faisant notamment office de casino. Mais en 1997, il fit à nouveau face à des problèmes financiers, et dû être vendu. L’acheteur ? Une entreprise du pays le plus fermé au monde, la Corée du Nord.

« L’hôtel fut transféré en Corée du Nord pendant une phase d’apaisement entre les deux Corées, explique Robert De Kong. L’idée était d’attirer des touristes dans le pays grâce à l’hôtel… Même si je ne crois pas que cela ait vraiment réussi. »

Le Floating Resort fut amarré dans le port du complexe touristique du Mont Kumgang, au sud-est de la Corée du Nord. Bâti en 1998 par le géant sud-coréen Hyundai grâce à un accord passé avec le gouvernement de Corée du Nord, ce complexe attira en dix ans près de deux millions de touristes sud coréens. Mais en 2008, après qu’une touriste sud coréenne ait été abattue par des soldats nord-coréens, la situation s’envenima, et la Corée du Nord finit par prendre possession du complexe touristique.

Capture d'écran Google Maps./ Photo ABC

Capture d’écran Google Maps./ Photo ABC

Aujourd’hui, l’ensemble du complexe est devenue une fille fantôme – et notre hôtel flottant semble lui aussi avoir été laissé à l’abandon. Certes, le bâtiment est toujours visible sur Google Maps, amarré au port du complexe. Mais les quelques photos prises ces dernières années et publiées sur Maps laissent à penser qu’il n’a pas été utilisé depuis un certain temps, avec un état de rouille avancé.

Après avoir voyagé sur plus de 14 000 kilomètres en 30 ans, notre hôtel semble donc avoir atteint sa dernière destination. Mais pour Peter Tarca, l’épopée des hôtels flottants a encore un bel avenir. « Cela aurait été intéressant et excitant pour nous d’avoir des concurrents à l’époque, et je crois aussi que l’hébergement sur des hôtels flottants est quelque chose que l’on pourrait voir se développer dans de nombreux endroits autour de la planète. »

Source : abc.net.au


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franckprovost
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