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Les « Ashes », rivalité post-coloniale entre l’Australie et l’Angleterre sur terrain de cricket

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C’est l’histoire d’une rivalité post-coloniale entre l’Angleterre et l’Australie, qui prend ses racines à la fin du XIXe siècle et se matérialise sur un terrain de cricket: bienvenu aux « Ashes », dont la 70e édition débute jeudi à Brisbane, où l’enfer est promis aux Anglais.

Tout commence il y a 135 ans, les 28 et 29 août 1882: alors que l’Angleterre domine le cricket, l’improbable se produit à l’Oval de Londres. A la surprise générale, l’Australie pour son 9e test match contre l’Angleterre, renverse la situation et s’impose au finish.

Une issue aux retentissements inattendus: les moqueries se multiplient et la satire va jusqu’à la publication de faire-part de décès factices du cricket anglais dans la presse britannique.

L’un d’eux attire particulièrement l’attention. Le 2 septembre dans le quotidien britannique The Sporting Times, le journaliste Reginald Shirley Brooks écrit ainsi: « En souvenir du cricket anglais, qui est décédé à l’Oval le 29 août 1882, pleuré par un large cercle d’amis et de connaissances endeuillés. RIP. Le corps sera incinéré et les cendres emmenés en Australie ».

La légendes des Ashes (les cendres, ndlr) vient de naître.

L’année suivante, en 1883, l’Angleterre entreprend une tournée en Australie, pour la première édition des « Ashes ». A cette occasion, une urne de 11 centimètres de haut en terre cuite, qui contient des cendres censées être celles des wickets (des guichets matérialisés par des piquets reliés entre eux) utilisés en 1882, est alors remise à l’équipe anglaise, victorieuse.

Depuis, le mythe des affrontements entre l’Angleterre et l’Australie n’a fait que grandir, sur fond de rivalité entre la puissance coloniale et son ancienne colonie devenue « dominion » (état indépendant membre de l’Empire britannique) en 1901.

Le vainqueur de cette série de test-matches, qui ont lieu tous les deux ans, conserve les cendres jusqu’à la nouvelle rencontre. En 134 ans, c’est l’Australie qui a conservé les cendres le plus longtemps: 78 années et demi contre 55 années et demi pour l’Angleterre.

Ces « Ashes » s’inscrivent dans une longue tradition de rivalité dans le sport, comme celle opposant l’Allemagne et les Pays-Bas en football, ou les États-Unis et l’URSS en hockey sur glace.

– L’hostilité du ‘Gabba’ –
Et comme pour toute rivalité, un lieu y est associé. En Australie, c’est le Woolloongabba Ground de Brisbane, surnommé « Gabbatoir », où les Anglais n’ont gagné qu’à quatre reprises en vingt rencontres: deux fois dans les années 1930, une fois à la fin des années 1970 contre une Australie diminuée, et une dernière fois en 1986.

L’enfer est donc promis à partir de jeudi dans ce stade qui accueille le début de la 70e édition des Ashes, qui comportera cinq test-matches, chacun durant cinq jours jusqu’à début janvier.

Le joueur de l’Angleterre Simon Jones garde un souvenir bien particulier de cette atmosphère plus qu’hostile du Gabba: lors du premier match de la série en novembre 2002, alors qu’il tente de récupérer une balle pour l’Angleterre, il se blesse, victime d’une rupture du ligament croisé antérieur du genou droit.

Malgré la gravité de la blessure, il sort sous les insultes des supporters locaux. « Lorsque je suis évacué du terrain, quelqu’un dans la foule me lance +Faible bâtard d’Anglais+ et m’a jeté une chope de bière », se souvient-il.

« Mais je ne l’ai pas pris personnellement. Le +Gabba+ est comme ça. C’est un stade très impressionnant, avec ses propres intimidations », ajoute-t-il.

« Vous jouez des matches amicaux au début de la tournée, ensuite vous allez à Brisbane et vous prenez d’un coup toute l’intensité, quelque chose que vous n’avez jamais connu avant », prévient Nasser Hussain, capitaine de l’équipe d’Angleterre de 1999 à 2003 et désormais commentateur à la télévision.

On prête au Gabba des pouvoirs magiques, capables de jouer les pires tours aux Anglais, comme en 2006 lorsque Steve Harmison y a effectué le pire premier lancer des Ashes, complètement raté.

Deux équipes rivales, un stade mythique et pour finir, troisième ingrédient de la légende, des supporters chauffés à blanc, où le moindre détail peut envenimer la situation.

Pour cette année, seulement 200 des 42.000 places du Gabba ont été accordées à la Barmy Army, groupe de supporters de l’équipe d’Angleterre.

La Fédération australienne de cricket a ignoré les demandes de la Barmy Army de permettre aux autres supporters anglais de se regrouper, et seront donc éparpillés dans le stade.

Ils pourront toutefois tous se retrouver à 16h00 lorsque les parties sont interrompues, pour partager le thé, en toute convivialité.

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