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« Les partis traditionnels vont devoir faire face à des questions vitales pour leur avenir. »

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Marquées par un taux d’abstention historique à 57,36%, les élections législatives 2017 ont achevé de transformer le paysage politique français avec une majorité absolue pour le jeune parti LREM et des partis traditionnels au bord du gouffre ou de la scission. Etat des lieux à Melbourne avec Natanael Bloch, expert en communication politique.

Natanel

                                                                  Natanel Bloch

Quel regard portez-vous à chaud sur les résultats ?

La vague Macron a été contenue, voilà le premier constat. Avant le second tour, les sondages estimaient que 440 à 470 députés LREM* entreraient à l’assemblée, ils ne sont finalement que 350 en comptant les élus MoDem. C’est loin des pleins pouvoirs et c’est surtout une épine en moins dans le pied du président qui risquait d’être taxé d’absolutisme. Le deuxième constat concerne les partis traditionnels : le PS a vécu le carnage qu’on lui prédisait et LR, qui s’était fixé l’objectif symbolique de 100 sièges, a devant lui de nouveaux dilemmes. En clair, les deux vont devoir faire face à des questions vitales pour leur avenir.

Avec 113 députés, LR s’en tire plutôt bien pourtant ?

Oui, mais ce chiffre va être compliqué à gérer. Le clivage droite conservatrice contre droite centriste, libérale et européenne va certainement être remis en cause. Cette famille politique ne fera probablement pas l’économie d’une scission. On peut d’ailleurs la pressentir en distinguant : 1/ la droite « canal historique » tendance dure autour de Christian Jacob et Laurent Wauquiez 2/ les refondateurs autour d’une personnalité comme Xavier Bertrand – ils voteront les projets au cas par cas 3/ les Macron-compatibles comme Thierry Solère ou Franck Riester (associés aux UDI) qui, eux, voteront la confiance au gouvernement. Au final, peut-être trois groupes distincts à palais Bourbon…

La gauche PS et le PRG obtiennent 32 sièges : mieux que rien ?

Pas vraiment quand on compare aux 331 sièges de la « majorité présidentielle » en 2012. A ce stade, c’est retour à l’année zéro. La gauche va devoir prendre des décisions importantes car elle ne peut plus se scinder. Va-t-elle déplacer son épicentre et se rapprocher d’une gauche radicale disons… proche de FI ? C’est possible, quoique la majorité des députés « frondeurs » n’ont pas été réélus. A l’inverse, va-t-elle devenir un groupe de gauche, social-libéral ? Dans ce cas, ce ne sera pas avec Manuel Valls, très critiqué dans son camp.

Que peut-on dire des autres partis ?

Le cas du MoDem est très intéressant. Emmanuel Macron possède une majorité absolue sans cet allié. Avec les démissions de Sylvie Goulard, puis de François Bayrou et Marielle de Sarnez aujourd’hui, il a les mains complètement libres. Reste la question du devenir de ces élus. Comment le retour de Marielle de Sarnez à l’Assemblée nationale sera-t-il perçu par les Français qui ont une attente très forte en matière de moralisation de la vie politique** ? Saura-t-elle conserver un groupe MoDem indépendant, alors que la tentation LREM est là  ?

Concernant EELV, le parti n’existe plus au palais Bourbon, même si certains candidats FI disent porter les couleurs de l’écologie. FI, justement, va-t-elle se rapprocher du PCF ?

Enfin, le FN ne réussit pas à transformer l’essai. Si on compare les résultats du FN aux législatives avec ceux de Marine le Pen à la présidentielle, il y a un décalage fort que les Français ne comprennent pas et qui nourrit leur méfiance. Il y a là une question centrale liée à la représentativité. En clair, c’est le système qui est en cause. Une dose de proportionnelle risque donc de devenir incontournable à terme. On en reparlera sûrement.

Qu’en est-il de LREM, est-ce un parti comme les autres ?

Du point de vue des statuts, certainement. Mais un parti politique a besoin de combiner deux éléments importants : l’unité, c’est à dire un accord sur un socle commun, et l’hétérogénéité, afin de permettre le débat interne. Sur ce deuxième point, LREM devra faire ses preuves, puisqu’on ne sait pas comment les nouveaux députés vont travailler.

Comment analysez-vous le niveau d’abstention, notamment à l’étranger ?

De façon générale, il y a un manque de représentativité et une défiance liée aux affaires et à leur traitement politique. A l’étranger, il faut aussi tenir compte compte d’autres particularités. La onzième circonscription englobe 49 pays : un électeur en Australie a-t-il beaucoup en commun avec un autre qui vivra en Russie ? Par ailleurs, du fait de cette étendue géographique, il y a peu de rapports physiques avec le député élu. En France, même si on parle d’un « élu de la nation », ce dernier est tous les week-ends dans sa circonscription au contact de ses électeurs. Enfin, les soucis logistiques sont importants. La propagande qui n’arrive pas dans les boîtes aux lettres, c’est un problème. Faire un long trajet pour enchaîner sur des heures de queue au bureau de vote peut aussi le devenir. Et puis, il y a parfois un calcul « effort vs impact » qui est fait : cela vaut-il la peine de se déplacer pour élire un député dont on n’est pas sûr de ce qu’il fera pour vous ?

Croyez-vous que les députés de l’étranger vont disparaître ?

Ces sièges ont été créés par la volonté de Nicolas Sarkozy. Les premiers députés ont été élus en 2012. Aujourd’hui, malgré la très forte abstention, on peut considérer que LREM, qui a remporté dix circonscriptions sur onze, a obtenu d’excellents résultats. Cela devrait peser dans la décision de conserver ou non ces élus…

Les résultats officiels des législatives 2017

Au niveau national : La République en marche obtient 308 sièges et son allié le MoDem 42 sièges, Les Républicains 113 sièges,  l’UDI 18 sièges, les divers droite 6 sièges, le Parti socialiste 29 sièges, le PRG 3 sièges, les divers gauche 12 sièges, La France insoumise 17 sièges, les écologistes 1 siège, le Parti communiste 10 sièges, le Front national 8 sièges, Debout la France 1 siège, les régionalistes 5 sièges.

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Dans la 11ème circonscription des Français de l’étranger, Anne Genetet LREM a été élue avec 71,72% des suffrages exprimés contre 28,38% pour Thierry Mariani (LR). L’abstention s’est élevée à 77, 34%.

* Sondage juin 2017 – LégiTrack d’OpinionWay-ORPI pour Les Echos et Radio classique

**Selon sondage Ipsos publié en avril 2017, 96 % des Français souhaitent qu’on impose aux élus d’avoir un casier judiciaire vierge, 93 % veulent interdire aux députés d’embaucher leurs proches et 92 % leur interdire les activités de conseil durant leur mandat.

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