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Les pins nous murmurent l’histoire d’un vaisseau de la seconde guerre mondiale

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Pendant presque toute la deuxième guerre mondiale, les bombardiers alliés ont essayé de couler le Tirpitz, le plus gros vaisseau de guerre allemand et la bête noire du dirigeant britannique Winston Churchill, qui l’appelait « la bête ».

Tout récemment, lors du congrès annuel de l’Union européenne des géosciences, trois experts forestiers ont expliqué pourquoi ils n’y sont pas parvenus avant la fin de l’année 1944. « L’histoire était inscrite dans les anneaux de croissance des arbres » a affirmé Claudia Hartl, chercheuse à l’université Johannes Gutenberg de Mainz, en Allemagne.

Cette trace improbable des batailles de la seconde guerre mondiale a été découverte pendant l’été 2016, lorsque Mme Hartl a emmené des élèves pour une étude de routine des forêts autour de Kafjord, un fjord parmi des dizaines le long de la côte nord de la Norvège. « Nous sommes retournés au laboratoire et avons mesuré les anneaux de croissance des arbres, et avons constaté qu’ils étaient très étroits — dans certains cas presqu’inexistants — pour 1945 » a-t-elle déclaré.

Autrement dit, la forêt avait été frappée par une sorte de cataclysme environnemental. « Bien sûr, nous nous sommes demandés pourquoi. »

 

Le premier suspect a été l’infestation par un insecte, qui peut arriver brutalement et avoir des conséquences très graves, en particulier dans les forêts boréales sous haute latitude. Par exemple, les scarabées des pins de montagne, qui ont dû migrer vers le nord à cause du changement climatique, ont récemment dévasté de grandes étendues de forêts au Canada, parfois en une seule année.

Mais aucun insecte connu du nord de la Scandinavie n’aurait pu être responsable d’un tel choc environnemental au milieu du XXèmesiècle.

« Ce n’est que lorsque nous avons parlé avec un scientifique basé à Tromso que nous avons fait le lien avec le Tirpitz » a expliqué Scott St.George, un géographe de l’Université du Minnesota, qui a participé aux recherches.

Le Tirpitz et ses 2500 membres d’équipage s’étaient apparemment réfugiés dans le dédale des eaux du nord de la Norvège pour échapper aux recherches. A une époque où les satellites n’existaient pas encore, même un tel monstre de 250m de long n’était pas facile à détecter. Mais les avions de reconnaissance alliés l’ont finalement repéré et les attaques ont commencé.

Les Allemands avaient cependant un plan pour les contrer : produire d’énormes quantités de brouillard artificiel, suffisamment pour masquer le navire et ses environs à la détection aérienne.

 

Et c’est là qu’interviennent les anneaux de croissance des arbres.

 

Des arbres parmi les victimes

« La fumée s’est glissée dans les forêts entourant le fjord et a endommagé les pins et les bouleaux alentours, en laissant derrière elle une ‘empreinte’ caractéristique et inhabituelle » a expliqué M. St. George.

L’étude des anneaux de croissance des arbres — ou dendrochronologie, littéralement « chronologie des arbres » — est utilisée par les climatologues pour détecter des changements de température et de précipitations ou des inondations qui remontent à des centaines voire des milliers d’années.

Les cercles concentriques que l’on trouve dans les troncs d’arbres des zones tempérées sont aussi utilisés pour dater des bâtiments, des navires, des instruments de musique, des cadres ou tout autre objet en bois. Sous les tropiques, les arbres poussent en continu et de ce fait, ne produisent généralement pas d’anneaux de croissance, lesquels témoignent des poussées de croissance au printemps et en été.

 

L’été dernier, Mme Hartl est retournée sur le lieu de la bataille afin d’approfondir ses recherches et d’établir jusqu’où les dégâts s’étaient propagés. Elle a défini cinq sites de tests distants du fjord où le Tirpitz était amarré de quelques centaines de mètres à environ 10 kilomètres.

Près de l’endroit où se trouvait le navire, plus de 60% des arbres ne montraient pratiquement aucun signe de croissance en 1945. Tous avaient été impactés à des degrés divers. La présence de trous dans la forêt, où de jeunes arbres ont repoussé dans les années 50, laisse à penser que le brouillard chimique a aussi été fatal pour certains arbres. Jusqu’à 4km du Tirpitz, plus de la moitié des arbres ont été gravement atteints et ont mis jusqu’à 8 ans pour récupérer.

 

Le brouillard chimique qui a dénudé les arbres était probablement fabriqué à partir d’acide chlorosulphurique qui, lorsqu’il se mélange à l’eau, produit une épaisse vapeur blanche. Les vaisseaux allemands avaient du personnel spécialisé et équipé de masques à gaz pour la fabrication du voile de fumée.

 

En dépit de sa force de frappe, le Tirpitz n’est jamais vraiment entré en action. En octobre 1944, le commandement de la force navale allemande l’a déplacé à Tromso, où il a servi de plateforme d’artillerie mobile jusqu’à ce qu’un escadron de 32 bombardiers Lancaster britanniques l’envoient par le fond dans le port le mois suivant.

 

Glossaire :

 

amarré (adj.) : moored

anneaux de croissance des arbres (exp.n.) : tree rings

avion de reconnaissance (exp.n.m.) : scout

bombardier (n.m.) : bomber (plane)

bouleau (n.m.) : birch tree

brouillard (n.m.) : fog

cadre (n.m.) : frame

dégât (n.m.) : damage

empreinte (n.f.) : fingerprint

étroit (adj.) : narrow

force de frappe (exp.n.f.) : firepower

inondation (n.f.) : flood

navire (n.m.) : ship

récupérer (v.) : to recover

se propager (v.) : to spread

scarabée (n.m.) : beetle

vaisseau (n.m.) : ship – vaisseau de guerre : battleship


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Pines whisper story of WWII battleship

 

Throughout most of World War II, Allied bombers tried repeatedly to sink the Tirpitz, Germany’s biggest battleship and a bete noir of Britain’s leader Winston Churchill, who took to calling it ‘the beast’.

Recently, tree experts at the annual meeting of the European Geosciences Union showed why they failed to do so until late 1944. « The story was in the tree rings, » said Claudia Hartl, a researcher at Johannes Gutenberg University in Mainz, Germany.

The unlikely evidence of WWII battles was uncovered during the summer of 2016, when Hartl led students on a routine survey of forests around Kafjord, one of dozens of fjords along the northern coast of Norway. « We got back to the lab and measured the tree rings, and saw that they were very narrow — in some cases nearly absent — for 1945, » she said.

The forests, in other words, had been hit by an environmental cataclysm. « Of course we wondered, why is that? »

 

The first suspect was insect infestation, which can come suddenly and have severe impacts, especially in high-latitude boreal forests. Driven north of their historic range by climate change, mountain pine beetles, for example, have recently devastated large swathes of forests in Canada, sometimes in a single year.

But there were no known insect in northern Scandinavia that could have delivered that kind of environmental shock in the middle of the 20th century.

« It wasn’t until we spoke to a local scientist based in Tromso that we made the connection to the Tirpitz, » said Scott St. George, a geographer at The University of who took part in the research.

The Tirpitz and its crew of 2500, it turned out, had retreated into northern Norway’s watery labyrinth to escape detection. In the pre-satellite era, even a 250-metre (820-foot) behemoth wasn’t that easy to spot. But Allied aerial scouts finally found it, and the attacks began.

The Germans, however, had a counter-plan: producing vast quantities of artificial fog, enough to hide the ship from aerial view.

 

And that’s where the tree rings come in.

 

Casualties among trees

« The smoke drifted into the forests surrounding the fjord and damaged nearby pine and birch trees, leaving behind a distinctive and unusual ‘fingerprint’, » St. George said.

The study of tree rings — called dendrochronology, literally, « timeline of trees » — is used by climate scientists to trace changes in temperature, rainfall or river flows reaching back hundreds, even thousands, of years. The concentric circles found in temperate zone tree trunks can also date the age of buildings, shipwrecks, musical instruments, painting frames or anything else made from wood. Because trees in the tropics grow continually, they generally do not produce rings, which show growth spurts during spring and summer.

 

To investigate further, Hartl returned last summer to the scene of the battle, to see how far the damage had spread. She established five test sites ranging in distance from a few hundred meters from the fjord where the Tirpitz was berthed, to about ten kilometres.

Near where the ship once lay, more than 60 percent of the trees showed virtually no growth in 1945. All of them were affected to some degree.Gaps in the forest where young trees sprouted up in the 1950s suggest the chemical fog caused arboreal fatalities too. As far as four kilometres away, more than half the tree were severely affected, taking eight years on average to fully recover.

The artificial fog that denuded the trees was likely made from chlorosulphuric acid which, when mixed with water, produces a thick, white vapour. German ships has special teams equipped with gas masks to generate the smoky shroud.

Despite its firepower, the Tirpitz never saw much action. In October 1944, the German naval command moved it to Tromso, where it served as a mobile artillery platform until a squadron of 32 British Lancaster bombers sent it to the bottom of the harbour the following month.

 

Source: AFP


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