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Levée de rideau sur Michael Bula du Melbourne French Theatre

aircalin

Cette année, le Melbourne French Theatre (MFT) fête ses 40 ans. Maestro Michael Bula, son fondateur, nous emmène dans les coulisses de ce théâtre à la longévité exceptionnelle qui compte 100 pièces à son actif. Une histoire de passion et de persévérance qui a connu bien des rebondissements.

Si l’homme était un personnage de pièce, il serait… Cyrano peut-être ? Pour le tempérament, la flamboyance et la mèche. Michael Bula a le verbe haut et il a beaucoup à dire. Tout a commencé, ici, à Melbourne. L’enfant nait dans une famille italienne qui parle le français comme on respire. « Cette langue a toujours fait partie de notre ADN. Nous avons même des origines lointaines qui passent par Marseille et Rouen » Est-ce elle qui pousse le petit Michael vers la littérature et le théâtre ? En partie sans doute, et aussi le fait qu’il intègre une école de garçons qui promeut ces matières. A la Camberwell Grammar School, il est soutenu et encouragé dans ses penchants artistiques. Une chance comme on en rencontre peu !

A l’université, l’étudiant suit des cours de littérature et d’art tout en étudiant le droit. Il aime toujours le théâtre, mais c’est un ami proche, A. David Gorrie, qui le pousse à passer une audition. Le Département de français de Melbourne University (qui monte des pièces depuis 1896), prépare La Comtesse d’Escarbagnas de Molière : veut-il en être ? Michael décroche un petit rôle et termine… dans la peau de M. Harpin. Son talent a fait des étincelles. Les soucis financiers finissent cependant par arriver et les subventions s’épuisent. Question de survie : le département propose à Michael de créer son propre club de théâtre. Lui pourra recevoir de l’argent. Et il restera étroitement associé à l’université. En 1977, son ami A. David Gorrie et lui-même versent chacun 5 dollars pour ouvrir un compte bancaire au nom de Melbourne French Theatre : l’aventure est lancée.

La première représentation met Ionesco à l’honneur. « Cela peut paraître incroyable, mais les grands auteurs français sont très peu connus en Australie. Quant à être joués, qui plus est en français, c’était extrêmement rare voire jamais vu. » Il faudra donc commencer par le commencement avec les classiques : Molière, Marivaux, Labiche, Guitry… « Nous avons élargi notre répertoire peu à peu, raconte Michael Bula, mais nous restons très conscients des aspects financiers. Nous devons attirer les spectateurs. » Pas question de tenter des pièces obscures, même géniales. « Malgré tout, nous avons joué Le père Noël est une ordure, Un air de famille ou Le Dîner de cons… » En français, pour le public de Melbourne, les choix sont audacieux.

Autre motif de fierté : les pièces bilingues initiées par Colin Duckworth, ami disparu en 2012, auteur, acteur et professeur de français à l’université de Melbourne. Elles étaient un tiers en anglais, deux tiers en français. « Eh oui, explique Michael, à l’époque, on n’utilisait pas les power points pour les traductions. » Désormais, les pièces sont toutes surtitrées en anglais. Vous pouvez donc y assister, sans comprendre la langue de Molière. Le MFT a même osé les pièces d’auteurs anglais… en français. Shakespeare par exemple.

Aujourd’hui, comme à ses débuts, le théâtre fonctionne avec des bénévoles. Acteurs, traducteurs, éclairagistes, maquilleurs… tout le monde s’investit par passion. Seul le metteur en scène est payé, sachant que quelques rares cachets sont parfois possibles. Les places doivent rester abordables. Chaque année, le MFT produit deux pièces pour lesquelles il change de metteur en scène et même d’acteurs. Un casting est d’ailleurs systématiquement organisé et chacun peut tenter sa chance. Pas toujours facile de trouver les bons premiers rôles. « Il nous est arrivé de devoir nous séparer de l’actrice principale une semaine avant la première, raconte Michael, que de stress et d’émotions pour la remplacer. » Il faut une sacrée énergie pour faire face aux aléas d’une petite compagnie, surtout lorsque les moyens sont limités. Heureusement, la détermination est là.

Dans un mois, Michael jouera un petit rôle dans la « Comtesse Bis » (une pièce dans la pièce de Molière) avec sa propre fille et son professeur de français. Un drôle de clin d’oeil à ses débuts sur les planches. Aujourd’hui, notaire et avocat à 80% Michael Bula reste farouchement investi dans les aventures du MFT dont il reste le producteur et l’ambassadeur acharné. La France l’a fait Chevalier de l’ordre national du Mérite pour sa contribution à la promotion de la culture française. Une aide financière serait accueillie avec autant, voire plus de plaisir. La culture a désespérément besoin de fonds… ou rideau. A bon entendeur, salut !

Le MFT joue plusieurs pièces par an au Collingwood College Theatre, il propose aussi des représentations et des ateliers dans les écoles. Depuis sa création il y a 40 ans, 68 000 spectateurs sont venus assister à ses spectacles. « La Comtesse bis », sera jouée du 4 au 6 mai prochain à Melbourne. Toutes les informations sont là, en attendant un prochain article sur le sujet. A suivre…

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