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L’immense comédien Yves Jacques nous parle de La face cachée de la lune

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Son nom ne vous dit rien ? Cherchez bien ! Il a tourné avec les plus grands : Claude Miller, Patrice Leconte, Denis Arcand, Xavier Dolan ou Martin Scorsese... oui, rien que ça. Et au théâtre, rappelez-vous : Yves Jacques a donné la réplique à Isabelle Huppert sur la scène de l’Odéon, jouant le valet Dubois dans Les fausses confidences de Marivaux. Dans un registre moins classique, il se produit depuis 2000 dans la pièce de Robert Lepage : La Face cachée de la lune, une pièce inventive, drôle et poétique dans laquelle il campe tous les personnages. Dans quelques jours, Perth puis Adélaïde accueilleront cette oeuvre au succès jamais démenti. Nous avons eu la chance de pouvoir en parler avec lui.

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La face cachée de la lune met en scène deux frères très différents après la mort de leur mère, en pleine période de conquête spatiale qui voit s’opposer Russes et Américains. Dans une interview, vous avez dit que, pour vous, la pièce racontait surtout l’histoire d’une réconciliation, vous confirmez ?

Pour moi, c’est avant tout l’histoire de la course à la lune… sachant que la lune, c’est aussi la mère. Ce parcours induit des questionnements métaphysiques sur l’infiniment grand, l’infiniment petit et notre place dans l’univers. C’est aussi une histoire d’équilibre, de yin et de yang. Les deux frères constituent ce tout. André est très capitaliste, tandis que Philippe est rêveur, sensible – il représente, je pense, cette part plus féminine.

Vous interprétez les deux frères : vous êtes plus proche de l’un, de l’autre ?

J’arrive à me sentir proche des deux, même si je suis plus touché par Philippe qui est aussi celui que l’on suit davantage. André permet d’avoir un « comic relief » qui fait rebondir l’histoire. Dans le fond, j’ai beaucoup de plaisir à jouer ce qui ressemble à une partie de ping-pong. Il y a de l’émotion et de l’introspection chez Philippe, alors qu’André, animateur télé, se retrouve dans des situations plus drôles comme quand il est coincé dans un ascenseur où qu’il ment à son frère au sujet du poisson rouge qu’il devait garder… A jouer, c’est succulent ! Avec le temps, c’est même de mieux en mieux, comme le bon vin.

Vous avez commencé à jouer cette pièce en 2000 : elle vous étonne encore ?

Au début, j’avais très peur de reprendre cette pièce écrite, mise en scène et jouée par Robert Lepage. J’étais dans la précision, les détails, pour être au plus proche de son spectacle à lui. Avec le temps, j’ai réussi à me l’approprier. J’ai joué cette pièce de 2000 à 2005, j’ai ensuite enchainé avec une autre pièce de Lepage (Le projet Andersen). Depuis 2011, la Face cachée de la lune est rejouée, mais plutôt dans le cadre de « sorties » ponctuelles. Finalement, je pourrais continuer à la jouer encore des années sans me lasser. « Elle est à toi maintenant » m’a dit Robert. Et même si je vieillis, je reste celui qui raconte cette histoire. A 80 ans, j’y serai peut-être encore, pourquoi pas ?

Vous avez joué avec des stars comme Cate Blanchett, Leonardo DiCaprio, Fabrice Luchini, Marina Hands, Nicole Garcia… là, c’est la Technique, votre partenaire ?

La technique n’a pas d’âme, elle se place. Dans ce spectacle, elle a effectivement une part importante car il y a beaucoup de projections vidéo et aussi des marionnettes – manipulées par Eric Leblanc. Mais pour moi, le partenaire de ce spectacle, c’est surtout le public. Il y a des moments où, quand je parle au barman ou au téléphone, c’est, d’une certaine façon, au public que je m’adresse. Ses réactions, ses rires ou son silence, tout cela sert la pièce. Cela contribue aussi à rendre toutes les représentations différentes.

Vous jouez la pièce en français ou en anglais, cela fait-il une différence pour vous ?

L’anglais est plus « sharp », plus rapide : il a moins besoin d’explications. Bizarrement, je suis plus ému quand je joue en anglais. Peut-être que lorsqu’on joue dans une langue « étrangère », on est déjà dans un personnage. Et puis, dans sa langue maternelle, il est plus facile de se cacher derrière une carapace. En même temps, je ne sais pas si ça s’explique cette histoire de langue.

Le réalisateur français Claude Miller vous a comparé à Alec Guinness, Peter Sellers et Geoffrey Rush… vous vous sentez plus proche de qui ?
A. Guinness

A. Guinness

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P. Sellers

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G. Rush

Alec Guinness a joué des rôles merveilleux, pour lesquels il n’aurait pas été choisi aujourd’hui. Je pense à lui dans Lawrence d’Arabie par exemple. Il a aussi joué un Othello maquillé de noir. J’aime beaucoup Peter Sellers, mais il se situe dans un registre comique dans lequel j’évolue peu. Finalement, je me sens plus proche de Geoffrey Rush que j’admire… mais je n’oserais pas me comparer à lui. C’est le public qui fait les rapprochements, moi, j’essaie d’être moi-même tout simplement.

Valentine Sabouraud

La face cachée de la lune (The far side of the moon) a déjà été jouée à Sydney par Robert Lepage. Elle vient pour la première fois ailleurs en Australie, portée par le comédien Yves Jacques. Une pièce à ne pas rater !

>> PERTH FESTIVAL les 22, 23 et 24 février – Heath Ledger Theatre 36 à 85 $ – Infos ici.

>> ADELAIDE FESTIVAL du 2 au 7 mars – Her Majesty’s Theatre 35 à 99 $ – Infos là.

(C) Photos : Sophie Grenier – extraits du spectacle avec Yves Jacques.

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NCT
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