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Jean-Claude Juncker

L’UE s’attaque aux investissements étrangers dans les secteurs clés

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Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker va proposer un « cadre » européen sur le contrôle des investissements étrangers dans l’UE, afin de répondre à l’inquiétude de ses plus grands Etats membres face aux acquisitions étrangères, principalement chinoises, dans leurs secteurs stratégiques.

« Nous proposons aujourd’hui un nouveau cadre de l’UE sur l’examen des investissements, (investment screening en franglais) », a annoncé M. Juncker à Strasbourg lors de son discours-programme annuel sur l’état de l’Union européenne.

« Si une entreprise publique étrangère veut acquérir un port européen stratégique, une partie de notre infrastructure énergétique (…) ou une de nos sociétés dans le domaine des technologies de défense, cela ne peut se faire que dans la transparence à travers un examen approfondi et un débat », a-t-il argué.

« Il est de notre responsabilité politique de savoir ce qui se passe chez nous afin d’être en mesure, si besoin était, de protéger notre sécurité collective », a ajouté le chef de l’exécutif devant les eurodéputés.

Cette proposition cible tout particulièrement, sans les nommer, les investisseurs chinois, dont l’appétit pour les entreprises industrielles de pointe européennes a beaucoup inquiété ces dernières années.

Par leurs prises de contrôle, les firmes chinoises, parfois publiques, sont accusées de s’offrir à moindre coût et de manière déloyale une expertise et des technologies clés.

En 2016, l’Allemagne et l’UE n’avaient pu que constater, impuissantes, le transfert de technologies « made in Germany » lors de la reprise du fabricant allemand de machines-outils Kuka par le géant chinois de l’électroménager Midea, pour 4,6 milliards d’euros.

Dans un communiqué commun, l’Allemagne, la France et l’Italie se sont félicitées de la proposition de Jean-Claude Juncker qui constitue « une étape majeure pour assurer une concurrence loyale et équitable en Europe ».

Ces trois pays réclamaient depuis plusieurs mois des propositions à la Commission.

– Réticences –

Le sujet avait notamment été porté par le président français Emmanuel Macron lors d’un sommet européen fin juin, mais il n’avait pas fait l’unanimité.

Certains pays du sud, comme le Portugal ou la Grèce, qui ont besoin d’argent pour « sortir la tête de l’eau », craignaient en effet qu’une telle mesure n’entrave les investissements étrangers chez eux.

D’autres, comme les pays nordiques, s’étaient dit réticents car, de tradition libérale, ils sont attachés à l’ouverture des marchés.

« Cette proposition de règlement n’oblige pas les Etats membres à adopter ou maintenir un mécanisme de contrôle des investissements » mais s’adresse à ceux qui « ont déjà ou souhaitent mettre en place » un tel mécanisme afin de s’opposer à certaines opérations, est-il précisé dans le projet de règlement consulté par l’AFP.

Les Etats membres y sont invités à renforcer leur collaboration si une acquisition étrangère présente un risque pour « leur sécurité ou l’ordre public ».

Chaque pays pourrait aussi faire valoir ses inquiétudes auprès d’un autre pays s’il s’estime affecté par une opération.

La Commission se donne aussi le droit de contrôler un investissement qui aurait des conséquences sur « les projets ou les programmes » de l’UE.

« L’Europe est ouverte au commerce, mais réciprocité il doit y avoir », a insisté M. Juncker.

Le président de la Commission a par ailleurs annoncé mercredi son intention de renforcer le « programme commercial » de l’UE.

Il compte ouvrir des négociations commerciales avec l’Australie (19e partenaire commercial de l’UE) et la Nouvelle-Zélande (49e partenaire commercial), qu’il souhaite conclure avant la fin de son mandat en 2019.

Juncker espère également aboutir « avant la fin de l’année » à un « accord politique » avec le Mexique et les pays du Mercosur, à l’image de celui obtenu cette année avec le Japon.

« Je veux que tous ces accords soient finalisés avant la fin de l’année. Et je veux qu’ils soient négociés dans la plus grande transparence », a-t-il affirmé, en réponse aux polémiques qui ont entouré les précédentes tractations commerciales de l’UE.

« Les citoyens ont le droit de savoir, fini le manque de transparence, fini les rumeurs et les procès d’intention dont la Commission ne cesse de faire l’objet », a conclu le Luxembourgeois.

AFP

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