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Mai 1968, la révolution qui n’a pas eu lieu ?

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La crise de mai 68 en France s’est rapidement transformée en grève générale qui s’est étendue aux usines et industries à travers tout le pays, interrompant la distribution de la presse, les transports aériens et deux des plus grandes autoroutes. A la fin du mois, des millions de travailleurs étaient en grève et la France semblait être au bord de la révolution gauchiste.

Même sans aller chercher le paquet de journaux jaunis de l’étagère du placard, il est facile de se souvenir de la crise de Mai 68 à Paris. Il est beaucoup moins évident, 50 ans plus tard, d’en comprendre le sens. Les hormones adolescentes, la mort du communisme, la mort du capitalisme ou, comme André Malraux l’a alors suggéré, la mort de Dieu ?

Malraux, écrivain, homme politique et ministre de la Culture à cette époque, est peut-être le seul à avoir évoqué la mort de Dieu comme explication, mais tout le monde s’accorde sur le fait que Mai 68 a conduit toute une société à reconsidérer ses valeurs fondamentales – ce qu’on pourrait appeler un examen de conscience.

Après la crise algérienne des années 50, la France vivait une période de stabilité dans les années 60. L’empire colonial français avait été aboli, l’économie progressait et le Président Charles de Gaulle était populaire. Pourtant, le mécontentement était bien là, sous-jacent, en particulier chez les jeunes qui critiquaient un système universitaire obsolète et le manque d’opportunités professionnelles pour ses diplômés.

 

Des manifestations étudiantes à la grève générale

Quelques manifestations isolées d’étudiants réclamant une réforme de l’éducation commencent en 1968, et le 3 mai, une manifestation à la Sorbonne — la plus célèbre des universités parisiennes — est dispersée par la police. Plusieurs centaines d’étudiants sont arrêtés et des dizaines sont blessés.

Suite à cet incident, les cours de la Sorbonne sont interrompus et les étudiants descendent dans les rues du Quartier Latin (le quartier étudiant de Paris) pour continuer à manifester.

Le 6 mai, des affrontements entre la police et les étudiants font des centaines de blessés.

La nuit du 10 mai, les étudiants montent des barricades et déclenchent des émeutes dans le Quartier Latin. Près de 400 personnes sont hospitalisées, dont plus de la moitié sont des membres des forces de police.

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Barricade, Mai 68, Paris

Des étudiants gauchistes appellent à une profonde réforme économique et politique du pays, et les leaders syndicaux planifient des grèves en soutien aux étudiants. Dans l’espoir de désamorcer la crise en renvoyant les étudiants à leurs études, le premier ministre George Pompidou annonce que la Sorbonne rouvrira le 13 mai.

Ce jour-là, des étudiants occupent les bâtiments de l’université et manifestent dans les rues aux côtés des ouvriers en grève. Dans les jours qui suivent, les troubles gagnent d’autres universités françaises et les grèves se répandent dans tout le pays, pour finir par concerner 11 millions d’employés — plus de 22% de la population française de l’époque — et paralyser tout le pays.

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Manifestation, Mai 68, Paris

Le soir du 24 mai, à Paris, se déroule le plus violent épisode de la crise. Des étudiants révolutionnaires occupent temporairement la Bourse de Paris, hissent un drapeau rouge communiste au-dessus du bâtiment et essayent d’y mettre le feu. Un policier est tué.

Les jours suivants, le premier ministre George Pompidou négocie avec les leaders syndicaux et fait un certain nombre de concessions, mais ne parvient pas à stopper la grève. Les manifestations sont d’une telle ampleur que les leaders politiques craignent une guerre civile ou une révolution ; le gouvernement national lui-même cesse momentanément de fonctionner lorsque le Général de Gaulle fuie secrètement le pays et se réfugie quelques heures sur une base militaire en Allemagne.

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Affrontements entre étudiants et forces de police, Mai 68, Paris

Retour à l’ordre

Le 30 mai, le Président de Gaulle s’exprime à la radio et annonce qu’il dissout l’Assemblée nationale pour provoquer de nouvelles élections. Il laisse entendre qu’il utilisera l’armée pour rétablir l’ordre en France si nécessaire. Les Gaullistes fidèles et les citoyens de la classe moyenne le soutiennent et les grèves sont progressivement abandonnées. Les manifestations étudiantes se poursuivent jusqu’à leur interdiction le 12 juin.

Lors des deux tours des élections les 23 et 30 juin, les Gaullistes remportent une large majorité à l’Assemblée nationale. Suite aux événements de mai 68, le gouvernement du Général de Gaulle fait une série de concessions aux groupes protestataires, dont l’augmentation des salaires et l’amélioration des conditions de travail pour les employés, et vote une loi de réforme profonde de l’éducation visant à moderniser les études supérieures. Après avoir gouverné pendant 11 ans, le Général de Gaulle démissionne en 1969 et c’est George Pompidou qui lui succède. Le Général de Gaulle décède l’année suivante, juste avant son quatre-vingtième anniversaire.

Comme l’a plus tard exprimé Alain Geismar — l’un des leaders du mouvement —, Mai 68 a est « une révolution sociale et non pas politique ». Son impact sur la société française a résonné pendant des décennies. Aujourd’hui, Mai 68 est considéré comme un tournant décisif à la fois culturel, social et moral de l’histoire du pays.

 

Glossaire :

affrontement (n.m.) : confrontation

au bord de (exp.) : on the brink of

cesser (v.) : to stop

démissionner (v.) : to resign

désamorcer (v.) : defuse

diplômé (n.m.) : graduate

émeute (n.f.) : violent protest

employé (n.m.) : worker

fuir (v.) : to flee

gauchiste (adj.) : leftist

grève (n.f.) : strike

hisser (v.) : to raise (for flag)

manifestation (n.f.) : protest

obsolète (adj.) : outdated

ouvrier (n.m.) : worker

parvenir à (v.) : to manage to

quartier (n.m.) : district

résonner (v.) : to resound

rétablir l’ordre (exp.v.) : to return order

salaire (n.m.) : wage

sous-jacent (adj.) : which lays beneath the surface

tour (n.m.) : round (for elections)

troubles (n.m.pl.) : unrest

usine (n.f.) : factory

visant à (exp.) : intended to


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May 68, the revolution that never was ?

In France, the May 1968 crisis escalated as a general strike spread to factories and industries across the country, shutting down newspaper distribution, air transport, and two major railroads. By the end of the month, millions of workers were on strike, and France seemed to be on the brink of radical leftist revolution.

Even without retrieving that bundle of yellowing French newspapers from the top shelf in a closet, it is easy to remember the night of May 10, 1968, in Paris. It is far less easy, 40 years later, to discern what it was all about. Adolescent hormones, the death of communism, the death of capitalism or, as André Malraux suggested at the time, the death of God?

Malraux, the writer and politician and the French culture minister at the time, may have been alone in invoking God’s death as an explanation, but no one doubted that May 10 provoked an entire society to a rare assessment – call it an examination of conscience, if you will – of its fundamental values.

Here is a chronology of the events.

After the Algerian crisis of the l950s, France entered a period of stability in the 1960s. The French empire was abolished, the economy improved, and President Charles de Gaulle was a popular ruler. Discontent lay just beneath the surface, however, especially among young students, who were critical of France’s outdated university system and the scarcity of employment opportunity for university graduates.

 

From students protests to general strike

Sporadic student demonstrations for education reform began in 1968, and on May 3 a protest at the Sorbonne (the most celebrated college of the University of Paris) was broken up by police. Several hundred students were arrested and dozens were injured.

In the aftermath of the incident, courses at the Sorbonne were suspended, and students took to the streets of the Latin Quarter (the university district of Paris) to continue their protests.

On May 6, battles between the police and students in the Latin Quarter led to hundreds of injuries. On the night of May 10, students set up barricades and rioted in the Latin Quarter. Nearly 400 people were hospitalized, more than half of them police.

Leftist students began calling for radical economic and political change in France, and union leaders planned strikes in support of the students. In an effort to defuse the crisis by returning the students to school, Prime Minister Georges Pompidou announced that the Sorbonne would be reopened on May 13.

On that day, students occupied the Sorbonne buildings and striking workers and students protested in the Paris streets. During the next few days, the unrest spread to other French universities, and labor strikes rolled across the country, eventually involving 11 million workers — more than 22% of the total population of France at the time — and paralyzing the whole country.

On the evening of May 24, the worst fighting of the May crisis occurred in Paris. Revolutionary students temporarily seized the Bourse (Paris Stock Exchange), raised a communist red flag over the building, and then tried to set it on fire. One policeman was killed in the night’s violence.

During the next few days, Prime Minister Pompidou negotiated with union leaders, making a number of concessions, but failed to end the strike. The protests reached such a point that political leaders feared civil war or revolution; the national government itself momentarily ceased to function after President Charles de Gaulle secretly fled France for a few hours to a French military base in Germany.

 

Return to order

On May 30, President de Gaulle went on the radio and announced that he was dissolving the National Assembly and calling national elections. He hinted that he would use military force to return order to France if necessary. Loyal Gaullists and middle-class citizens rallied around him, and the labor strikes were gradually abandoned. Student protests continued until June 12, when they were banned. Two days later, the students were evicted from the Sorbonne.

In the two rounds of voting on June 23 and 30, the Gaullists won a commanding majority in the National Assembly. In the aftermath of the May events, de Gaulle’s government made a series of concessions to the protesting groups, including higher wages and improved working conditions for workers, and passed a major education reform bill intended to modernize higher education. After 11 years of rule, Charles de Gaulle resigned the presidency in 1969 and was succeeded by Pompidou. He died the next year just before his 80th birthday.

As Alain Geismar—one of the leaders of the time—later pointed out, the movement succeeded “as a social revolution, not as a political one”. “May 68” had an impact on French society that resounded for decades afterward. It is considered to this day as a cultural, social and moral turning point in the history of the country.

Sources: history.com, nytimes.com


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