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Ned Kelly, le Robin des Bois australien

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Certains voient en lui un Robin des Bois australien, un héros défendant les siens, et d’autres le considèrent comme un criminel et un meurtrier :  Ned Kelly est une figure controversée depuis plus de 100 ans en Australie. Au vu du nombre d’oeuvres aussi bien littéraires, musicales que cinématographiques qu’il a inspirées, on peut néanmoins affirmer qu’il fait partie du folklore du pays et qu’il a nourri et nourrit encore l’imaginaire collectif.

Retour sur les faits d’arme de ce personnage historique si ambigu.

Ned Kelly est né à Beveridge, Victoria en 1855 ou 1856 selon les sources. Son père, John Kelly, était un convict irlandais déporté pour vol de cochon et condamné à 7 ans de bagne en Tasmanie. A sa libération, il a trouvé un emploi dans une ferme et épousé la fille du propriétaire, irlandais lui aussi. Ensemble, ils ont eu huit enfants, dont l’aîné est Ned.

John Kelly a eu de nombreux démêlés avec la justice, pour des larcins mineurs. Les archives semblent attester d’un certain acharnement des autorités sur John « Red » Kelly et toute sa famille : une proportion importante de charges portées contre eux ont finalement été classées sans suite. Cela marquera profondément son fils aîné.

La légende de Ned Kelly commence dès l’âge de dix ans, lorsqu’il sauve de la noyade un jeune enfant ; les parents de la victime lui offrent en signe de leur reconnaissance une ceinture de soie de couleur verte — qu’il portait le jour de sa dernière arrestation.

Après son père — décédé lorsqu’il a onze ans — Ned ne tarde pas à se faire remarquer par la police. Il est régulièrement soupçonné dès l’âge de 14 ans pour vol de bétail ou de chevaux, et condamné une première fois à trois ans de prison à l’âge de 16 ans.

 

L’incident Fitzpatrick

En avril 1878, un incident va changer le cours de sa vie. L’agent Alexander Fitzpatrick, qui prétend s’être rendu dans la ferme des Kelly pour y arrêter Dan, l’un des frères, affirme que Ned lui a tiré dessus et l’a blessé au poignet. A ce jour, cette version n’est pas confirmée — il est même possible que Ned Kelly n’ait pas été sur les lieux au moment des faits. Mais plutôt que de plaider leur innocence, Ned et Dan, qui ont bien peu confiance en justice, choisissent alors de disparaître : ils deviennent des bushrangers, rejoignant les nombreux hors-la-loi de l’époque qui utilisent leurs capacités à survivre dans le bush pour échapper aux autorités.

Les deux frères sont rejoints dans leur cavale par deux amis, Joe Byrne et Steve Hart. La mère de Ned est condamnée à 3 ans de prison pour complicité de meurtre.

 

Une cavale de deux ans

En octobre 1878, à Stringybark Creek (Victoria), Ned Kelly et ses acolytes tendent une embuscade aux agents de police qui les traquent. Le fugitif tue trois policiers. A partir de ce moment, la bande est considérée comme hors-la-loi : une récompense est offerte par le gouvernement du Victoria pour leur capture « mort ou vif ».

En décembre de la même année, la bande de Ned Kelly braque une première banque, puis une deuxième deux mois plus tard — cette fois en volant des uniformes de policiers et en prenant en otage plusieurs dizaines de personnes dans un établissement hôtelier.

Ned Kelly et sa bande se fabriquent alors des armures et heaumes à partir de versoirs de charrues — achetés avec l’argent de leur butin ou parfois offerts par des fermiers qui les soutiennent. Ces armures leur permettent d’éviter les blessures même en cas de fusillade proche. Elles contribuent aussi grandement à la réputation de la bande, car portées sous un long manteau gris, elles les font apparaître plus imposants, plus intimidants, presque fantomatiques.

 

Le siège de Glenrowan

Le 27 juin 1880, la bande de Ned Kelly prend en otage une soixantaine de clients d’une auberge à Glenrowan (Victoria). Leur intention est de faire dérailler un train affrété depuis Melbourne qui convoie des renforts de police. Cependant, les autorités en sont informées et l’opération échoue. Les policiers assiègent alors l’hôtel. A l’aube du 28 juin, suite à un échange de coups de feu, Ned Kelly finit par avancer vers les assaillants, dans son armure et armé d’un fusil. Son apparition, dans la lumière blafarde de l’aube, fait forte impression sur les agents de police. Ned Kelly est finalement touché aux jambes (que l’armure ne protégeait pas) et capturé, tandis que ses trois acolytes meurent dans l’assaut.

Après sa capture, le bandit est si populaire que 32 000 signatures sont recueillies pour demander sa grâce. Il est néanmoins condamné à mort et pendu le 11 novembre 1880 à Melbourne. Selon la légende, ses derniers mots auraient été « Such is life » (ainsi va la vie).

ned kelly death mask

Ned Kelly (masque mortuaire)

Plusieurs masques mortuaires en plâtre ont été réalisés sur Ned Kelly après son exécution — une pratique courante de l’époque, les masques étant exposés dans les lieux publics comme affirmation du pouvoir de la police. On peut imaginer leur satisfaction à exposer la preuve irréfutable de leur capture après les efforts vains menés durant deux ans… L’un des masques mortuaires de Ned Kelly est conservé à la State Library of Victoria, de même que son armure.

 

Une source d’inspiration continue depuis plus d’un siècle

De nombreux livres, romans ou essais se sont intéressés à ce personnage historique. L’œuvre de fiction la plus connue hors de l’Australie est sans doute The true history of the Kelly gang* (2000), un roman de l’Australien Peter Carey plusieurs fois primé.

Le célèbre bushranger a également été le sujet de plusieurs films. En 1906, l’histoire de Ned Kelly fait même l’objet du premier long-métrage non seulement d’Australie mais même du monde : The story of the Kelly gang, de Charles Tait. Il n’en subsiste aujourd’hui plus que quelques cartes postales et un petit morceau de bobine, retrouvé à Melbourne en 1980.

Au cours des dernières décennies, le bandit a été incarné par des stars notables telles que Mick Jagger (Ned Kelly, 1970) ou Heath Ledger (Ned Kelly, 2003). Dernier film en date : The true history of the Kelly gang, réalisé par Justin Kurzel et adapté du roman de Peter Carey, qui devrait sortir prochainement  — et dans lequel on pourra voir, entre autres, Russell Crowe.

A la National Gallery de Canberra, on peut également admirer une série de 25 peintures consacrées à Ned Kelly. Ces œuvres de Sidney Nolan, exécutées en 1945-1947 dans un style naïf inspiré de celui du Douanier Rousseau (dont Nolan était un grand admirateur), illustrent des
épisodes marquants de la vie du célèbre bushranger. Dans ces oeuvres peintes sur bois à l’aide de peinture-émail, Ned Kelly apparaît stylisé dans son armure : une silhouette surmontée d’un carré fendu représentant le heaume. C’est cette figure qui est passée à la postérité.

Ned Kelly, Sidney Nolan, 1945 - copie

Ned Kelly, Sidney Nolan (1945)

Ned Kelly, the trial (Sidney Nolan, 1947)

Ned Kelly, the trial, Sidney Nolan (1945)

 

Une réhabilitation progressive

Malgré son statut de voleur et de meurtrier craint dans tout le Victoria, beaucoup d’Australiens voyaient en Ned Kelly un symbole de l’esprit du pays : un opprimé ayant eu le courage de tenir tête aux autorités. Cette vision a très certainement été alimentée par l’une des lettres que Ned Kelly a écrit et remis à l’un des banquiers dont il a pillé l’établissement, à Jerilderie. La lettre a d’abord été confiée à la police et n’a été rendue publique qu’en 1880 lors de son procès. Dans ce long texte de 8000 mots, le bushranger explique et justifie ses actes en dénonçant avec force le comportement abusif des autorités envers sa famille, et plus largement envers tous les colons irlandais.

Ned Kelly Olympic Games

Cérémonie d’ouverture, jeux olympiques de Sydney (2000)

Pour autant, son caractère héroïque ne faisait pas l’unanimité. Pendant les premières décennies du XXème siècle, le culte populaire voué à Ned Kelly était considéré comme subversif, à tel point que certains états ont interdit la diffusion des films qui lui étaient consacrés. Ce n’est qu’en 1980 qu’il a commencé à recevoir une reconnaissance officielle, lorsqu’un timbre à son effigie a été édité pour marquer le centenaire de sa mort. En 2000, la silhouette stylisée de Ned Kelly à la manière de Sidney Nolan a même été utilisée lors des cérémonies des Jeux Olympiques de Sydney en 2000, consacrant l’entrée officielle du bushranger dans le patrimoine culturel et historique du pays.

 

« Ned Kelly est le vilain garçon de l’histoire australienne, » explique Anne Gray, de la National Gallery of Australia. D’après Graham Seal, professeur d’histoire australienne à la Curtin University of Technology de Perth, « c’est un héros parce qu’il représente cette tendance à se rebeller contre l’autorité, que tout Australien possède en lui. Il est assez inhabituel pour un hors-la-loi d’acquérir une telle notoriété. Mais la plupart des Australiens voudraient que leur pays possède certaines qualités qu’avait Ned Kelly en termes d’indépendance, de loyauté et de justice. »

Preuve de son acceptation définitive dans le folklore australien : l’expression « as game as Ned Kelly », passée dans le langage courant… qui qualifie une personne dotée d’un courage extrême.

* le roman de Peter Carey est traduit en français sous le titre : Véritable histoire du gang Kelly.

Karine Arguillère

Sources : the guardian.com, anu.edu, slv.vic.gov.aubbc.com, nga.gov.au

 

Photo de couverture : Ned Kelly, Sidney Nolan, 1945


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