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NT : des rangers aborigènes pratiquent le brûlage traditionnel et gagnent des crédits carbone

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Un jeune homme marche d’un pas décidé à travers le bush, semant derrière lui une ligne de feu. L’herbe sèche crépite sous les flammes ; il hoche la tête, satisfait.

Dans cette partie reculée de la Terre d’Arnhem, les rangers de la société Warddeken pratiquent le brûlage écologique, une coutume aborigène vieille de milliers d’années pour protéger le paysage. Le projet West Arnhem Land Fire Abatement est né dans cette région très reculée des Territoires du Nord, à 9 heures de route de Darwin. Les anciens avaient remarqué une dégradation des paysages du fait de la diminution du brûlage écologique précoce, qui protège des incendies ravageurs de fin de saison. Le projet de la Terre d’Arnhem a permis de réinstaurer cette pratique ancestrale, avec l’appui supplémentaire des connaissances scientifiques actuelles.

Il existe à présent plus de 80 projets à travers les Territoires du Nord pour utiliser la technique particulière du brûlage écologique. Les communautés aborigènes, propriétaires des terres, sont consultées pour savoir quelles zones doivent être brûlées.

 

Crédits carbone

En Australie, les gros incendies contribuent aux émissions de gaz à effet de serre (méthane et protoxyde d’azote) à hauteur de 4%. En aidant à réduire ces feux de brousse, les Warddeken rangers gagnent des crédits carbone, qu’ils revendent aux industries minières et au gouvernement fédéral. Depuis 2006, la société Conoco Phillips a versé à Warddeken environ 1 million d’AU$ par an pour compenser les émissions de gaz à effet de serre de son usine LNG de Darwin.

Lorsque le programme a été lancé il y a 15 ans, beaucoup étaient sceptiques. « Imaginer qu’en allumant volontairement des feux on pourrait réduire les émissions de carbone dans l’atmosphère, ça paraissait complètement fou », se souvient Jake Weigel, directeur exécutif de Warddeken.

Le projet de la Terre d’Arnhem est en effet probablement la première initiative au monde à utiliser le feu pour créer des crédits carbone. Pour la seule année 2016, il a bel et bien permis de réduire les émissions de carbone de 800 000 tonnes en diminuant significativement les gros incendies.

D’après M.Ansell, directeur général de la société Warddiken, le gain en crédit carbone pourrait même aller plus loin : la diminution des gros feux de brousse permet en effet un piégeage du CO2, explique-t-il : « les grosses bûches et les troncs au sol qui, grâce au brûlage préventif, sont épargnées par les gros incendies de fin de saison, stockent du carbone. Le carbone est aussi piégé dans la biomasse, or lorsque vous réduisez les gros feux de brousse, les arbres ont l’opportunité de continuer à pousser et de nouveaux apparaissent. Vous avez ainsi plus d’arbres par hectare et donc plus de carbone stocké dans l’environnement. » Ces aspects sont actuellement étudiés par les scientifiques en collaboration avec les rangers sur le terrain.

 

Un impact social très positif

Les bénéfices du projet de la Terre d’Arnhem sont multiples. Outre la disparition des énormes incendies qui pouvaient éradiquer toute une végétation spécifique et durer des mois, l’impact est également très positif sur la communauté aborigène locale. 11 ans en arrière, celle-ci était réduite à quelques tentes. A présent, elle compte 50 résidents permanents et est florissante, grâce aux emplois créés qui génèrent non seulement des revenus mais beaucoup de satisfaction. « Lorsqu’on arrive à arrêter un gros incendie, je leur demande comment ils se sentent et ils me disent que c’est comme gagner la finale du footy », raconte M.Weigel.

Wardekken a employé 147 Aborigènes l‘année dernière. La société appelle le gouvernement fédéral à investir encore plus dans de tels projets, dont l’impact positif est avéré, tant sur le plan écologique que social.

Source : www.abc.net.au

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