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Présidentielle: Macron favori face à Le Pen pour le second tour

aircalin

Emmanuel Macron et Marine Le Pen s’affronteront au second tour de l’élection présidentielle, pour lequel le candidat d’En Marche! fait figure de favori, porté par une vague de soutiens, dont celui de François Fillon, à l’exception notable de Jean-Luc Mélenchon.

Arrivé en tête du premier tour, l’ancien ministre de l’Économie devance, avec près de 23,8% des voix, la candidate FN (21,7%), selon les résultats du ministère de l’Intérieur portant sur 96% des suffrages. « En une année, nous avons changé le visage de la vie politique française », a lancé M. Macron devant ses partisans réunis à Paris dimanche soir.

« Je me dois d’aller au-delà en rassemblant tous les Français » en vue du second tour le 7 mai, a-t-il lancé sous les vivats, jurant qu’il serait « le président des patriotes » face « à la menace des nationalistes ».

Devant ses soutiens, Mme Le Pen s’est réjouie d’un résultat « historique », avec à la clé un nouveau record absolu en nombre de voix pour le FN, au-delà des 7,5 millions de voix. « La première étape est franchie », a affirmé celle qui dès lundi battra la campagne, sans doute sur un marché en Picardie.

Selon les résultats quasi définitifs à minuit, le candidat des Républicains François Fillon (20,0%) termine troisième, juste devant le candidat de la France insoumise Jean-Luc Mélenchon (19,4%). Très loin derrière vient le candidat socialiste Benoît Hamon, à 6,3%.

À l’inverse de M. Fillon, M. Mélenchon a refusé de reconnaître sa défaite dans une première réaction, vers 22H00, en attendant que les résultats officiels soient connus. L’ancien sénateur socialiste n’a pas donné de consigne de vote et laissera décider les militants de son mouvement.

Ce scénario Macron-Le Pen rebat les cartes de la politique française: c’est la première fois sous la Ve République que la droite est absente du second tour, et la première fois qu’aucun des deux grands partis qui ont dominé la vie électorale depuis près d’un demi-siècle, Les Républicains (LR) et le Parti socialiste, n’y est présent.

Jamais élu, M. Macron, qui est en bonne position pour emporter le scrutin suprême le 7 mai et devenir, à 39 ans, le plus jeune président de la République de l’histoire, devant Louis-Napoléon Bonaparte.

Ce premier succès récompense le pari très audacieux du secrétaire général adjoint, puis ministre de François Hollande qui, prétendant transcender le clivage droite-gauche, a lancé son mouvement politique, En Marche!, en avril 2016.

Meilleur score présidentiel du FN

Selon deux sondages publiés dimanche soir, M. Macron, qui entame une campagne d’entre-deux-tours centrée sur le rassemblement, s’imposerait avec 62 ou 64% des voix le 7 mai.

Il n’a pas indiqué s’il souhaitait un débat télévisé face à Mme Le Pen, ce qu’avait refusé Jacques Chirac face à Jean-Marie Le Pen en 2002. Mais il devrait dire « oui, à 95% », selon un proche.

Contrairement à il y a 15 ans, la qualification de la candidate du Front national n’est pas une surprise: elle était prédite par tous les sondages depuis 2013. La fille de M. Le Pen réalise au passage le meilleur score de l’histoire du FN à la présidentielle, mais ne bascule pas en tête comme elle l’a longtemps espéré.

Après les résultats, plusieurs centaines de jeunes « antifascistes » se sont rassemblés dimanche sur la place de la Bastille à Paris, dans un face-à-face tendu avec la police, qui a fait deux blessés.

M. Macron a enregistré de nombreux ralliements, dont celui, immédiat, de M. Hamon pour « faire barrage à l’extrême droite » même si le candidat socialiste a estimé que son rival victorieux « n’appartient pas à la gauche ».

Le Premier ministre Bernard Cazeneuve, son prédécesseur à Matignon Manuel Valls – déjà rallié avant le scrutin – et le porte-parole du gouvernement Stéphane Le Foll ont appelé à voter en sa faveur. M. Hollande, qui a félicité son ancien ministre, exprimera « très clairement » et « rapidement » son choix, a annoncé l’Élysée.

À droite, M. Fillon a jugé n’avoir « pas d’autre choix que de voter contre l’extrême droite ». « Je voterai donc pour Emmanuel Macron », a-t-il lancé, déplorant des obstacles « trop nombreux, trop cruels » mis « sur (s)a route ».

Au sein du parti LR, le président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur Christian Estrosi, qui avait reçu M. Macron pendant la campagne, votera également pour lui, de même que François Baroin « à titre personnel » ou Alain Juppé.

Plus nuancé, le vice-président des Républicains Laurent Wauquiez, qui incarne l’aile droite du parti, s’est contenté d’appeler à « ne pas voter pour Marine Le Pen ».

Élection hors norme

À l’étranger, le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker et le porte-parole d’Angela Merkel ont tout deux souhaité « bonne chance » à M. Macron, dans un Vieux Continent qui s’inquiète du « risque Le Pen » après le Brexit. Signe de soulagement des marchés, l’euro évoluait en forte hausse dans les échanges internationaux.

Alors que les sondeurs anticipaient une abstention record, le scrutin a mobilisé les Français: le taux de participation devrait avoisiner 78,5%, selon les résultats quasi définitifs (79,5% en 2012).

Vainqueur triomphal de la primaire de droite, M. Fillon a été grandement fragilisé par les affaires judiciaires, après la révélation fin janvier par Le Canard enchaîné de l’emploi présumé fictif de son épouse comme collaboratrice parlementaire, pour lequel la justice l’a mis en examen.

Quatrième homme en 2012 (11,10%), M. Mélenchon pulvérise son score, mais échoue au seuil du second tour.

Quant à M. Hamon, ex-frondeur vainqueur de la primaire socialiste, il crève le plancher du score éliminatoire de Lionel Jospin en 2002 (16,18%), avec le pire score d’un candidat socialiste depuis Gaston Defferre en 1969 (5,01%). « Le PS va devoir se rassembler pour faire barrage au FN » car « le 2e tour n’est pas gagné », a jugé son premier secrétaire Jean-Christophe Cambadélis.

Parmi les « petits » candidats, Philippe Poutou (NPA, 1,1%) n’a pas appelé à voter pour M. Macron, « pas un rempart contre le FN ». Nathalie Arthaud (LO, 0,7%) appelle à « rejeter le vote » FN, mais votera blanc. Nicolas Dupont-Aignan (DLF, 4,8%) se prononcera « en début de semaine ».

Cette 10e élection présidentielle au suffrage universel de la Ve République est hors norme à plus d’un titre: un président sortant François Hollande pas en mesure de se représenter; l’élimination des favoris -Nicolas Sarkozy et MM. Juppé et Valls- lors des primaires; match serré dans la dernière ligne droite entre quatre candidats; contexte de menace terroriste, avec un scrutin sous état d’urgence.

 

AFP

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