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Quand l’Australie propulse la tapisserie dans le 21ème siècle

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Si la tapisserie vous évoque Pénélope attendant Ulysse, Guillaume le Conquérant ou la Dame à la licorne, vous aurez mille fois raison. Pour autant, cet art mérite aujourd’hui mieux que cette reconnaissance teintée de nostalgie. Grâce à des métiers modernisés, des coloristes ingénieux et des artisans passionnés : la tapisserie attire à elle de nouveaux adeptes venus de l’architecture mais aussi de la photographie, de la peinture ou de la mode.

A Melbourne, l’Australian Tapestry Workshop (ATW) concentre, depuis 1976, un savoir-faire exceptionnel qui prend ses racines dans les traditions françaises du 15ème siècle. A la fois manufacture, centre de formation et galerie d’art, l’établissement produit des pièces magistrales commandées par musées et ambassades. Le Courrier Australien a eu envie d’en savoir plus.

ATW_FacadeAntonia Syme est directrice de l’ATW depuis 9 ans, et elle ne s’en lasse pas. Le bâtiment, monument protégé du patrimoine australien, a été construit en 1888 à South Melbourne par les drapiers de Harcourt and Parry Emporium. Il a ensuite abrité les tisseurs de Patross Knitting Mill… « C’est ce que nous aimons, reconnaît la directrice, cette histoire attachée à des métiers du textile ». L’atelier se présente désormais comme un grand loft blanc qui profite de nombreuses ouvertures sur le ciel. Il baigne dans une belle lumière naturelle et les espaces sont complètement modulables car les grands métiers à tapisserie de haute lisse* sont mobiles. « Nous pouvons les pousser de façon à pouvoir installer des tables pour un dîner de gala ou créer un espace de conférence par exemple. »

Des laines superbes

A l’origine de l’ATW : une envie portée par un petit groupe de passionnés dont la philanthrope Elisabeth Murdoch et une exposition à la NGV qui donne, dans les années 70, toute sa mesure à cet art trop souvent associé à l’époque médiévale. L’état des lieux est vite fait. L’Australie possède des laines superbes, des artistes talentueux et le Victoria est un mécène actif et généreux. « Des individuels lissaient chez eux sur de petits métiers, mais nous n’avions pas de structure institutionnelle. » Des émissaires sont envoyés en France pour observer le travail des Gobelins ou Aubusson. Archie Brennan ancien directeur de Davecot Studios, une manufacture toujours active basée à Edimbourg, est finalement missionné pour aider à monter l’atelier.

Arthur Boyd, John Olsen ou Gareth Sansom

atw_vue_densemblePlus de quarante ans plus tard, l’ATW fait figure de centre d’excellence au rayonnement international. Il a travaillé avec les peintres australiens les plus renommés comme Arthur Boyd, John Olsen ou Gareth Sansom, ouvrant peu à peu ses portes à de grands noms étrangers issus de différents secteurs artistiques. En ce moment, l’équipe de sept personnes (dont trois apprenties) travaille en direct par Skype avec l’architecte de Singapour Justin Hill, dont elle réalise la tapisserie 22 Temengoong Road, Twilight. « Les nouvelles technologies nous aident lorsque les artistes qui ont dessiné les tapisseries sont loin », explique Antonia Syme. Même si les gestes techniques semblent les mêmes depuis des siècles, Internet a malgré tout fait évoluer le travail, abolissant les distances entre créateur et lisseurs.

Incroyablement photo-réaliste

Avant de commencer l’ouvrage, de nombreux échantillons sont réalisés afin de montrer à l’artiste les différentes interprétations possibles de son oeuvre en tapisserie. Sachant que l’atelier produit 370 teintes et qu’une bobine peut associer jusqu’à douze fils différents… on imagine l’immense nuancier à partir duquel travailler. Cependant, d’autres paramètres entrent en jeu : la finesse du tissage ou l’épaisseur du fil, les broderies supplémentaires… Les lisseurs discutent beaucoup entre eux et l’artiste fait son choix. « C’est un travail collaboratif » explique Chris Cochius, l’une des plus anciennes et talentueuses employées de l’ATW. Et il faut être capable de « trouver des solutions ». Au final, le rendu surprend souvent par son intensité. Il peut aussi être incroyablement photo-réaliste. Exposée à la NGV, la tapisserie « Spearmint to Peppermint » de Pae White est, à ce titre, un modèle du genre. N’y voit-on pas la brillance d’un papier d’emballage froissé ?

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4 000 heures de travail

Aujourd’hui, l’ATW est soutenu par des mécènes, des « amis » et l’état du Victoria à hauteur de 15% de son budget. Il vend ses tapisseries (à des prix inavouables) dans le monde entier à des institutions ou à des collectionneurs fortunés… mais pas assez pour être auto-suffisant. Cela n’inquiète pas Antonia Syme qui indique que c’est là « le lot de toutes les manufactures d’art » et qui multiplie les projets. Résidences d’artistes (douze par an), workshops, expositions… il se passe beaucoup de choses à South Melbourne. « Des Français viennent même en stage chez nous » sourit la directrice.

Récemment, Pierre Bureau (de la Manufacture de Beauvais) a passé deux semaines dans l’atelier. Il a participé à la réalisation de « Morning Star » une œuvre de Lyndell Brown et Charles Green qui rend hommage aux combattants australiens morts en France pendant la Grande Guerre. Fruit de 4000 heures de travail, elle sera livrée au Centre Sir Monash qui doit être inauguré en avril dans la Somme.

Que l’Australie envoie dans l’hexagone une tapisserie dont elle est l’auteure… un beau symbole de reconnaissance, surtout au moment où la Dame à la Licorne est exposée à Sydney.

Valentine Sabouraud

Australian Tapestry Workshop 262-266 Park Street, South Melbourne Victoria 3205

Ouvert du mardi au vendredi de 10 am à 5 pm.

* Les métiers « de haute lisse » sont verticaux, alors que les métiers de « basse lisse » sont horizontaux.

Légendes photo : 1/ tapisserie en cours de Guan Wei (Treasure Hunt) 2/ ATW façade 3/ ATW intérieur 4/ Spearmint to Peppermint de Pae White exposée à la NGC.

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franckprovost
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