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Rencontre avec John MacColl, porteur du projet de l’école franco-australienne de Pozières

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Même après une vie entière en Australie, il garde la France dans son cœur et son accent. Né à Boulogne-sur-Mer, John MacColl a fait ses études à Lille, mais a dû suivre sa famille quand celle-ci s’est expatriée en Australie. L’homme n’a toutefois jamais rompu avec son pays d’origine, et n’a cessé d’œuvrer pour renforcer les liens existants entre la France et l’Australie, lui valant au passage une Légion d’honneur. C’est aujourd’hui l’heure du retour au pays, avec en tête un projet un peu fou d’école franco-australienne dans le minuscule village de Pozières, dans la Somme. Le Courrier Australien l’a rencontré quelques jours avant son départ.

Après quarante ans de vie en Australie, vous revenez vous installer en France pour superviser la création d’une école franco-australienne à Pozières. Qu’est-ce qui a pu motiver une telle décision ?

C’est un peu une nouvelle page qui se tourne pour moi, mais après tant de temps passé en Australie, je ressentais le besoin de redonner à la France ce qu’elle m’avait donné. Lorsqu’on vit loin de son pays d’origine, c’est facile d’oublier d’où l’on vient. Ici, en Australie, j’ai eu heureusement la chance de pouvoir défendre les intérêts de la France, en œuvrant notamment à la création du lycée français de Sydney, ou en représentant depuis plus de vingt ans les communautés françaises d’Océanie au Conseil Supérieur des Français de l’étranger. Mais ce projet d’école bilingue à Pozières me semble être une formidable opportunité d’en faire encore plus. On le sait peu, mais la France possède déjà un très bon réseau d’enseignement à l’étranger, qui ne demande qu’à être amélioré avec des projets comme celui-ci. Et puis, de manière plus privée, mon installation en France va aussi être l’occasion pour mon épouse et moi de réaliser un projet qui nous tient depuis longtemps à cœur, celui de gérer par nous-mêmes un véritable gîte. En mars prochain, nous allons en effet poser nos valises au gîte Butterworth Farm, à Pozières, pour reprendre la gestion de ce bel établissement situé en beau milieu des champs de coquelicots.

Pourquoi avoir choisi en particulier Pozières plutôt qu’un autre village de la Somme pour fonder cette école franco-australienne, et donc, aussi, pour vous installer ?

Pozières est un lieu particulièrement chargé d’histoire pour l’Australie. En 1916, en pleine Première Guerre mondiale, plusieurs divisions de l’ANZAC [Corps d’armée australien et néo-zélandais, NDLR] y ont livré des combats terribles contre les Allemands pendant plusieurs semaines, pour finalement réussir à reprendre et conserver le village. Ce fut une victoire primordiale pour l’Australie après la défaite de Gallipoli, mais aussi la bataille la plus meurtrière qu’aient jamais mené les ANZAC durant la guerre : 7 000 soldats de l’ANZAC sont morts à Pozières, et 23 000 y furent blessés, ce qui est énorme pour un pays comme l’Australie qui ne comptait que 4,5 millions d’habitants en 1916. Il y a cinq ans, plusieurs historiens australiens m’ont ainsi contacté pour me présenter un projet de création d’une école à Pozières sur le modèle de l’école de Villers-Bretonneux, qui avait été reconstruite après la guerre grâce aux dons des Australiens. L’idée était avant tout de faire de cette nouvelle école à Pozières un lieu de symbole. J’ai été tout de suite séduit par le projet ; mais en fervent défenseur de l’enseignement français à l’étranger, l’idée m’est très vite venue d’ajouter une dimension supplémentaire à cette future école. Pour moi, cette école devait être tout à la fois un lieu de souvenir et un vrai établissement scolaire franco-australien, prodiguant un enseignement bilingue, et qui pourrait même servir de modèle pour des projets futurs du même type en France et en Australie.

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Les premiers visuels de l'école franco-australienne de Pozières./ Mayoh Architects

Les premiers visuels de l’école franco-australienne de Pozières./ Mayoh Architects

Comment s’y prend-t-on pour mener à bien un tel projet ?

Ça n’a pas été nécessairement facile, mais tout s’est finalement enchaîné rapidement jusqu’ici. Le plus dur a sans doute été de convaincre les maires des villages voisins de Pozières que la fermeture de leur école municipale était nécessaire pour que le projet puisse voir le jour. Pozières compte en effet moins de 300 habitants : impossible de créer une école bilingue franco-australienne pour la seule poignée d’élèves de la commune, cela n’aurait pas eu de sens. La solution était donc de regrouper dans la nouvelle école tous les élèves des communes voisines. Au final, même si certains maires sont encore récalcitrants, on table déjà sur plus d’une centaine d’élèves pour l’année d’ouverture de l’école.  Il a par ailleurs fallu convaincre le rectorat, et évidemment trouver des financements, pris en charge en grande partie par l’Australie. Enfin, un grand pas a été franchi avec la signature d’un accord entre la France et l’Australie visant précisément à développer la coopération en matière d’enseignement à travers la création d’écoles bilingues. L’école de Pozières commence d’ailleurs déjà à faire des petits, puisqu’un projet d’école franco-australienne est en préparation à Cherbourg. Par ailleurs, à Pozières, on va avoir la grande chance de pouvoir développer un cursus bilingue non seulement en maternelle et élémentaire, mais aussi en collège et lycée, puisque les établissements de la ville voisine d’Albert vont faire partie intégrante du projet.

Savez-vous d’ores et déjà quand l’école de Pozières sortira finalement de terre ?

Rien n’est encore définitif, même si je ne vous cache pas que depuis que l’on a reçu les plans et premiers visuels de l’école, réalisés par un architecte australien, mon impatience est grandissante. Idéalement, on espère pouvoir poser la première pierre le 11 novembre 2018, ce qui en ferait un symbole fort à l’occasion des commémorations du centenaire de la signature de l’Armistice.

Propos recueillis par Tom Val


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