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Robert Young, street artiste aux racines aborigènes

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Au cœur de Fitzroy, les murs ont la paroles. Ils murmurent l’histoire de Robert Young, de ses parents, grands-parents et arrières-grands-parents. Tous aborigènes, tous attachés à cette terre particulière du Victoria. En juillet dernier, le jeune homme de 29 ans leur rendait un hommage intime et universel dans une grande fresque, peinte le long du restaurant Charcoal Lane. Une rencontre s’imposait.

« Je suis né à Melbourne, mais j’ai longtemps vécu à Adélaïde. Je suis revenu à 17 ans avec ma famille. » Le jeune homme de l’époque ne se destine pas à l’art. Il veut être footballeur. Il a d’ailleurs trainé son maillot sur les terrains de footy les plus populaires à un niveau national. Finalement, il entame des études de théâtre au Victorian College of the Arts (VCA) et se lance en tant que « Indigenous mentor » travaillant dans les écoles pour aider les enfants de sa communauté. C’est là qu’il commence à explorer sa créativité « picturale ». C’était il y a deux ans et demi, le début de sa nouvelle vie.

« Dans ma famille, tout le monde est artiste » sourit-il. Comme un talent qui se transmettrait de génération en génération. Le restaurant Charcoal Lane, qui fait aussi office de galerie d’art, expose d’ailleurs des œuvres de sa mère. « Nous exprimons notre histoire et notre culture de façon très contemporaine, explique-t-il, mais dans le respect de nos traditions. » Par exemple, il n’est pas question pour lui d’utiliser des techniques qui seraient issues de communautés des territoires du nord ou du centre de l’Australie. Le travail pointilliste des uns ou les fines lignes graphiques des autres : il ne les reproduira pas. « A l’est du pays, les réalisations sont très colorées et nous faisons souvent référence aux animaux totems. » Robert s’inscrit dans ce cadre-là et il n’en dérogera pas. C’est son histoire.

cascade_r_youngSur la grande fresque de Little Napier Street qu’il a réalisée, Robert a choisi de représenter la génération de ses grands-parents par des silhouettes à peine esquissées, celle de ses parents avec le bus médicalisé (ses parents, oncles et tantes ont presque tous travaillé dans le bâtiment qui abritait alors le Victorian Aboriginal Health Service) et la sienne avec des traces de mains appliquées près d’un grand arbre. Dans cette œuvre, les symboles aussi sont très présents. On retrouve la cascade qui évoque le puits de la sagesse, l’aigle protecteur, le kookaburra chantant ou la chouette gardienne du savoir. L’arbre, avec ses racines solidement ancrées dans le sol et son élancement vers le ciel, parle des jeunes générations. « Cette peinture m’a demandé trois jours et demi de travail avec deux assistants » explique Robert. Malgré les intempéries et aussi les graffitis, elle est appelée à durer plusieurs années.

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Robert Young a réalisé plusieurs œuvres murales : notamment dans les Territoires du Nord, à Smith St ou même dans une église. Sa famille est en effet très chrétienne et Robert Young étudie la théologie à l’université. « Je fais beaucoup de choses » reconnait-il. Et si on lui demande quelles sont ses autres occupations, la liste est longue. Il enseigne, il peint des boomerangs, il a imaginé un t-shirt pour le club de Richmond (lauréat du championnat de l’Australian Football League qui vient d’avoir lieu Ndlr) il travaille sur des chaussures pour la marque Puma, il va peut-être ouvrir son propre studio à Fitzroy… On a déjà le tournis quand il ajoute : « J’essaie aussi d’être une voix pour ma communauté. » La politique pourrait donc le tenter ? « Je crois que la politique australienne doit être plus inclusive. Elle aurait intérêt à intégrer davantage l’avis des Aborigènes. Ce n’est pas assez souvent le cas. »

La ville de Yarra, à laquelle est rattachée Fitzroy, a voté l’arrêt des célébrations d’Australia Day (26 janvier, date controversée qui fait référence à l’arrivée de la flotte du capitaine Arthur Phillip à Sydney Cove en 1788 Ndlr)  : qu’en pense-t-il ? « Je pense que ce jour représente une partie seulement des Australiens. Or, nous sommes une nation multiculturelle, polyglotte et issue de communautés variées… tout cela nous identifie et nous avons envie d’une journée qui nous ressemble et nous rassemble tous. » En attendant qu’elle arrive, il continue son chemin. Il sait d’où il vient, reste à savoir où il ira.

Valentine Sabouraud

Légendes photo (C) V. Sabouraud: en haut portrait de Robert Young, ensuite détails fresque.

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