fbpx
Copyright LE COURRIER AUSTRALIEN 2016
HomeActuSydney : projet de loi polémique pour une signalétique qui favoriserait l’anglais « en premier »
b57c8217a955c1a69d0978028f615202

Sydney : projet de loi polémique pour une signalétique qui favoriserait l’anglais « en premier »

NCT

Le conseil municipal d’une ville de la banlieue ouest de Sydney envisage d’instaurer une nouvelle loi réduisant la place des langues, autres que l’anglais, sur les enseignes des commerces. Une décision qui porterait atteinte au multiculturalisme.  

Le conseil municipal de Strathfield a élaboré un projet qui obligerait les propriétaires de commerces à ajouter de l’anglais sur leur enseignes et, surtout, réduirait la visibilité des autres langues. Le conseil a récemment voté une motion déclarant que « toute signalétique doit être affichée en langue anglaise, avec une traduction directe ou quasi directe dans une autre langue utilisant des lettres plus petites, ou un caractère ne devant pas dépasser plus de 30% de la taille totale du texte en anglais ».

file-20180511-34027-5v71lf

crédit photo : Alice Chik.

Selon Matthew Blackmore, le conseiller municipal qui a porté cette proposition de loi, ce changement de politique est motivé par « la volonté de standardiser la présentation des enseignes des commerces ». 

Cette initiative est soutenue par la chambre de commerce du New South Wales (Nouvelles-Galles du Sud). « Les clients peuvent se sentir rejetés dans certains magasins, restaurants ou cafés », a expliqué son porte-parole, Damian Kelly, à SBS News. 

Une commerçante, interviewée par SBS News, a cependant raconté au média australien qu’elle n’a jamais reçu de plainte sur l’enseigne de son magasin. « Dessus, c’est écrit à la fois en mandarin et en anglais. Donc je ne comprends pas pourquoi on devrait la modifier », a expliqué Nikki Chen. 

« L’Australie n’a aucune langue officielle »

Selon le recensement de la population en 2016 de l’Australien Bureau of Statistics (ABS), plus de 300 langues, 100 religions et plus de 300 différentes ascendances cohabitent dans le pays. Un Australien sur cinq parle une langue différente de l’anglais dans le cadre privé de la maison. Ces chiffres sont encore plus impressionnants à Strathfield où, selon l’ABS, une autre langue est parlée au sein de 68,5 % des foyers. Alors que l’anglais est généralement décrit comme la langue « nationale » et comme un « outil d’intégration », l’Australie n’a aucune langue officielle.

Pour Alice Chik et Philip Benson, deux auteurs d’un article paru sur The Conversation, ce projet de loi est une atteinte au multiculturalisme en Australie. Selon eux, il n’y a pas de langues « étrangères » à Strathfield ; ces langues font partie du quotidien d’une communauté multiculturelle. 

« Une signalétique multilingue est essentielle pour la survie d’une communauté multiculturelle »

D’après leurs recherches, cette proposition de loi affecterait surtout les activités des commerçants utilisant des caractères coréens ou chinois ; or, la plupart d’entre eux ont déjà des enseignes en deux voire en trois langues, incluant l’anglais. Mais pour les deux auteurs, ce changement de politique a des conséquences plus graves que simplement d’ordre économique : la disparition d’une signalétique multilingue entraînerait l’extinction d’une communauté multiculturelle. En effet, l’identité culturelle des commerçants et l’authenticité des produits sont véhiculées à travers les langues utilisées pour décrire le commerce. Mais surtout, la visibilité dans l’espace public des divers groupes qui composent une communauté multiculturelle est vitale pour leur survie. Cette proposition de loi rognerait donc sur le droit d’utiliser une langue différente de l’anglais.

« Une volonté d’être multiculturelle et monolingue à la fois »

La constitution du New South Wales affirme en effet que « tous les individus et toutes les communautés sont libres de proclamer, pratiquer et conserver leur héritage linguistique, religieux et ancestral. » De plus, elle ajoute que « toutes les institutions doivent reconnaître chaque atout linguistique et culturel de la population du NSW comme une ressource précieuse, et doivent encourager leur visibilité pour maximiser le développement de l’état. »

Pour Misty Adoniou, maître de conférences à l’Université de Canberra, ce décalage entre principes et réalité s’explique par la volonté de l’Australie d’être multiculturelle et monolingue à la fois. Dans la culture australienne, il y aurait une envie de découvrir de nouveaux modes de vie à travers par exemple, la nourriture, la musique, les fêtes traditionnelles, et en même temps un rejet des autres langues.

«Il semble que nous aimons que nos langues étrangères restent telles quelles – étrangères»

En Australie les langues seraient hiérarchisées, d’après l’universitaire. Tout en haut l’anglais, suivi des langues romaines comme le français ou l’allemand, respectées et apprises à l’école. Se placeraient ensuite les langues jugées « utiles » pour l’économie australienne : le chinois, l’indonésien, ou le japonais – mais seulement si elles sont considérées comme une langue « étrangère ». En effet, tout en bas de ce classement, on retrouverait leur opposé : les langues utilisées quotidiennement dans le cadre privé de la maison. La raison ? « Un pays dans lequel sont parlées différentes langues est plus compliqué à maîtriser, car vous ne savez jamais ce que les personnes se disent. Alors que des individus parlant des langues  » étrangères « , à des étrangers, sur d’autres territoires, est une réalité beaucoup plus sûre pour garder le contrôle. Il semble que nous aimons que nos langues étrangères restent telles quelles – étrangères. »

L’Australie, un pays donc dans lequel chaque individu est libre de parler une langue différente de l’anglais, mais de préférence de manière discrète ou alors en étant en vacances.


N’oubliez pas de nous suivre sur Facebook et Instagram, et de vous abonner gratuitement à notre newsletter.

Des idées, des commentaires ? Une coquille ou une inexactitude dans l’article ? Contactez-nous à l’adresse redaction@lecourrieraustralien.com

Comments
franckprovost
Share With: