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Turquie: remise en liberté de la romancière Asli Erdogan

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Istanbul (AFP) – La célèbre romancière turque Asli Erdogan a quitté jeudi soir la prison où elle a passé 132 jours en détention provisoire dans le cadre d’un procès pour appartenance à une « organisation terroriste » qui a suscité l’inquiétude de l’Europe.

« Je ne réalise pas encore, je suis sous le choc », a déclaré l’auteure devant la prison pour femmes de Bakirköy, à Istanbul. »Je ne m’attendais pas du tout à être libérée », a-t-elle ajouté, les traits tirés et la mine épuisée.

La linguiste Necmiye Alpay, 70 ans, a également quitté la même prison jeudi soir, quelques heures après qu’un tribunal d’Istanbul eut ordonné leur remise en liberté sous contrôle judiciaire avec interdiction de quitter le territoire. 

Les deux intellectuelles n’ont toutefois pas été acquittées et risquent toujours, avec sept autres personnes, la prison à vie pour avoir collaboré au journal prokurde Ozgür Gündem, fermé par décret-loi en octobre car accusé de « propagande terroriste ».

Les neufs accusés risquent la prison à vie dans ce procès qui doit reprendre le 2 janvier et est décrit par des opposants au président Recep Tayyip Erdogan comme un symbole de la dérive autoritaire du pouvoir turc.

« Ils te prennent et te jettent dans un trou.C’est très dur, c’est comme si j’étais encore à l’intérieur », a déclaré Asli Erdogan à sa sortie de la prison, avant d’éclater en sanglots.

– ‘Je suis un écrivain’ –

Depuis la tentative de coup d’Etat en juillet, les autorités turques ont lancé de vastes purges qui, au-delà des putschistes présumés, ont frappé de plein fouet les milieux prokurdes et les médias critiques du pouvoir.

Les autorités turques ont ainsi annoncé jeudi l’arrestation d’Ahmet Sik, l’un des journalistes turcs les plus réputés, connu pour sa plume irrévérencieuse et ses enquêtes corrosives, notamment pour le quotidien Cumhuriyet.

Ce dernier, farouchement critique du président Erdogan, a été décapité le mois dernier avec l’arrestation de son patron, de son rédacteur en chef et d’une douzaine de ses journalistes.

Après le putsch manqué, les autorités ont déclaré l’état d’urgence et c’est dans ce cadre que Özgür Gündem, auquel collaborait Asli Erdogan, a été fermé en octobre, pour ses liens présumés avec le PKK, une organisation kurde classée « terroriste » par Ankara.

« On m’accuse d’être membre d’une organisation terroriste sur la seule base qu’il y a mon nom dans l’ours du journal », a dénoncé Asli Erdogan lors de l’audience jeudi. »Je suis un écrivain, ma raison d’être est de raconter », a-t-elle dit.

Physicienne de formation et lauréate de nombreux prix, Asli Erdogan, qui n’a aucun lien de parenté avec le président turc, a vu ses romans traduits dans plusieurs langues.Le dernier, traduit en français, Le Bâtiment de pierre (Actes Sud, 2013), dénonce la torture et les conditions de détention en Turquie.

– Série de tweets critiques –

Ahmet Sik, lauréat du Prix mondial de la Presse UNESCO/Guillermo Cano en 2014, est lui aussi accusé d’avoir fait de la « propagande terroriste » et d’avoir dénigré la République turque, selon l’agence de presse progouvernementale Anadolu.

En cause, une série de tweets sur le PKK et des articles écrits pour Cumhuriyet, un quotidien farouchement critique du président Recep Tayyip Erdogan et décimé par une vague d’arrestations le mois dernier.

L’arrestation d’Asli Erdogan a provoqué une vague d’indignation en Turquie et dans le monde, relayée par de nombreux artistes, intellectuels et écrivains. Ses soutiens affirment que la romancière souffre d’asthme et de diabète et se sont inquiétés pour son état de santé.

« Je ne pensais pas tenir quatre mois et demi, mais j’ai tenu », a déclaré la romancière en sortant de prison. »Vraiment, c’est une force étrange qui m’est venue ».

Des observateurs envoyés par les consulats français, allemand, britannique et italien, notamment, ont assisté à l’audience du procès jeudi.

La Turquie est 151e au classement mondial de la liberté de la presse dressé par RSF en 2016, derrière le Tadjikistan et juste devant la République démocratique du Congo.


Source: AFP
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