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Publication empêchée d’un auteur australien : la « soft power » chinoise serait à l’oeuvre

aircalin

Un éditeur australien a renoncé à publier un livre détaillant une supposée ingérence chinoise dans le pays, de peur que Pékin engage des poursuites légales : c’est ce qu’a déclaré l’auteur.

Le professeur Clive Hamilton a affirmé que son livre Silent Invasion (invasion silencieuse) avait été retiré par l’éditeur Allen & Unwin la semaine dernière alors qu’il allait être imprimé.

L’auteur a affirmé que son éditeur avait mentionné « des menaces sérieuses » d’un recours légal de Pékin si le livre était publié.

Dans son ouvrage, qui aurait dû être le neuvième publié chez cet éditeur, on trouve les noms d’individus et d’organisations qui cherchent à influencer la société et la politique australiennes dans le sens des intérêts chinois, a déclaré M.Hamilton. C’est un livre « très factuel, très documenté », a-t-il expliqué. Dans un mail de son éditeur, et que l’auteur a rendu public, celui-ci qualifiait de « très probable » le fait que la maison d’édition puisse être poursuivie pour diffamation si le livre venait à paraître. « Cela pourrait conduire au retrait du livre de la vente et des poursuites pourraient être engagées à la fois contre la maison d’édition et contre vous ».

M.Hamilton est un auteur reconnu et un éminent professeur d’éthique à Charles Sturt University ; il qualifie ce moment de « tournant dans l’histoire de l’Australie, celui où Pékin a pu supprimer la libre expression ». Un porte-parole du ministère des Affaires étrangères chinois a nié être au courant de la situation : M.Geng Shuang a rappelé en conférence de presse que la Chine avait développé des échanges et une coopération avec l’Australie dans des domaines variés, toujours basés sur le respect mutuel, l’égalité et le respect des intérêts de chacun, ajoutant qu’il espérait que cette histoire ne nuirait pas au développement continu des échanges entre les deux pays.

L’incident intervient dans un climat d’inquiétude croissante au sujet du « soft power » de la Chine (son « pouvoir de convaincre »). En juin, Canberra avait ordonné une enquête pour espionnage après que des médias avaient révélé d’importantes dons à des partis politiques de deux milliardaires chinois potentiellement liés au Parti Communiste de leur pays. L’étude d’ABC et Fairfax Media avait révélé que les agences d’espionnage s’inquiétaient de l’ingérence du pouvoir chinois dans les institutions australiennes via des dons aux partis politiques.

Le mois dernier, Julie Bishop, ministre des Affaires Etrangères, avait averti les étudiants chinois en Australie qu’ils devaient respecter les valeurs de leur pays d’accueil «d’ouverture et de liberté d’expression».

La maison d’édition Allen & Unwin a proposé à M.Hamilton de différer la parution de son livre en attendant que certains recours du pouvoir chinois à l’encontre des médias australiens soient réglés, ce que l’auteur a refusé, disant qu’il chercherait un autre éditeur. D’autres maisons d’éditions d’Australie Occidentale ont confirmé avoir subi des pressions de la part des autorités chinoises sur certains de leurs ouvrages. En août, un éditeur étranger, la maison d’édition britannique Cambridge University Press, avait retiré du site d’une revue 300 articles relatifs à des aspects sensibles de la politique chinoise, ce à la demande d’une grosse société d’importation — puis les avait remis en ligne lorsque le public s’en était ému.

A peu près au même moment, l’Association for Asian Studies, basée aux Etats-Unis, avait déclaré avoir reçu le même type de requête de l’administration chinoise, mais n’y avoir pas souscrit.

Plus récemment, l’éditeur Springer Nature avait reconnu avoir bloqué l’accès depuis la Chine à « une petite partie de nos ressources (moins d’1%) pour être en accord avec la législation locale ».

Les articles censurés couvraient des sujets tels que le Tibet et les manifestations de la place Tian’anmen ; ils restent accessibles depuis le reste du monde.

 

Source : AFP

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