Enfin, devant le monde entier, nous avons l’occasion de donner une (gentille) leçon à la France, ce grand frère un peu trop fier et bien trop arrogant. Enfin, nous avons la possibilité de rabattre le caquet de ces voisins qui, trop sûrs d’eux, ont détruit la Grand-Place de Bruxelles au XVIIe siècle, et englouti nos GB dans leurs Carrefour au XXe. Et cela, sans toujours connaître et reconnaître nos spécificités.

En substance, voici comment Vincent Yzerbyt éclaire le match si particulier de ce mardi entre la Belgique et la France. Psychologue, spécialiste des relations intergroupes et des émotions sociales, il voit l’impatience qui précède la rencontre comme révélatrice de « besoins identitaires fondamentaux ». Car pourquoi donc, tant de Belges, si souvent, rêvent de voir les Bleus être au plus vite éliminés d’un grand tournoi ? Pourquoi vibrent-ils si spécialement au moment de pouvoir, eux-mêmes, écarter l’équipe de France d’une compétition planétaire ?

Une petite revanche sur l’histoire

« Nous ne vivons pas que par nous-mêmes, nous avons tous besoins d’appartenir à des groupes, de nous définir comme membres de collectivités qui nous dépassent », explique le spécialiste. « Or, les relations entre groupes s’inscrivent toujours dans des aspects de compétition et de comparaison. Nous cherchons quelles sont les caractéristiques de notre groupe qui seraient meilleures que celles du groupe voisin. Et quand notre groupe réussit un exploit, se montre performant voire excellent dans un domaine particulier – le foot par exemple –, nous avons l’impression que nous-mêmes sommes capables de réussir, d’être performants et excellents. »

« Il se fait qu’un groupe se compare souvent à un autre groupe qu’il connaît bien, qui n’est pas trop éloigné, pas trop différent, avec lequel on pourrait même le confondre », continue Vincent Yzerbyt. « C’est bien le cas de la France avec laquelle on partage une même langue, un héritage historique et des proximités culturelles. Les Belges se sentent proches des Français, mais ils n’entendent pas être tout à fait les mêmes. Ils souhaitent rappeler leurs spécificités et par là leur identité, le fait qu’ils existent en tant que tels. Ce match relance donc de sympathiques tensions et animosités. Il ravive une compétition. D’autant plus que les Belges sont souvent tentés de se comparer aux Français, ce peuple qu’ils trouvent parfois arrogants et face auxquels ils se sentent les petits frères, certes sympathiques et chaleureux mais moins brillants dans les domaines de la culture, de l’histoire, de l’économie ou de la politique. La demi-finale de ce mardi nous donne donc la possibilité d’enfin venir titiller ce meilleur ennemi qu’est le Français. Elle nous permet d’exister en tant que groupe en prenant en quelque sorte une revanche sur l’histoire. »

L’ambiance qui précède cette demi-finale, teintée d’un peu d’animosité dans le chef du « petit », relève donc aussi de la psychologie sociale et des phénomènes de groupes qui se comparent et se différencient entre semblables. « Si c’était contre les Pays Bas, on assisterait d’ailleurs au même phénomène », conclut Vincent Yzerbyt. Que nos voisins du nord se tiennent donc coi, dans quelques années, cela pourrait être leur tour.