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170 Australiens avec Alistair Capp pour célébrer Anzac Day en France

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Chaque année, les Australiens se rassemblent en nombre pour commémorer deux batailles sanglantes de la Grande Guerre : celle de Gallipoli (Turquie) en 1915 et celle de Villers-Bretonneux (France) en 1918. A cette occasion, certains d’entre eux font même le voyage jusque dans la Somme. Depuis quelques années, le lieutenant-colonel Alistair Capp est guide occasionnel pour ces voyageurs un peu particuliers, il nous raconte le déroulement de ces tours historiques.

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A. Capp en uniforme

Dans un grand rire, Alistair annonce que c’est « la perspective d’un voyage gratuit en France » qui l’a amené à se lancer dans ce petit boulot qui s’ajoute à un emploi du temps professionnel complètement différent et bien chargé dans la gestion de centres commerciaux. « J’adore ce pays » ajoute-t-il enthousiaste. Il explique cependant qu’outre son penchant pour le pays des escargots à l’ail (qu’il adore) et du bon vin, il est militaire de réserve depuis 22 ans et qu’il a eu l’occasion d’étudier en détail les batailles depuis Napoléon. Gallipoli attire beaucoup de voyageurs australiens et néo-zélandais, mais la bataille de la Somme a fait le double de victimes en quelques semaines. « La France est le pays où il y a le plus de tombes australiennes en dehors de notre territoire » précise Alistair. Ce qui explique, en partie, l’intérêt marqué pour les voyages touristiques et commémoratifs dans l’hexagone.

Cette année, Military History Tours — l’organisme pour lequel il travaille — attend 170 personnes. « Nous les accueillons à l’aéroport de Roissy, avec quatre bus pour sept guides. Nous partons ensuite vers la Somme, Ieper (en Belgique), puis Londres. » Il aura la responsabilité de 35 Australiens – ce qui ne l’inquiète guère, ayant été guide en Tasmanie dans sa jeunesse, notamment sur la célèbre Overland Track.

Des larmes finissent immanquablement par être versées

En France, il égrène les villes de Bullecourt, Beaumont Hamel, Pozières, Thiepval, Dernancourt, Mont Saint-Quentin, Montbrehain… Les voyageurs qu’il emmène ont de 20 à 75 ans, beaucoup sont partis en couple ou en famille. Un certain nombre vient se recueillir pour la première fois sur la tombe d’un aïeul mort au combat. Alistair se fait un devoir de revenir sur les événements historiques, mais aussi sur les petites histoires de chacun. Inutile de préciser que des larmes finissent immanquablement par être versées.

Il y a quelques semaines justement, il a fait de longues recherches pour retrouver l’endroit (à 50 mètres près) où le grand-oncle d’une de ses passagères a été enterré. Le prêtre qui a officié a été identifié et le fil de l’histoire a pu être déroulé, presque miraculeusement. La voyageuse ne sait encore rien de cette découverte et de l’enquête qui a été effectuée. Elle sera informée de tout cela sur place car « je ne veux pas lui laisser trop de temps pour réfléchir. Elle aura tout le loisir d’être bouleversée après. » Alistair ne peut éclaircir tous les mystères, mais il se félicite que les archives françaises soient si bien conservées et même numérisées pour certaines. « A Singapour, il n’y a presque plus rien sur la seconde guerre mondiale » explique-t-il. Les Japonais ont tout détruit.

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Eglise de Villers-Bretonneux en 1918 après la guerre

Le Dawn Service de Anzac* Day, le 25 avril prochain, sera naturellement célébré au Mémorial situé dans la commune de Villers-Bretonneux. Le lieutenant-colonel avoue être très attaché à cette petite ville. « Les drapeaux australien et français flottent côte à côte et on y trouve une rue de Melbourne ainsi qu’une rue Victoria. » L’école primaire qui s’appelle aussi « Victoria » a d’ailleurs été financée en 1919 grâce à des dons australiens et les petits élèves connaissent bien cette histoire-là. Alistair a-t-il lui-même de la famille enterrée en France ? « Non, mais l’oncle de ma mère – militaire aussi – repose en Egypte. » Malheureusement, personne n’a encore fait le voyage jusque-là. « Trop dangereux. »

Anzac Day n’a pas toujours provoqué le même engouement. « Lorsque j’étais jeune, raconte Alistair, dans les années 70, on était en pleine guerre du Vietnam. Du coup, nous étions plutôt pacifistes. » L’intérêt pour 14-18 est revenu petit à petit et maintenant c’est énorme avec beaucoup de jeunes qui défilent en Australie avec les médailles de leurs parents et grands-parents sur le torse. Avec le centenaire, l’événement est d’autant plus important. Cependant, la nostalgie n’est pas tout. « Même si je considère les soldats australiens morts ici comme mes frères, explique le lieutenant-colonel, je reconnais que j’ai également un immense plaisir à venir en France… pour faire du tourisme et profiter de toutes les bonnes choses que le pays a à offrir. Le vin et les escargots par exemple ! »

Il trouve les Français très chaleureux avec les Australiens (bien plus qu’avec les Américains ou les Anglais). Il a pris des cours pour s’exprimer dans la langue de Molière à A French Journey, une petite école de Hampton et il considère que ses efforts paient puisque ses interlocuteurs redoublent de gentillesse lorsqu’il leur parle français. Son grand plaisir, à Paris, sera de descendre les Champs-Elysées de l’Arc de triomphe jusqu’aux Tuileries. Il fera simplement une pause pour acheter un sandwich jambon-beurre. A défaut de gadgets, il ramènera quelques kilos en trop dans son pays.

Valentine Sabouraud

* Acronyme qui se réfère à l’Australian and New Zealand Army Corps enrôlé pendant la grande guerre. Anzac Day est célébré en Australie, mais aussi en Nouvelle-Zélande, en France, aux Samoa, aux Tonga, aux îles Cook, à Niue ainsi qu’en Nouvelle-Calédonie et en Polynésie française.

Légende photo du haut : voyageurs australiens en France avec A. Capp lors de son dernier voyage commémoratif.

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