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Anne Genetet : « La rupture du contrat des sous-marins doit nous offrir de nouvelles opportunités »

Anne Genetet, députée des Français de l’étranger de la 11ème circonscription, était à Sydney la semaine dernière. Elle y a rencontré de nombreux acteurs de la Communauté française d’Australie, des écoles australiennes avec un programme français  mais aussi de nombreux politiques australiens.

Le Courrier Australien l’a interviewée pour dresser le bilan de cette visite et connaître sa vision de la relation franco-australienne quelques semaines après la rupture du contrat des sous-marins.

Votre voyage à Sydney touche à sa fin. Votre premier déplacement depuis la pandémie est donc l’Australie. Pourquoi ce choix ?
J’étais impatiente de pouvoir à nouveau voyager et retrouver le chemin de la rencontre avec les Français.

La population franco-australienne était très affectée par cet isolement imposée durant la pandémie et ce contexte très particulier avec cette crise des sous-marins.

Anne Genetet en compagnie des Conseillers des Français de l’Etranger et des membres des Associations françaises en Australie.

Évidemment, la rupture du contrat avec Naval Group a eu des échos importants en France, mais bien souvent avec des schémas très réducteurs comme « Les Français sont nuls » ou « Les Australiens sont des malpropres ». Je voulais prendre la température sur place afin de comprendre la situation et de pouvoir partager ces retours avec mes collègues en France, avec la Commission des affaires étrangères.

J’ai aussi besoin de faire comprendre que la France a l’étranger, ce n’est pas des gens qui ont fui le pays pour se remplir les poches, mais ce sont des gens qui nous rendent service et font raisonner le mot France.

Et justement, qu’avez-vous appris au fil de ces différentes rencontres ?
J’ai rencontré de nombreux officiels australiens, y compris du parti libéral, et tous sans exception étaient assez embarrassés et m’ont présenté leurs excuses sur la manière dont le contrat a été rompu. Ils m’ont bien évidemment confirmé que les besoins de l’Australie en matière de défense avaient changé à la suite de cette crise politique dans le Pacifique. Et ça, je le comprends tout à fait.

Je n’étais pas vraiment étonnée. Il faut tout de même rappeler que le Premier Ministre Scott Morrison est le premier dirigeant occidental qui a eu le courage de dire ses quatre vérités à la Chine. Il a pris un risque considérable, car l’Australie est fortement dépendante de la Chine et il le paie cher aujourd’hui. Donc oui, on peut entendre que leurs besoins aient changé en revanche la manière était inacceptable.

La rupture de ce contrat m’a ouvert les yeux. La question que l’on peut se poser, c’est finalement : « Qu’est-ce que l’Europe et notamment la France peut apporter à l’Australie ? »

Fondamentalement, est-ce qu’il y a des filières, des produits, des services, des savoir-faire qu’on aurait nous et qu’ils ne peuvent pas trouver dans la zone avec laquelle ils ont l’habitude d’interagir? Très honnêtement, je n’en suis pas certaine.

Que l’on gagne un marché face à un Américain ou un Chinois, on le gagnera uniquement parce que le produit est meilleur et non pas parce qu’il est européen ou français.

Sur base de ce constat fort, que faut-il faire aujourd’hui ?

En compagnie de Anne Boillon, Consule Générale de France en Australie et de The Hon. Jonathan O’Dea, MP au NSW Parliement.

C’est le travail de nos représentants sur place de chercher quels sont les secteurs dans lesquels nous aurions une valeur ajoutée.

Quand on voit qu’on leur vend des trains, des trams, des outils pour la désalinisation de l’eau… On a des choses qui les intéressent. Une fois les secteurs identifiés, il faut leur faire comprendre que c’est le meilleur produit sur le marché. Aujourd’hui, ce n’est pas un label France qui va changer quelque chose, c’est notre savoir-faire.

Il est d’ailleurs très important de changer cette vision qu’ont les Australiens de la France. L’Australie aime la France, apprécie notre histoire, notre art de vivre, notre gastronomie… Et le reste, ils ne le connaissent pas ! Tout notre savoir-faire en Tech, c’est ZÉRO !

La France est une puissance maritime, personne ne le sait ! En Sport, matériel ou événement sportif, nous sommes des leaders, mais ils ne le savent pas. On a les JO Paris 2024 et l’Australie les JO de Brisbane 2032 ! Cela fait un moment que l’on devrait connecter, sinon, c’est Los Angeles 2028 qui va s’en emparer.

Qu’allez-vous donc proposer à votre retour en France pour améliorer cette relation ?
Nous pourrions créer une Grande Commission* avec l’Australie comme nous le faisons avec le Canada, la Russie,… Les Groupes d’amitié de l’Assemblée nationale devraient également être plus actifs pour dialoguer et échanger. L’Australie est loin, mais c’est un acteur essentiel de l’axe indopacifique.

L’image de l’Australie en France est assez réductive. D’une part, nous avons la carte postale magnifique et d’autre part un pays qui ne fait que des désastres sur l’environnement. Cette image de non-action environnementale est bien sûr alimentée par des propos parfois tonitruants de son Premier ministre alors que lorsque l’on parle au niveau local, on comprend que les questions environnementales inquiètent aussi la population australienne.

C’est aussi le boulot de l’Ambassadrice d’Australie en France de faire évoluer cette image pour développer des collaborations pertinentes pour chacun.

En compagnie de Anne Boillon, Consule Générale de France en Australie et Her Excellency the Honourable Margaret Beazley AC QC Governor of New South Wales

De la même manière, la France devra aussi travailler sur une autre perception de son image en Australie.

Je vais donc proposer de s’inspirer de ce qui a été fait, de manière remarquable, par Singapour et ensuite le Japon et qui a changé l’image de la France. C’est créer l’Année de l’innovation française. Désormais, le Japon et Singapour reconnaissent le savoir-faire français en Tech et les résultats ne se sont pas fait attendre. Il faut donc créer rapidement l’Année de l’innovation française en Australie!

Aujourd’hui, quatre start-ups françaises qui ont été financées par les Japonais sont devenues des licornes (NDLR : un nom mythologique pour désigner les start-ups qui dominent le monde de la tech. Et dont la valorisation est supérieure à 1 milliard de dollars). Ils ont compris que nous avions des atouts. C’est assez incroyable comme résultat ! C’est cela qu’il faut faire en Australie !

Qui doit donc assumer ce rôle de moteur et mettre en place cette initiative ?
C’est un ensemble de nos représentants locaux. Un mix entre le Service économique régional, Business France et l’Ambassade.

C’est un objectif gagnant – gagnant! S’il y a bien un point sur lequel l’Australie peut être sensible à nos arguments, et qui sera un des enjeux pour l’Australie sur son avenir, c’est sa souveraineté. Elle a compris qu’être dépendante à hauteur de 30 % import-export de la Chine, c’est dangereux. Et cela pourrait l’être tout autant d’avoir une dépendance aussi importante envers les États-Unis. A moins que cela soit parfaitement équitablement réparti, mais ça, c’est une autre histoire. Donc je pense qu’il y a de réelles opportunités pour la France dans ce contexte particulier.

Je confirme aussi avoir mieux compris la rupture du contrat que les Français de France. Il faut faire une opportunité de la rupture de ce contrat et pas forcément dans le secteur de la défense. Je pense à l’énergie renouvelable, le traitement des déchets, la ville intelligente…

C’est la première fois que nous entendons ce discours d’ouverture contrairement à la position officielle de l’Élysée et de l’Ambassade qui est assez ferme…
L’objectif est identique, mais il est vrai qu’ils utilisent un discours assez « exigeant » comme on dit dans le monde diplomatique. Moi, je parle de manière plus courtoise.

Je fais de la diplomatie parlementaire. Quoiqu’il puisse se passer dans les décisions au plus haut niveau des États respectifs, il est toujours fondamental que les Assemblées, qui sont les représentants des peuples, se parlent. Et si on veut que des décisions prises au plus haut niveau soient comprises par nos citoyens de part et d’autre, nous devons nous parler.

A la rencontre de la population française lors d’un Q&A dans les locaux de l’Alliance Française de Sydney

Il faut transformer la situation en opportunités, enclencher des dialogues et les inciter à nous proposer des choses.

Encore une fois, nous sommes d’accord que la manière dont l’Australie a mis fin au contrat Naval Group est inacceptable, mais nous avons aussi à balayer devant notre porte. Sur le plan des nouveaux objectifs stratégiques de l’Australie, très honnêtement je ne suis pas sûr que nous ayons encore une place. Même si nous entretenons toujours des relations militaires dans la région et elles vont continuer.

Pour que l’on soit une vraie puissance de la zone Pacifique, disposer de 7 000 hommes ce n’est pas tant que cela. La coopération internationale est selon moi la seule vraie solution. L’Australie ne peut dépendre encore une fois d’une seule nation, quand bien même il s’agit des États-Unis en termes de défense.

La présence de la Nouvelle-Calédonie dans le Pacifique est également extrêmement importante pour la France
Elle est capitale, et même si nous allons à présent passer par une période qui sera parfois houleuse pour définir les nouveaux statuts de la Nouvelle-Calédonie. Il est, à mon sens, évident, que cela passe par une coopération très renforcée avec l’Australie.

C’est notre partenaire le plus proche avec la Nouvelle-Zélande. Indéniablement, l’avenir de la Nouvelle-Calédonie passe par l’Australie.

Le développement de la Nouvelle-Calédonie est capital et on pourrait aussi chercher des investisseurs australiens pour la développer. Elle ne peut être qu’une seule destination touristique. Cela va prendre du temps, mais l’Australie pourrait être un allié précieux.

La Nouvelle-Calédonie à rôle essentiel à assumer dans cette relation franco-australienne.

Visite de Taren Point Public School

Visite de Killarney Heights Public School et des membres de l’Association FANS

 

 

 

 

 

 

 

 

* Une Grande Commission parlementaire a pour objectifs :
– de suivre les relations politiques, économiques, sociales et culturelles entre les deux pays et d’examiner les moyens de les promouvoir ; 
– de favoriser le développement et la continuité des relations interparlementaires, et notamment le dialogue, les échanges et la coopération entre les différentes Assemblées;
– de permettre un échange d’expérience en matière d’élaboration de la loi ;
– de faciliter une coopération entre les délégations des deux parlements dans les organisations parlementaires européennes et internationales, et de promouvoir des consultations régulières sur les questions d’intérêt commun ;
– d’organiser des échanges réguliers de visites des plus haut responsables des parlements, ainsi qu’une coopération régulière dans le cadre des groupes d’amitié parlementaires, des comités et commissions.

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