Le plan de Theresa May était perdant : l’accord sur le Brexit a été rejeté une nouvelle fois. La Première ministre a multiplié les mauvais choix en deux ans.

Voilà déjà une heure que Theresa May s’égosille à son pupitre de la Chambre des communes, en ce mardi après-midi. La voix éraillée en raison d’un sérieux mal de gorge, la Première ministre britannique défend les éléments additionnels de l’accord de sortie de l’Union européenne qu’elle espère voir approuver par Westminster au deuxième essai, après l’échec de janvier dernier. Les ajouts à l’accord de retrait ont été présentés lundi, en toute fin de soirée à Strasbourg, au terme des rencontres que Mme May a eues avec les députés européens membres du Steering group sur le Brexit, le négociateur en chef de l’UE, Michel Barnier, et le président de la Commission, Jean-Claude Juncker. À Londres, la députée Anna Soubry, qui a quitté il y a deux semaines le parti conservateur pour le groupe indépendant, prend alors la parole : « Il y a deux ans, moi et d’autres députés avons dit à la Première ministre qu’il existait une majorité de compromis dans cette Chambre en faveur d’une union douanière [avec l’UE] et d’un [maintien dans le] marché unique qui aurait été fidèle au référendum, aurait réglé la question de la frontière [irlandaise] et aurait été la meilleure solution pour le monde des affaires. Peut-elle confirmer qu’elle a rejeté tout cela et que les difficultés actuelles viennent de son incapacité à s’éloigner de ses lignes rouges ? »

L’impression qui prévaut, alors qu’à dix-huit jours de la date programmée du Brexit on ignore encore quand, comment et même si le Royaume-Uni va quitter l’UE, est en effet que Theresa May a enchaîné les mauvaises décisions depuis qu’elle est Première ministre.

Otage volontaire des Brexiters durs de son parti

Lorsqu’elle arrive au 10 Downing Street, le 13 juillet 2016, son parti est ravagé par les dégâts engendrés par le référendum. Elle assure alors qu’« un Brexit signifie un Brexit – « Brexit means Brexit » – et nous en ferons un succès » sans préciser le fond de sa pensée. Lors du congrès du parti conservateur deux mois et demi plus tard, elle se dévoile un peu en déclarant : « Nous ne quittons pas l’UE pour redonner le contrôle de l’immigration ou retourner sous la juridiction de la Cour européenne de justice. Nous sortons pour redevenir un pays souverain et indépendant. » Son discours est marqué par son obsession de l’immigration, évident après ses six années passées à la tête du ministère de l’Intérieur. Il commence également à montrer l’influence des Brexiters durs du parti conservateur, partisans d’une rupture sèche avec l’Union. Elle les avait intégrés à son gouvernement pour éteindre leur voix, ils gagnent en influence sur elle.

Le 17 janvier 2017, lors de la première présentation officielle de sa vision du Brexit, elle dévoile sa volonté de sortir du marché unique – logique eu égard à sa volonté de mettre fin à la liberté de mouvement – mais aussi de l’union douanière. Alors que rien dans le résultat du référendum ne l’y poussait, même si elle clame depuis le contraire. Si ce n’est son refus de se dresser face à l’aile eurosceptique de son parti, qui ne rassemble guère plus d’une cinquantaine de députés sur les 330 dont elles disposent alors à la Chambre des communes.

L’échec des élections anticipées de 2017

Cette stratégie va devenir plus visible après sa défaite partielle lors de l’élection générale anticipée du 8 juin 2017, qu’elle a convoquée. Elle perd alors sa majorité parlementaire et devient dépendante à la fois de l’aile eurosceptique des tories et du parti unioniste nord-irlandais DUP, dont elle négocie le soutien parlementaire. De plus, ses choix de négociateurs en chef du Brexit s’avèrent désastreux. David Davis se révèle incapable, fainéant et peu enclin au dialogue avec son homologue européen, Michel Barnier. Son successeur, Dominic Raab, se rend plus régulièrement à Bruxelles mais démissionne dès l’accord de retrait annoncé en novembre dernier. Ce départ est significatif de l’incapacité de Theresa May à admettre que les puristes du Brexit n’admettront qu’un Brexit idéal, c’est-à-dire qui interdise tout lien avec l’UE autre qu’un traité de libre-échange.

Aujourd’hui, seul le départ de Theresa May et son remplacement par le travailliste Jeremy Corbyn via l’organisation d’une élection générale anticipée semblent pouvoir débloquer la situation. L’élection d’un conservateur Brexiter renforcerait le clivage alors que la stratégie du parti travailliste vis-à-vis du Brexit – le maintien dans une union douanière avec l’UE – obtiendrait aisément le soutien de la majorité des députés. Le pays en est pourtant bien loin.