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Bertrand Cadart redevient Clunk aux 40 ans de Mad Max

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Grand manitou de la customisation des bolides à deux-roues du premier Mad Max et personnage hilare de Clunk dans ce même opus, le Français Bertrand Cadart est resté fidèle aux commémorations du film. Affaibli par la maladie, il a tenu à participer aux 40 ans de l’ovni cinématographique qui se déroulent à Maryborough ce samedi 2 février. Il enchainera par un pèlerinage à Broken Hill (NSW dans l’outback), sur les traces d’une aventure qui a marqué sa vie.

Flash back

On est en 1978. Le jeune réalisateur George Miller, à qui Kawasaki a accepté de prêter dix Z1000 pour son film d’action (pensé au départ comme une série B pour driveway), cherche quelqu’un qui soit capable de leur donner une allure futuriste. En Australie, il n’y a qu’une personne en mesure d’assurer ce travail : c’est le jeune Bertrand Cadart dont la société La Parisienne Engineering est basée à Melbourne. Il signera avec le cinéaste son premier « gros contrat ». Customiser, c’est nouveau à l’époque. « Il s’agit de rajouter des spoilers, changer le carénage, modifier la position ou la couleur des sièges et des guidons… sans compter le pot d’échappement ! Au départ, celui des motos ronronnait comme une Rolls Royce sur Hyde Park. Après nous, cet équipement vrombissait comme un décollage de Mirage à Charles-de-Gaulle. » George Miller et Byron Kennedy suivent attentivement les modifications des engins, les délais sont courts et le budget est serré.

Le gros bêta de la bande

Devenir acteur n’était pas dans les plans d’origine. Bertrand Cadart : « Un soir, George Miller vient me voir et me dit ‘Est-ce que ça t’amuserait d’avoir un rôle ? Tu ne sors pas un mot, tu dois juste avoir l’air con’… enfin, il a plutôt dit ‘niais’. C’était le rôle de Clunk. » Physiquement, le personnage est grand et athlétique, mais « il a la mentalité d’un enfant de 5 ans, c’est le gros bêta de la bande, il rit tout le temps, y compris dans les scènes de violence. » Pas si facile à jouer. Bertrand Cadart, qui a été élève du cours Simon à Paris et qui a beaucoup joué avec le MFT (Melbourne French Theatre) sans compter son travail à la radio, doit donc peaufiner ce « rôle de composition » en apprenant à courir comme un enfant et à se marrer de façon niaise. « Finalement, j’étais à 100 000 lieues de penser que je parlerais de ce rôle, 40 ans plus tard, avec Le Courrier Australien. »

Le succès

« Franchement à l’époque, je ne pensais même pas qu’on terminerait le film, alors le succès… A part le sanctuaire intime constitué de Miller et Kennedy, personne n’y croyait. » Outre le scénario, jugé d’abord opaque par le Français, les conditions de travail sont si précaires que les difficultés s’accumulent. L’actrice qui devait jouer Jessie se casse même le fémur la veille du premier jour de tournage. Elle doit être remplacée au pied levé. « Ensuite, il faut voir les risques qui ont été pris, surtout dans les scènes de cascade. On les tournait réellement à 180 km/h. Jamais un tel tournage ne serait autorisé aujourd’hui. » Ce réalisme des scènes d’action, Bertrand Cadart pense qu’elles sont pour beaucoup dans le succès du film. A celles-ci s’ajoutent le rythme effréné, l’horreur, la violence.

« Je tiens par ailleurs à préciser que ce sont les conséquences du choc pétrolier en 1973 qui ont inspiré à Miller ce monde chaotique et sauvage. L’univers de Mad Max n’est pas post-atomique, il est le reflet d’un monde où les hommes ont été rendus fous par la pénurie d’essence..  » Prémonitoire ?

Contre toute attente, Mad Max cartonne dès sa sortie en Australie, mais fait surtout un tabac aux Etats-Unis, malgré l’anglais du film que personne ne comprend. Il faudra ainsi doubler toutes les voix, y compris celle de Mel Gibson. En France, les amis de Bertrand Cadart découvrent qu’on peut tourner des films en Australie (surprise) et qu’il y vit des kangourous. Côté finance, le film à 400 000 dollars… en rapportera finalement 100 millions.

Le dernier anniversaire ?

Les rassemblements Mad Max ont lieu à intervalles réguliers, mais pas tous les ans. Ils attirent des fans venus du monde entier. Cette année, pour les 40 ans du premier film, Bertrand Cadart sait que des passionnés arriveront notamment du Japon (2 groupes) et des Etats-Unis. Un sacré voyage. D’autres, en revanche, auront fait le déplacement d’Australie. Au total, neuf acteurs et un cameraman seront présents à Maryborough (dans le Victoria) ce week-end au milieu de nombreux engins à deux ou quatre-roues. Hélas, Mel Gibson ne sera pas là, ni George Miller d’ailleurs. « Ce serait comme demander à Zeus de descendre de son Olympe » plaisante Bertrand Cadart. Le retraité français aux mille vies évoque aussi la possibilité que ce soit là sa dernière grand messe. « La moitié de l’équipe est déjà décédée et je serai dans la prochaine charrette » ose-t-il. Ce voyage commémoratif et nostalgique est d’ailleurs l’objet d’un documentaire en cours de tournage, projet mené par le réalisateur Eddie Beyrouthy.

En attendant, Bertrand Cadart a sorti son beau t-shirt Mad Max, il compte aussi s’habiller en Clunk pour signer des autographes. Il a d’ailleurs affûté son stylo à cet effet. Il nous confie encore que Mad Max 2 est son préféré de la série des 4 films (« il est plus abouti que le premier ») mais que sa scène culte reste celle qui inaugure la saga. « C’est l’évasion de Night Rider et la course-poursuite lancée par une police en décomposition pour le retrouver : un moment de cinéma hallucinant ! » Dix minutes d’images qui l’accompagneront certainement sur le chemin de Broken Hill. Encore 2 500 kilomètres à tenir.

Valentine Sabouraud

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