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Christophe Vissant: « Sur ce genre de défi, tu peux pas tricher. Quand ton corps te dit stop, c’est stop »

NYE

Parti le 15 octobre de Sydney pour une course à pied autour de l’Australie de 6 mois, Christophe Vissant a finalement déclaré forfait dans la nuit du 16 novembre. Blessé à la hanche, il revient sur son « échec » et répond aux interrogations des internautes à l’occasion d’un long entretien téléphonique avec Le Courrier Australien.

Christophe, merci de nous accorder cette interview, pour commencer, donne-nous des nouvelles de ta santé ?

J’ai fait des infiltrations, mais c’est toujours douloureux donc il me tarde de rentrer pour faire des examens complémentaires. C’est surtout la hanche qui me fait très mal donc voilà. Je peux pas dire que je sois en forme : psychologiquement, j’ai pris une grosse claque.

Tu es toujours à Adélaïde ?

Non, je suis parti voir un spécialiste du sport sur Melbourne. Il a diagnostiqué pareil, donc une pubalgie de la hanche, ce qui est un peu pareil qu’une tendinite mais ça s’est enflammé au niveau du pubis. Et puis le genou, c’est une tendinite avec une petite distension ligamentaire donc voilà. Mais c’est surtout la hanche qui inquiète.

En tout cas, merci d’avoir rappelé, on a eu du mal à te joindre…

Tu sais, on a eu des gros problèmes de connexion, on a perdu notre carte bleue du défi ça a été une vraie galère, on a eu un véhicule qui nous a lâchés et on a dû en racheter un autre en urgence. On a un gars qui a dû partir, problème de santé, et puis c’est des journées qui durent douze, treize heures quand même, donc, des fois, on avait juste le temps de récupérer.

Au final, tu auras parcouru 2 300 kilomètres sur les 15 000 planifiés. Quand as-tu décidé d’arrêter ?

Quand j’ai couru de Sydney à Melbourne, donc beaucoup plus de 1000 kilomètres (1200) parce qu’on a pris – c’est bien ça qu’il faut imaginer aussi – c’est qu’on a pris la Princes Highway, route très compliquée. Là, on a fait une erreur parce que ça monte, ça descend, beaucoup de circulation, de la pluie et des fois on a dû prendre des boucles pour éviter les camions, donc on traçait pas directement et là j’ai commencé à avoir mal à un genou. Mais bon, je savais que ça venait du dévers. Mon médecin du sport m’avait dit Christophe ça doit être le dévers c’est pas grave. Et puis, c’est vrai qu’avant de partir j’avais cette douleur à la hanche mais je me suis dit c’est pas bien grave. A 4 ou 5 jours d’Adélaïde elle a commencé à se réveiller. Et puis alors, truc de fou, dans les trois derniers jours, chaque fois que je mettais un pied en avant en courant bam bam ça me faisait un impact et vraiment très très mal. Le lendemain, quand je suis reparti au bout de trois, quatre kilomètres, impossible d’avancer. J’ai poussé jusqu’au 12ème, la douleur était énorme. J’ai dit je peux pas continuer comme ça. Sur ce genre de défi, tu peux pas tricher. Quand le corps te dit stop, il te dit stop. Dieu sait que si j’avais pu marcher sur les mains je l’aurais fait.

Après coup, est-ce que tu penses que tu aurais mieux fait de retarder ton départ pour être à 100% comme tu dis?

C’est toujours facile de dire si j’avais su, y’a que le bon Dieu qui peut savoir. Mais bon, si j’avais su, par exemple, j’aurais augmenté mon budget pour avoir deux véhicules neufs parce que là, on est partis avec deux vans qui étaient en moyen état. Si j’avais su, cette petite douleur à la hanche, j’aurais attendu avant de partir mais, franchement, je pensais que c’était pas grand chose. Et puis, si j’avais su aussi, surtout, ce que j’aurais fait, et ça c’est vraiment la base, j’aurais fait un repérage avant. Là, ça a été une grosse erreur stratégique. C’est-à-dire que beaucoup partent faire des repérages sur leur parcours. Moi je ne l’ai pas fait en pensant que l’Australie c’était un pays plat de partout, tu vois, tranquille : grosse erreur. La première partie ça m’a tué, la deuxième jusqu’à Adélaïde m’a achevé.

Il n’y a pas des outils aujourd’hui qui te permettent de découvrir la topographie des routes même depuis la France ?

Mais je l’ai fait ! Je l’ai fait sur Google Earth. C’est quand même un super outil. Bon, ça reste du virtuel, ça reste de l’ordinateur. L’idéal, y’a pas de secret et c’est toujours une question de budget, il faut d’abord partir sur les routes. Voilà, ça je le regrette, grosse erreur stratégique.

Là, maintenant, tu te sens comment vis-à-vis de ta famille, de tes supporteurs et même de toi-même ? Quel est ton état d’esprit ?

Je suis dévasté quoi, j’aime pas trop en parler parce que c’est encore frais. Tu peux pas t’imaginer les sacrifices que c’est un défi comme ça – ça fait quand même trois ans et demi que je bosse dessus donc c’est même plus de la déception, c’est un rêve qui s’arrête jusqu’au point où je me dis, bon j’arrive à 50 ans, même si c’est pas encore vieux, je pense pas que je me relancerai dans un défi comme ça parce que j’ai vraiment dégusté. Heureusement, j’ai reçu des message des plus grands champions de course à pied, de tous mes partenaires qui me soutiennent alors bon, ça rassure un peu mais c’est dur en ce moment, très dur.

Donc, là, tu te fais soigner à Melbourne jusqu’au retour ?

C’est ça. Et l’équipe est en train de préparer le retour, on va mettre en vente les véhicules, préparer les bagages et puis quand on sera en France me soigner, prendre le recul nécessaire pour analyser. On n’a pas de date encore, j’espère peut-être quand même avant Noël ça serait bien. Et puis voilà.

Si tu veux bien quand même, on aimerait en revenir aux internautes qui ont ressenti comme un manque de transparence de ta part durant la course…

Bien sûr, il y a eu des mails… mais tu sais, j’ai quand même cinq suiveurs avec moi qui sont des grands sportifs et qui ont vraiment été touchés par certaines remarques. C’était limite, mais j’ai dit : ne réagissez pas à leurs critiques. De toute façon, ça a toujours été comme ça. Il y a dix grands champions de course à pied qui m’ont dit la même chose : ces gens-là tu les changeras jamais. Nous on a fait, j’ai fait, les kilomètres au centimètre près, tout le monde a vérifié. Malheureusement ce suivi en live, il a pas marché apparemment pendant tout le défi. Ça a été un gros souci et je l’ai appris plus tard.

Je comprends bien… mais ces doutes, que certains ont émis, est-ce de la jalousie ? Un manque de communication de votre part ? Un peu de tout ?

Tous les gens qui me connaissent le savent : j’aime les gens, j’aime le respect, j’aime la tolérance, et alors, si j’ai mis un système de suivi live avec un sponsor, pourquoi les gens ont douté de ma bonne foi ? Ça serait con franchement ! Il y a quand même cinq suiveurs dont le premier entraineur d’Alain Bernard qui sont avec moi toute la journée. Ils ont vérifié mes montres, mes chronos. Quel est le but ? Il n’y a pas d’argent à gagner sur un défi comme ça ! J’étais hors de ma moyenne en plus. Par contre oui, le manque de communication bien sûr. Y’a rien qui a marché sur ces suivis ; on devait avoir une balise qui me suit toutes les 5 minutes y’a rien qu’a marché.

Quand vous vous êtes rendus compte que les balises ne marchaient pas comme prévu, pourquoi ne pas avoir communiqué immédiatement là-dessus ?

Cela a été communiqué aux sponsors. Bon c’était ma fille Marie qui a prévenu parce que, quand je cours, les informations on me les donnait au compte-gouttes ; pour moi, le mental c’est hyper important, c’était déjà assez dur comme ça. Après, ça m’est revenu aux oreilles, j’ai dit : vous appelez de suite la société qui s’occupe du suivi live et vous leur dites qu’ils se démerdent que je veux être suivi en direct et apparemment y’a rien qu’a marché. Mes suiveurs me disaient : mais il est où le problème ? On est là, avec toi, on vérifie ta montre tout le temps. C’est incroyable, moi c’est la première fois que ça m’arrive mais deux grands champions m’ont dit que c’est toujours un peu les mêmes groupes qui se posent des questions. Mais après tout, si les gens veulent douter qu’ils doutent. Pour moi, c’était une aventure humaine à la base, j’espérais battre un record du monde, j’espérais faire 84 kilomètres par jour, dans ce cas-là alors j’aurais été con. Tu sais, c’est tout simple, tu prends une montre GPS tu montes dans une voiture à 10 km/h et bing ! t’avances. Nous, on a marqué les vrais kilométrages, des fois j’étais même à 60 kilomètres, au centimètre près on l’a noté.

On a aussi dit que les chiffres des balises ne correspondaient pas, les calculs de vitesse par exemple, n’étaient pas justes…

Mais bien sûr ! On a regardé ! Par exemple, on est à Melbourne, on va mettre le point à Melbourne, mais je suis reparti avant Melbourne, je repartais toujours au point où je me suis arrêté tu comprends, donc la balise elle m’a fait plus de mal qu’autre chose, parce que les points étaient mal notés. Tu vois, à l’arrivée, je pensais que ça allait faire taire certains eh bien voilà, ça a attisé encore plus de trucs. On aurait dû faire des essais, mais 48 heures avant on en était encore sur des réglages.

Il est vrai que, dans ce genre d’exploit, il n’y a pas de caméra 24 heures sur 24 sur toi…

Tu sais, moi, si j’avais un gros budget, je ferais même venir un huissier de justice à côté de moi. Pourtant, j’ai des gars sérieux, j’ai Gilbert qui fait des podiums non stop, c’est des gars vraiment très droits, des anciens policiers, j’ai Daniel, j’ai Marie, j’ai Jo, j’ai plein de gens extraordinaires qu’ont tout vérifié. Cela veut aussi dire que quand tu me mets en cause, eux, ils se sont sentis mis en cause et ils vont régler leurs comptes. Après, l’avocat du défi m’a dit : on va voir ça plus tard. Mais il y a même eu des insultes sur ma fille, ça ça m’a vraiment touché. Je me suis dit : Christophe, ça va, reste zen, tranquille, c’est pas grave, de toute façon dans tous les sports dans tous les trucs, on a droit à des critiques, on s’en prendra quoi. Mais je rappelle quand même que sur un défi comme ça, y’a rien à gagner hein. J’ai mis de l’argent de ma poche, et au contraire, j’y ai plus perdu qu’autre chose.

C’est une autre question qui fâche peut-être : est-ce qu’il y avait des engagements avec les sponsors, est-ce que t’as dû mettre de ta poche pour  compléter le défi, est-ce qu’il y a de l’argent qui reste ?

Bien sûr, j’avais des partenaires avec moi pour financer le défi, mais juste pour financer le défi, c’est tout. Aucun enrichissement personnel : je l’ai dit pendant toutes mes conférences, j’ai montré à tous mes partenaires le budget que j’avais, donc là je vais rentrer en France. Je suis postier, donc je reprendrai le boulot comme prévu, en juin, juillet août. Mais c’était une aventure humaine, c’était… je ne sais pas si tu connais ma petite histoire, mais c’était après un accident de plongée que j’ai eu en 2003 je me suis mis à courir avec le rêve de retrouver la tortue à la grande barrière de corail. Voilà, le défaut que je pourrais me faire maintenant : je me suis surestimé, ça c’est certain et j’ai sous-estimé l’Australie, ça c’est clair aussi.

On retiendra quand même tes efforts, tu disais que tu avais reçu beaucoup de messages de soutien…

C’est énorme, énorme ! Au début je voulais pas les voir parce que les gens, ils sont super gentils ça me fait vraiment plaisir mais j’ai pas envie de les voir, pour moi c’est un énorme échec. Les messages ça me fait un peu de bien tu sais, mais quand t’arrêtes comme ça, tu peux pas être heureux c’est pas possible.

Tu reviendras en Australie ou c’est quelque chose qui sera trop douloureux ?

J’avais dit en 2003 que si je revenais en Australie c’était pour voir la grande barrière de corail, tu vois, mais en courant. Là, j’y suis pas arrivé c’est beaucoup de peine. Maintenant y’a des gens qui me disent : maintenant que c’est fini va la voir. Non, je vais pas la voir. Pour moi, le défi est terminé je rentre chez moi. Je suis pas bien quoi, c’est pas un jeu non plus, c’était quand même une compétition à la base. Mais bon, il y a une chose que je veux que tu dises, c’est que l’accueil des Australiens a été exceptionnel, ça, ça a été une découverte pour moi, c’est que la mentalité australienne, elle est fan-tas-ti-que ! Il y a souvent des gens qui sont venus courir à côté de moi, des gens qui s’arrêtaient en voiture pour m’applaudir avec les suiveurs dans des endroits vraiment isolés, des gens qui t’offraient l’hospitalité. Si on me dit : Australie tu penses à quoi ? Pour moi c’est ça de suite, la gentillesse des gens, pour moi c’est incroyable.

Elle est là en quelque sorte ta victoire, finalement ?

Eh ben tu sais quoi, hier soir, j’en parlais avec toute l’équipe, on s’est fait un débrief les six autour, et c’est comme tu dis : la victoire c’est d’avoir découvert ces gens. On s’est dit : mais c’est vrai, ils sont vraiment gentils ces Australiens. Des trucs cons, par exemple, à un moment donné j’étais vraiment dans la souffrance entre Sydney et Melbourne : il y a quelqu’un qui m’apporte un verre de glaçons. Tu t’arrêtes dans un hôtel ou un camping : les gens, ils t’accueillent, ils te ramènent des fruits, des légumes c’était fantastique ça. Comme tu dis, elle est là la découverte de l’Australie, c’est les habitants quoi.

Merci pour tes réponses Christophe. Tu sais qu’au Courrier Australien, on a senti un énorme engouement de la part de nos lecteurs. 

Quand même, c’est vrai que la com c’est hyper important. Je le sais, moi, et on a eu des grosses lacunes là-dessus ça c’est clair et net. Mais tu vois, sur ces courses-là, ça va tellement vite, c’est tellement long, tu te lèves à 6h le matin, tu pars à 6h30, 6h45, la course, parfois, elle se finit pas avant 18h 18h30, on va dormir là, y’a pas d’endroit, faut trouver, faut prendre une douche, le massage, allez on se connecte et puis tiens là ça marche pas… tu vois, donc c’est dommage, mais bon. Il faut garder ça en mémoire : on aurait pu mieux faire.

Propos recueillis par François Vantomme, retranscrits par Valentine Sabouraud

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