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Comment le Covid-19 fait croître la faim dans le monde

FOTY

Quelque 132 millions de personnes supplémentaires pourraient souffrir de la faim cette année, à cause de la pandémie, alerte l’Onu. Le Covid perturbe la sécurité alimentaire à de nombreux niveaux. Récoltes, transports, revenus…

Éradiquer la faim dans le monde d’ici 2030 est devenu un objectif encore plus difficile à atteindre depuis l’apparition du Covid-19. C’est l’alerte qu’a lancée la FAO, la semaine dernière, lors de la conférence de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, qui réunissait virtuellement les pays de la région Asie-Pacifique autour de l’impact de la pandémie sur la sécurité alimentaire.

Selon la FAO, la région Asie-Pacifique abrite plus de la moitié des personnes sous-alimentées dans le monde et, avec l’impact du Covid-19, le nombre de personnes souffrant de la faim en Asie du Sud pourrait croître d’un tiers à 330 millions dans les dix ans à venir. “Les secteurs de l’agriculture et de l’alimentation, y compris la pêche, la forêt, les récoltes et le bétail, ainsi que les familles qui en vivent, sont profondément affectés par la pandémie”, a souligné Tandi Dorji, ministre des Affaires étrangères du Bhoutan, à la conférence. Pour Qu Dongyu, directeur général de la FAO, ce sont les petits fermiers et leur famille, les travailleurs de l’alimentaire dans tous les secteurs et ceux vivant dans des économies dépendantes du tourisme qui sont les plus vulnérables dans ces circonstances. “Ils ont besoin urgemment de notre attention.” Selon la FAO, le nombre de personnes sous-alimentées dans le monde devrait croître d’entre 83 et 132 millions en 2020 en fonction du scénario de croissance. Et 6,7 millions d’enfants en plus devraient souffrir de malnutrition sévère en raison de la pandémie. Alors qu’en 2019 ce sont déjà 690 millions de personnes qui souffraient de faim.

Au sein des systèmes alimentaires, les perturbations dues au Covid et aux restrictions dans l’économie et les voyages pour le contenir sont diverses, note la FAO dans son rapport préliminaire à la conférence : elles vont des récoltes non réalisées par les migrants incapables de se rendre sur place à des problèmes de transports, en passant par la vente d’équipements et de bétails par des familles tentant de survivre.

Dix foyers de famine

Cet été, l’ONG Oxfam avait identifié dix foyers “de famine extrême , où la crise alimentaire est la plus aiguë et s’aggrave de jour en jour à cause de la pandémie” : le Yémen, la République démocratique du Congo, l’Afghanistan, le Venezuela, le Sahel et les pays d’Afrique de l’Ouest, l’Éthiopie, le Soudan, le Soudan du Sud, la Syrie et Haïti concentrent 65 % des personnes souffrant de la faim à un niveau critique dans le monde. “Même dans des pays à revenu intermédiaire comme l’Inde, l’Afrique du Sud et le Brésil, des millions de personnes basculent dans la famine”, constatait le rapport. “En fait, avant le Covid, on était déjà dans un contexte plutôt problématique, observe Thierry Kesteloot, chargé de plaidoyer sur les systèmes alimentaires durables à Oxfam-Belgique. La faim augmentait, il y avait déjà des crises liées aux impacts du changement climatique, à des conflits persistants, à des inégalités sociales importantes… Malgré l’engagement d’éliminer la faim d’ici 2030 (un des objectifs de développement durable de l’Onu, NdlR), on constate que depuis ces cinq dernières années la faim augmente. Et la crise Covid s’est greffée sur cette situation-là et a amplifié ces différentes faiblesses. […] La faim augmente de manière dramatique.”

“La pauvreté est persistante”

Ainsi, avec les mesures de confinement, bien qu’on produise en suffisance, on n’arrive pas à ce que les populations qui ont besoin d’alimentation y aient accès, remarque l’expert. “Non seulement parce que les mesures de confinement ont fait que les gens n’ont plus pu bouger, mais aussi parce qu’il y a eu des fermetures de frontière et que les aliments n’ont pas toujours pu être transportés d’un endroit à l’autre. Et surtout, principalement, parce que cela a renforcé la pauvreté. Ce n’est plus tant un problème de disponibilité d’alimentation, c’est devenu encore plus fortement un problème d’accès parce qu’ils n’ont plus de revenus.”

Et les impacts sont susceptibles de se marquer à moyen terme. “Tout d’abord, le confinement n’est pas terminé partout, si on regarde l’Inde ou des pays d’Amérique du Sud, il y a encore des mesures de confinement importantes. En Afrique, comme en Europe, le déconfinement se met en placeMais le problème de revenus reste, remarque Thierry Kesteloot. La majorité des personnes vivent de jobs informels et sont tombées dans une précarité extrême. Il est vrai que dans les zones rurales, où la production a pu avoir lieu généralement, il y a des gens qui ont pu avoir accès à de l’alimentation. Mais eux aussi sont dans une pauvreté plus accrue, parce qu’ils n’ont pas pu vendre leur nourriture ou bien ils ont dû la vendre à un prix bradé parce qu’à un moment ils avaient trop de fruits ou trop de légumes et qu’il n’y avait pas d’accès au marché. En termes de revenus, ils ont donc aussi été impactés. L’élément de pauvreté est persistant et ne se résout pas immédiatement une fois que le déconfinement est en place. Il faut aussi penser au tourisme ; les plantations de café ou cacao ont aussi par exemple été très affectées, car la demande dans les pays riches pour ces produits d’exportation a fort baissé à cause de la fermeture de l’Horeca, etc.

Mesures urgentes et à plus long terme

Quelles mesures prendre ? De façon urgente, “il y a besoin d’organiser l’accès à la nourriture à cette population qui tombe dans la faim”, répond Thierry Kesteloot. “Une action de financement est nécessaire. Ce n’est pas uniquement de l’aide d’urgence, via de la distribution de nourriture, mais aussi de la protection sociale qui permet aux personnes d’avoir accès à un revenu de base. Il faut aussi s’assurer que les mesures de protection face au Covid soit respectées. De la main-d’œuvre bon marché est recrutée, par exemple dans des plantations, mais aucune mesure de protection n’est mise en place. À plus long terme, “il faut aussi renforcer les marchés et systèmes alimentaires territoriaux et aller vers une agriculture plus diversifiée, moins dépendante d’intrants, plus axée sur les marchés locaux, sachant que ces agricultures sont plus résilientes et plus efficaces par rapport aux enjeux sociaux et environnementaux”.

De son côté, outre l’appel à un meilleur équilibre entre chaînes d’approvisionnement locale et globale ou à un usage de technologies comme des drones ou app pour monitorer les récoltes, la FAO souligne le besoin d’une capacité à gérer “les risques multiples” concernant les systèmes alimentaires, vu les impacts combinés du Covid et de désastres comme les typhons, sécheresses ou invasions de criquets. Elle a lancé un appel aux dons de 1, 3 milliard de dollars.

Sophie Devillers – Lalibre.be


Source : La Libre Belgique

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