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Dans Le Grand Bain avec Gilles Lellouche à Melbourne (partie 1)

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Avec deux films projetés dans le cadre du French Film Festival (Le Grand Bain qu’il a réalisé et Pupille dans lequel il joue), quoi de plus naturel que d’inviter Gilles Lellouche en Australie ? La star française a donc fait le voyage jusque Down Under. Une visite qui a enthousiasmé ses fans et ravit Le Courrier Australien qui l’a rencontré pour parler, pêle-mêle, de mélancolie, natation synchronisée, fonction publique et Mad Max.

Peut-on revenir sur la genèse de votre film, est-il vrai que vous avez écrit le scénario du Grand Bain après avoir vu un documentaire sur Arte ?

En fait, j’avais commencé il y a longtemps un scénario avec tous ces personnages, mais ils faisaient totalement autre chose. Je parlais déjà d’un héros principal dépressif, qui avait du mal à trouver un sens à sa vie – mais ça, c’est une constatation que je faisais alors de mon pays, j’avais l’impression d’une mélancolie sournoise, sourde, et j’avais envie de parler de ça. A un moment, j’ai eu du mal à avancer et je suis tombé sur un documentaire sur Arte sur des types qui faisaient de la natation synchronisée. Je me suis dit : c’est extraordinaire, c’est ça que je veux faire. Il alliait deux aspects que j’avais envie de traiter. D’abord : le sport amateur, qui, pour moi, reste l’un des rares bastions où toutes les catégories sociales peuvent se rencontrer. Et puis : il avait une dimension désuète et poétique qui m’a plu. Enfin, l’aspect collectif de la discipline était quelque chose que j’avais envie de raconter.

Justement, peut-on dire que le film valorise davantage le groupe que les individus ?

C’est un film que j’ai conçu en deux parties. La première est plus mélancolique et dramatique ; elle se dédie à la singularité de chacun, à l’âpreté de leur quotidien. A ce moment-là, on est un peu dans un film choral comme vous dites. La seconde met l’accent sur l’effet de troupe, l’effet de groupe, avec le retour de la chaleur et de la joie, d’une euphorie presque enfantine. Dans cette partie-là, on peut en effet dire que les nageurs « ne font qu’un » et on quitte le film choral pour être dans le collectif.

Le Grand Bain est votre premier film en tant que réalisateur solo, pourquoi n’avez-vous pas souhaité jouer dedans ?

J’avais beaucoup d’acteurs et je voulais avoir un regard attentif sur eux, pas sur moi. En plus, j’aurais trouvé la démarche mégalo d’écrire, de jouer, de réaliser, je n’avais pas cette envie-là et ça a été salvateur. Depuis que je suis petit, le cinéma est une espèce d’échappatoire au réel, une soustraction au quotidien, mais là, vivre avec mes personnages, réaliser, monter chercher mes musiques… j’y ai dédié 50% de mon cerveau pendant trois ans et j’y ai pris énormément de plaisir. J’ai vécu cette aventure comme une immersion joyeuse.

A propos d’immersion, les films de piscine vous ont inspiré ?

La vérité, c’est que je n’ai même pas regardé les films d’Esther Williams (affiche ci-contre). Il y a des comédie musicales qui m’intéressent, oui, mais pas les films de natation. En plus, je me suis interdit d’avoir des références. Mon premier film Narco, par exemple, je me suis aperçu après coup qu’il était référencé dans tous les sens. Même des plans que je pensais avoir inventés, je les avais pompés bien malgré moi sur d’autres. Là, on m’a beaucoup parlé de The Full Monty, mais c’est un film que je n’ai même pas vu en entier et qui ne me plaît pas plus que ça.

Votre genre de film alors, c’est quoi ?

Chez les Anglais, c’est Danny Boyle ou Stephen Frears… Côté américain, je suis fan de Martin Scorsese ou David Fincher. Mais j’adore aussi Claude Sautet et les films français des années 70. En fait, c’est très difficile comme question. Je suis cinéphile. J’aime tous les cinémas comme j’aime toutes les musiques. Avec Le Grand Bain, j’ai essayé de faire le film que j’avais envie de voir. Depuis le temps que je servais les autres en tant qu’acteur, il était temps d’exprimer mes goûts, mes choix. De me servir moi-même en quelque sorte. Quand j’ai vu l’ours [terme technique correspondant au premier montage sommaire du film], même s’il était décousu etc. j’ai su que c’était le film que j’avais en tête. Avec Le Grand Bain, j’ai été heureux du début jusqu’à la fin. J’adore mon film.

Après Cannes, venir en Australie : ça fait quoi ?

C’est inouï, je n’étais jamais venu en Australie ! Pour un Français, c’est vraiment le bout du bout du monde. Un voyage pas si fréquent. C’est incroyable de penser que tout est parti d’un ordinateur, dans un appartement, à une heure du matin. Que 4 ans plus tard, le film soit vu à Sydney et à Melbourne, c’est délirant cette idée-là. J’ai inauguré le French Film Festival dans ces deux villes et de voir des gens se déplacer en nombre, pour voir du cinéma français je trouve cette chaleur et cette curiosité formidables – en faire partie, c’est merveilleux.

Le cinéma australien, ça vous parle ?

Oui, bien sûr, Mad Max est l’un de mes films préférés ! En fait, j’adore tous les films de George Miller. Le deuxième est génial mais, dans le premier, il y a cette violence sans nom malgré le manque de moyens et il était tellement inédit. Pour vous dire, j’avais même l’affiche dans ma chambre… d’ailleurs, à bien y réfléchir, elle est toujours dans mon bureau.

A propos d’affiche, celle du Grand Bain a beaucoup varié selon les pays ?

Non pas vraiment. Sauf en Espagne où ils ont mis beaucoup de rouge, de bleu et de rose, comme pour un film d’Almodovar. Au Québec, ils ont retravaillé la typo avec de la mosaïque, c’était bien fait. En réalité, ce qui est étrange, c’est l’accueil très différent du film selon les pays. Il n’a pas marché en Espagne, mais très bien en Italie. Il a fait un carton en Nouvelle-Zélande, selon le distributeur, pas en Russie.

Votre film résonnerait plus ou moins selon les cultures ?

Je ne l’explique pas, mais pour moi Le Grand Bain est très français. Vous évoquiez le cinéma social anglais, mais mon film est plus féminin. Il y a, bien sûr, le choix de cette discipline féminine – la natation synchronisée – choisie pour marginaliser et donc forcer mes héros à être encore plus ensemble, mais j’ai aussi donné une place très forte à mes caractères féminins. Dans le fond, je crois qu’il y a plus de révolte et de colère dans les films anglais. Le mien est plus doux, plus rond. Plus français quoi.

Propos recueillis par Valentine Sabouraud (Partie 2 de l’interview ici)

Dates de l’Alliance Française French Film festival 2019 :

Sydney : 5 mars au 10 avril / Melbourne : du 6 mars au avril / Canberra : du 7 mars au 10 avril / Perth : du 13 mars au 10 avril / Brisbane : du 14 mars au 14 avril / Hobart : du 14 au 23 mars / Adélaïde : du 21 mars au 18 avril / Avoca Beach : du 22 au 27 mars / Parramatta : du 28 au 31 mars / Byron Bay : du 4 au 17 avril.

>> Pour en savoir plus, cliquez ici.

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