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Debussy en majesté à Perth grâce à Jean-Efflam Bavouzet

franckprovost

Le grand pianiste français Jean-Efflam Bavouzet connaît bien l’Australie puisqu’il s’y est déjà produit à plusieurs reprises. Entre une masterclass exceptionnelle et une répétition, il a pris le temps de nous parler jazz et impressionnisme. Un entretien passionné, qui précède de quelques jours le concert consacré à Debussy qu’il propose dans le cadre du Perth Festival.

 

Si on commençait par le commencement…
comment êtes-vous devenu pianiste ?
Kocsis Zoltan

Zoltan Kocsis « un phénomène musical »

J’ai fait des rencontres qui ont changé ma vie. D’abord, vers 18 ans, j’ai été l’élève de Pierre Sancan au Conservatoire de Paris. Il était compositeur, pianiste et chef d’orchestre… un musicien complet qui m’a appris à « aimer travailler », c’est-à-dire à devenir mon propre professeur. Cela change les perspectives ! Il m’a donné les clés pour me réaliser, c’était dans les années 80. Ensuite, j’ai rencontré un phénomène musical, comme il en existe tous les cinquante ans : Zoltan Kocsis, un génie. Lui aussi un musicien complet (quoiqu’il n’a pas composé). Nous avons fait des dizaines de concert à deux pianos. Il m’a transformé de façon rédhibitoire. Et puisqu’il était hongrois, j’aimerais évoquer un de ses compatriotes : sir Georg Solti que j’ai eu la chance de côtoyer. Tous ces artistes m’ont nourri, inspiré. Je ne me sens pas leur « héritier », mais j’essaie de suivre leurs idéaux musicaux.

Vous venez à Perth pour la première fois, mais vous connaissez déjà bien l’Australie….

Oui, j’étais même à Melbourne en septembre dernier, nous aurions pu nous y croiser ! Au-delà de cette anecdote, je suis en effet venu six ou sept fois en Australie. J’ai joué sous la direction de Mark Wigglesworth avec l’orchestre symphonique d’Adélaïde, ville pour laquelle je garde une tendresse particulière. J’ai joué à Brisbane, à l’opéra de Sydney et j’ai aussi enregistré plusieurs CD de Charles Ives avec le Melbourne Symphonic Orchestra.

Parlez-nous du concert de Perth samedi prochain…
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L’influence de Debussy reste palpable de nos jours

Il s’agit d’un rendez-vous organisé dans le cadre du centième anniversaire de la mort de Debussy, un compositeur dont la musique m’est devenue très proche. J’ai enregistré toute son œuvre, ce qui m’a valu une reconnaissance internationale (et aussi une avalanche de prix, dont un Gramophone Award et un International Piano Award, NDLR). A Perth, je ne vais pas jouer l’intégrale car « trop de beauté tue la beauté ». Je propose à peu près les trois-quarts de son œuvre, en trois parties de 45 minutes environ – ce qui est inhabituel – le tout entrecoupé de moments de conversation et de présentation. En résumé, je vais proposer une immersion qui couvrira vingt ans d’évolution de son langage musical, avec ses morceaux les plus connus mais pas seulement.

 

La musique de Debussy
est-elle si difficile à appréhender ?
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Corbeille de fleurs (Monet – Fraiming Life à Detroit jusqu’au 4 mars 2018)

Elle est subtile et vous emmène dans des régions où votre cerveau n’a pas l’habitude d’aller. Il faut faire un effort pour aller vers elle, elle distille un univers sonore unique. Sa musique a été une énorme révolution et elle influence encore les compositeurs actuels. Mais lui, à l’époque, ne se sentait pas du tout chef d’école et encore moins « impressionniste » – qualificatif qui lui a souvent collé à la peau, comme à Ravel. D’ailleurs, Debussy n’a pas du tout vécu à la même période ! Cela dit… j’étais à Détroit où je suis allé voir des tableaux de Monet. Ces petites touches de couleur qui prennent tout leur sens lorsqu’on les regarde de loin, c’est étonnant. Finalement, il me semble que Debussy procède aussi par petites touches (chez Ravel, le pinceau serait bien plus épais), avec des phrases courtes qui changent tout le temps, et c’est lorsque le morceau est terminé qu’on a une impression d’ensemble. Le rapprochement n’est peut-être pas si illégitime après tout…

Quel public attendez-vous à Perth ?

Du moment que la salle est pleine, ça me fait plaisir. A Brisbane, le public était silencieux mais vibrant. A Sydney, lorsqu’on joue à l’opéra, les spectateurs viennent parfois plus pour voir le lieu que pour écouter de la musique ; l’ambiance est donc différente. Mais je vous rassure, cela vaut pour toutes les grandes salles ! Hier, j’ai joué pour les mécènes du Perth Festival, j’ai trouvé qu’il y avait une grande ouverture d’esprit. De façon générale, j’aime beaucoup le public australien, je lui trouve une grande fraîcheur.

Vous venez d’animer une masterclass, vous avez du temps pour enseigner ?

Même si j’ai donné des cours pendant 10 ans en Allemagne et que j’ai aimé cela, aujourd’hui, ce n’est plus possible. L’année dernière, j’ai pris 97 fois l’avion. Entre les enregistrements et les concerts, je n’ai pas de temps à consacrer à autre chose.

Un musicien que vous aimez particulièrement et qui mérite d’être découvert ?

Alors là, mettez le paquet sur Jacob Collier ! Un musicien de jazz de 23 ans. Il joue de tous les instruments, il possède une oreille extrêmement développée, il a un sens du rythme incroyable. Il fait des choses très compliquées avec une facilité inimaginable ! Vraiment de la TRES belle musique – j’étais d’ailleurs en train de l’écouter quand vous m’avez téléphoné.

Valentine Sabouraud

Photo ouverture : JE Bavouzet par (C) B. Ealovega

Jean-Efflam Bavouzet au Perth Festival le samedi 24 février 2018

Government House Ballroom – 25 à 125 $ Réservations ici.

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franckprovost
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