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Décathlon: le Français Kevin Mayer pulvérise le record du monde

franckprovost

Kévin Mayer, revanchard après avoir manqué un titre de champion d’Europe qui lui semblait promis, est entré dans la légende de l’athlétisme en écrasant le record du monde du décathlon dimanche au Décastar de Talence (Gironde).

Un cliché sportif bien connu veut qu’il faut savoir « rebondir après un échec ». Après son zéro et son abandon à la longueur aux « Europe » de Berlin en août, Kévin Mayer, 26 ans, a rebondi si vite, si haut, si loin, qu’il est devenu le premier Français à s’emparer du record du monde du décathlon.

Il rejoint Renaud Lavillenie (6 m 16 à la perche) et Yohann Diniz (3 heures 32 min 33 sec) dans le club très select des Français au sommet de leur discipline en athlétisme (si l’on excepte le record du monde en salle de Teddy Tamgho au triple saut).

Mayer a réussi l’exceptionnel total de 9.126 points, devenant seulement le 3e athlète à franchir la barre mythique des 9.000 points au décathlon (après l’Américain Ashton Eaton et le Tchèque Roman Sebrle), cette compétition totale où il faut maîtriser dix épreuves (quatre courses, trois sauts, trois lancers) en deux jours.

Avec les performances réalisées ce week-end sous le soleil de Talence, Mayer aurait par exemple été finaliste des derniers championnats de France dans six disciplines sur dix…

 

Surdoué de l’athlé

Le record d’Ashton Eaton (9.045 points) semblait promis à Mayer. Bon esprit, l’Américain l’a félicité sur twitter: « Je suis super content pour Kevin Mayer et encore plus pour l’avenir du décathlon », a-t-il réagi.

« J’attendais ça depuis un moment », a expliqué Mayer au micro du stade après le 1500 m. Ce beau gosse à la mèche blonde et au physique de dieu du stade (1,86 m, 82 kg), a pris de toute façon pour habitude de banaliser l’exceptionnel.

Surdoué de l' »athlé », Mayer a connu une trajectoire linéaire: champion du monde junior en 2010, 2e des championnats d’Europe en 2014, vice-champion olympique à Rio en 2016 et enfin champion du monde en 2017.

Son échec à Berlin? Un simple bémol par rapport au « récital », formule du champion d’Europe 2014 Romain Barras, offert par Mayer aux 12.000 bruyants supporters qui se sont librement déplacés dans le stade champêtre de Talence pour encourager leur chouchou à grand renfort de « allez Kéké! ».

« Kéké la braise », son surnom, a chauffé le public de la première épreuve du Décastar, un 100 m record en 10 sec 55, à la dernière, un 1500 m rock’n roll couru au son de « Smoke on the water » (Deep Purple) sous les vivats de la foule.

« Il est dans +la zone+ », s’était émerveillé Barras après sept épreuves, cet état quasi transcendantal d’un sportif qui réussit tout, comme un basketteur qui alignerait les paniers à trois points.

De quoi faire plaisir à Mayer, grand amateur de NBA aux goûts éclectiques, du piano à l’astrologie en passant par la plongée sous-marine.

Cet ancien étudiant en DUT génie bio puis mesures physiques est aussi doté d’un mental d’acier. Jamais aussi fort que dos au mur, il avait sauvé ses championnats du monde 2017 du zéro en passant 5 m 10 au dernier essai à la perche.

Ce week-end sous le soleil de Talence, tout le stade a tremblé après ses deux échecs à 1 m 99 à la hauteur. Probablement pas lui. Il a franchi l’obstacle au dernier essai, comme ensuite à 2 m 02 et 2 m 05.

 

 Ambassadeur du décathlon

Un peu irrité lorsqu’il a manqué un appel des juges à la hauteur, et après avoir rembarré une équipe de télévision qui le collait un peu trop à son goût, Mayer a su rester concentré et résister à la pression inhérente à son statut.

« La gestion de sa deuxième journée avec des pièges partout est vraiment très forte », a réagi pour l’AFP, conquis, le champion d’Europe 1994 du décathlon Alain Blondel.

Ce garçon sûr de lui, plus que jamais ambassadeur des épreuves combinées, peu mises en lumière habituellement, s’est même permis une touche d’humour avant le 1500 m: « si je ne bats pas le record du monde, je veux bien me mettre à genou et que tout le monde dans le stade me mette une fessée », déclenchant l’hilarité générale.

Fin connaisseur de son sport, Mayer notera qu’il avait quelques mois quand l’Américain Dan O’Brien avait déjà battu le record du monde à Talence (8.891) en 1992, après avoir raté les JO de Barcelone.

Après cette journée faste pour l’athlétisme mondial, qui a vu le Kényan Eliud Kipchoge battre le record du monde du marathon à Berlin, il ne reste plus qu’un titre olympique à décrocher pour que Mayer complète sa légende.

Source : AFP


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