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Elections dans le Victoria : quel impact national ?

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Le 24 novembre dernier, 4,1 millions d’électeurs étaient appelés à élire leurs représentants au parlement du Victoria : 88 à la chambre basse et 40 à la chambre haute. Quoiqu’encore partiels, les résultats ont rapidement confirmé la victoire du parti travailliste (Labor), avec un premier ministre, Daniel Andrews, reconduit pour 4 ans. Natanael Bloch, expert en communication politique, nous commente ce résultat et évoque ses conséquences possibles sur les prochaines élections fédérales.

Les résultats sont tombés, est-ce que vous avez eu l’impression d’un intérêt fort de la part des habitants du Victoria pour cette élection ?

Avant tout, il faut préciser qu’on ne connaît pas l’ensemble des résultats. Le système ici permet de voter par voie postale et la date limite de réception des bulletins, pour cette élection, a été fixée au 30 novembre 18h. Cela signifie que le dépouillement est encore en cours dans certaines circonscriptions. On a donc des noms qui tombent au compte-gouttes, même si on sait déjà que le Labor a gagné dans les grandes largeurs. Ce fonctionnement (sur un temps long) empêche, de fait, l’existence d’un « grand soir politique » comme en France. En conséquence, l’intérêt des électeurs est souvent dilué voire limité.

Que pouvez-vous dire des grands thèmes abordés dans les campagnes des deux principaux partis en lice ?

Il y a eu des fragilités de part et d’autre. Côté Libéraux, ils ont clairement pâti des déchirements observés au niveau fédéral (brusque changement de premier ministre, Morrison remplaçant Turnbull ndlr.). J’ajoute à cela des attaques plus personnelles à l’encontre de la tête de l’opposition Matthew Guy, repéré l’année dernière en train de partager un plateau de fruits de mer avec Tony Madareffi présumé ponte de la mafia (d’où des manifestations de mécontents habillés en homard). Enfin, le parti libéral a mené une campagne « anxiogène » sur l’augmentation de la violence ou les destructions d’emploi… bref il n’a pas su projeter une vision positive et constructive. Même son projet solide de renforcement des infrastructures pour relier et dynamiser d’autres régions du Victoria a été inaudible. Côté Travaillistes, la campagne a essentiellement capitalisé sur le bilan d’Andrews et ça a marché. Pour autant, je suis étonné car, d’après les sondages, la personnalité du Premier du Victoria ne suscite pas de forte adhésion. Comme s’il y avait un décalage entre la personne et le parti.

Est-ce que ces élections ont été observées à la loupe par les autres états australiens ou même le gouvernement fédéral ?

Ailleurs en Australie, je ne sais pas si l’intérêt a été fort car le calendrier est tel qu’on a parfois l’impression qu’il y a tout le temps des élections dans les différents états et à divers niveaux. Il n’y a pas, comme je l’expliquais précédemment, de « grand-messe » capable de réunir et captiver tout le monde au même moment. En revanche, le parti Libéral a certainement suivi ces résultats, puisqu’il a « pris une grosse claque » : il a surtout sauvé et perdu des sièges, aucun n’a été « arraché » au camp adverse (d’après les résultats à ce jour). Il lui faudra donc tirer les leçons de cet échec dans le Victoria avant le prochain grand rendez-vous électoral.

Selon vous, quelles conséquences découleront de ces résultats au niveau national ?

A mon sens, elles sont au nombre de trois. D’abord, il va se poser la question du leadership. Dans les médias, on entend aussi bien les noms de Morrison, de Turnbull et d’Abbott, à se demander qui est (encore) le Premier Ministre : c’est la cacophonie à la tête des Libéraux. En parallèle, il reste la question centrale du corpus idéologique. Va-t-on se diriger vers une droitisation illustrée par l’influence grandissante d’une frange proche de l’église mormone (Markus Bastiaan dans le Victoria par exemple) ou le parti va-t-il développer une ligne plus centriste ? Pour l’instant, on assiste surtout à la bataille des droites avec déjà deux démissions symboliques dans le Victoria (Matthew Guy et Michael Kroger). Le deuxième grand thème, pour moi, va concerner les femmes. Julia Banks, élue fédérale du Victoria, vient de quitter les bancs libéraux pour voter avec les indépendants (crossbench), laissant supposer que le parti était misogyne. En réaction, ce dernier réfléchirait à instaurer un quota de candidates. Une initiative à suivre. Mais en tout cas, la place des femmes en politique et chez les Libéraux va prendre de l’ampleur. Enfin, mon troisième point porte sur le système politique lui-même. Clairement, la « valse » des premiers ministres est due à l’absence de réalité constitutionnelle de la fonction et à la facilité avec laquelle on peut le renverser. Morrison a récemment augmenté le pourcentage de voix nécessaires pour contester la légitimité du Premier ministre issu de son parti… une décision qui pourrait, enfin, apporter un peu de stabilité.

Sur quoi vont se jouer les futures élections fédérales, et quel impact pour la France ?

Le prix de l’énergie et le respect (ou non) des Accords de Paris vont certainement être abordés pendant la campagne. La question des écoles aussi est un sujet qui devrait revenir sur le tapis. Je pense notamment au programme « Safe School » (promotion du respect pour l’égalité sexuelle, quelle que soit la tendance) versus contre-programme de certaines écoles catholiques. Enfin, la politique internationale sera au cœur des programmes. A ce sujet, le choix de Scott Morrison de déplacer l’ambassade d’Australie en Israël, de Tel-Aviv à Jérusalem, est intéressant d’un point de vue géopolitique et des équilibres dans la région APAC. C’est bien sûr une décision souveraine de l’Australie, mais les conséquences politiques sont lourdes puisque la Malaisie et l’Indonésie ont dores et déjà réagi assez violemment : arrêt des relations bilatérales… D’ailleurs, en termes de coopération économique, ce n’est pas forcément une décision rentable. D’un autre côté, cela permettra peut-être aussi de revaloriser l’axe Indo-Pacifique pour lequel la France plaide avec ardeur. Sur nos relations, enfin, pas de changements majeurs à venir à mon avis, car les contrats qui lient l’hexagone à l’Australie sont désormais aussi du ressort des entreprises, et les politiques ne devraient pas se risquer à les compromettre.

Propos recueillis par Valentine Sabouraud

Légendes photos (sauf 1) : 2/ N. Bloch 2/ Carte des résultats au 24/11 où l’opposition est/ouest est notable et les verts stables (source : wikipedia) 3/ Manifestants habillés en homards 4/ J. Banks.

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franckprovost
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