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En Australie, la mort de coursiers met en lumière leurs conditions de travail

Les forçats du bitume n’ont jamais avalé autant de kilomètres. A travers la planète, les confinements ont entraîné une explosion des livraisons de repas ainsi qu’une hausse des accidents mortels de coursiers, notamment en Australie.

La pandémie de Covid-19 a entraîné l’effondrement économique de nombreux secteurs qui s’est traduit par la perte de millions d’emplois et certains n’ont pas eu d’autre choix que d’enfourcher un vélo ou une moto pour gagner leur vie.

Xiaojun Chen, 43 ans, était l’un d’eux. En dépit d’un travail éprouvant, de journées à rallonge, il n’avait qu’une idée en tête: gagner de quoi payer des études universitaires à sa fille de 15 ans, restée en Chine avec sa mère.

Mais le 29 septembre, M. Chen, en moto, est entré  en collision avec un bus dans une rue de Sydney. Décédé à l’hôpital, il fait partie des cinq coursiers qui, l’an dernier en Australie, ont trouvé la mort en l’espace de trois mois.

“Mon mari aimait sa vie, se réjouissait de l’avenir et avait un grand coeur”, raconte à l’AFP son épouse Lihong Wei, qui peine à retenir ses larmes.

M. Chen n’était pas salarié à temps plein et son épouse peut difficilement prétendre à des aides financières de la part de Hungry Panda.

La plateforme a payé l’enterrement du défunt et le vol pour l’Australie à son épouse afin qu’elle puisse y assister.

Désormais, Mme Wei, de retour dans un village de la province du Shaanxi, au nord de la Chine, peine à subvenir aux besoins de ses parents et de ses deux enfants.

– “C’est de l’exploitation” –

“Il a travaillé dur pour Panda, alors pourquoi n’a-t-il pas droit aux avantages auxquels tout salarié peut prétendre?”, a interrogé en novembre Mme Wei lors de son intervention devant une commission du Parlement de l’Etat de Nouvelle-Galles du Sud qui se penche sur les conditions de travail dans ce secteur.

Un porte-parole de Hungry Panda a affirmé à l’AFP que la plateforme a mis en place des formations pour les coursiers et envisage la création d’une assurance indemnisation en cas de dommages corporels. Elle s’est cependant refusée à tout autre commentaire sur M. Chen.

La “gig economy” (économie à la tâche) a explosé depuis l’apparition en 2009 de la plateforme de transport Uber.

Se voulant un moyen de gagner de l’argent sans les contraintes d’un emploi à plein temps, ce modèle économique est, pour beaucoup, devenu la principale source de revenus.

A 61 ans, Steve Khouw, coursier depuis plus de quatre ans pour Deliveroo, a commencé à livrer dans l’objectif de se dépenser physiquement. Rapidement, il a réalisé que nombre de ses collègues, dont la plupart parlaient à peine l’anglais, faisaient ce travail pour survivre et envoyer de l’argent à leur famille restée à l’étranger.

Les coursiers, payés à la livraison, n’hésitent pas à foncer à travers les rues pour éviter tout commentaire négatif pouvant conduire à leur exclusion de la plateforme, regrette M. Khouw.

“Ils ne peuvent pas se le permettre (…). Pour moi, c’est de l’exploitation”.

Esteban Linares, blessé lors d’une livraison pour Uber Eats, estime que la flexibilité offerte est une chimère les personnes dépendant financièrement de ces plateformes.

“Ce n’est pas aussi flexible qu’on pourrait le croire, car pour faire des bénéfices, nous devons travailler aux heures de pointe”, déplore M. Linares à l’AFP.

– Un problème mondial –

Ces dernières années, les recours judiciaires de ces indépendants se sont multipliés à travers le monde, notamment pour dénoncer l’absence de salaire minimum et de congés payés.

En mars, l’Espagne a été le premier pays européen à considérer automatiquement les livreurs travaillant pour Deliveroo ou UberEats comme des salariés. La France réfléchit à une régularisation des plateformes de chauffeurs et livreurs.

En avril, l’application australienne et néo-zélandaise Menulog a dit envisager que ses livreurs australiens soient considérés comme des salariés.

“Quand les gens commencent à se faire tuer et à être hospitalisés, la ligne rouge est franchie”, a déclaré le directeur général de Menulog, Morten Belling, lors d’une audience parlementaire à Sydney.

Mais la part de marché détenue par Menulog en Australie fait pâle figure face à celle d’Uber Eats qui, selon le cabinet d’études de marché IBISWorld, représentait l’an dernier près de 70% des revenus du secteur.

Une porte-parole d’Uber Eats Australie a indiqué à l’AFP que sa plateforme demande des “mesures raisonnables” pour offrir plus d’avantages et une meilleure protection mais ne pas envisager de suivre Menulog car cela se traduirait par moins de flexibilité.

De son côté, Deliveroo dit s’engager à améliorer les conditions de travail tout en pointant que la législation en vigueur limite la marge de manoeuvre.

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