fbpx
Copyright LE COURRIER AUSTRALIEN 2016
HomeACTUEntre déni et espoir, « les mécanismes de défense » face au changement climatique

Entre déni et espoir, « les mécanismes de défense » face au changement climatique

gjfood

Déni, espoir ou même Dieu… Face à la terrible vérité scientifique du changement climatique, les humains mettent en place divers « mécanismes de défense psychologiques », explique à l’AFP le philosophe australien Clive Hamilton.

Peu nombreux sont ceux capables de « vivre avec, au quotidien », poursuit l’auteur du best-seller « Requiem pour l’espèce humaine ».

Q: Est-ce que la menace liée au changement climatique a été minimisée ?

R: « L’accusation d’+alarmisme climatique+ est une invention astucieuse d’une entreprise de relations publiques travaillant pour les énergies fossiles. En fait, les scientifiques et les défenseurs de l’environnement ont hésité à dire la vérité au public sur l’ampleur et l’irréversibilité du réchauffement.

Il y a plusieurs raisons pour minimiser les dangers. Certains scientifiques se sont laissés intimider, subissant les attaques constantes des négationnistes de la science climatique et des politiques conservateurs. Ce sont des êtres humains, mais en tant qu’experts ils ont une responsabilité d’informer la population sur la science, surtout quand les pires scénarios deviennent réalité.

Les défenseurs de l’environnement ont d’autres raison. Ils sont convaincus que raconter des histoires de fin du monde est contreproductif, qu’ils doivent donner de l’espoir aux gens parce que la morosité les immobiliserait ou bien  ils voudraient faire la fête en attendant de mourir. En fait, l’histoire montre qu’une fois que les êtres humains sont mis en face de la vérité, aussi horrible soit-elle, ils répondent de la meilleure manière possible.

Quand quelqu’un me dit +nous devons donner de l’espoir aux gens+, je lui réponds: +Espoir de quoi?+ Nous avons dépassé le cap d’un réchauffement climatique réversible. La question est maintenant: que devons-nous faire pour le contenir sous les +2°C et non +4°C?

(En face), un vœu pieu est propagé par certains, convaincus (…) que les humains vont créer un monde magnifique de prospérité pour tous dans un jardin des délices. De manière surprenante, cette vision a de l’influence, surtout aux Etats-Unis où l’optimisme est enraciné dans la culture. Avec leur longue histoire sanglante de violences des hommes, les Européens sont mieux préparés psychologiquement pour ce qui va arriver ».

Q: Vous avez dit un jour « nous sommes tous des climato-sceptiques ». Que vouliez-vous dire ?

R: « Le nombre de gens ayant accepté l’entière vérité de la science climatique a longtemps été très réduit. Mais récemment ça a augmenté. De plus en plus de jeunes apprennent cette science climatique à l’école, sont en colère et réclament des actes.

Mais même ceux d’entre nous qui connaissent toute la vérité ont du mal à vivre avec au quotidien. Il y a ceux qui nient la vérité, ceux qui se disent que ça ne peut pas être si terrible, ceux qui croient qu’une solution sera trouvée pour faire disparaître le problème, et ceux qui connaissent la vérité mais qui ne la laisse sortir que par moment. Seuls quelques uns, avec des ressources psychologiques fortes, sont capables de vivre avec en permanence. Certains militants sont comme ça.

Cela fait peur de penser à un monde à +4°C, les extinctions, les mauvaises récoltes, les migrations de masse, les tempêtes et les incendies. Alors on se protège en utilisant des mécanismes de défense psychologiques. On l’ignore, on ne lit pas certains reportages, on se dit que les humains ont résolu d’autres problèmes difficiles, ou on espère que Dieu nous sauvera ».

Q: A la COP21 à Paris, en 2015, vous étiez optimiste sur le fait que l’humanité parvienne à être à la hauteur. Qu’en est-il aujourd’hui ?

R: « La COP de Paris était unique (…), on avait l’impression d’être enfin à un tournant. L’ambiance était grisante, et je suis tombé dans le piège. Quelques obstinés comme (le scientifique) Kevin Anderson, disaient +il est trop tard, ça ne marchera pas+, mais j’ai choisi d’écouter des gens engagés convaincus que c’était un tournant. Une lueur d’espoir après des années d’accablement semblait libérateur. J’aurais dû me méfier.Qu’est-ce qui s’est passé ? En un mot, Trump. N’oubliez-pas qu’il a été élu en tant que climato-sceptique ».

——————————————

N’oubliez pas de suivre Le Courrier Australien sur Facebook et Instagram, et de vous abonner gratuitement à notre newsletterDes idées, des commentaires ? Une coquille ou une inexactitude ? Contactez-nous à redaction@lecourrieraustralien.com.

Comments
franckprovost
Share With: