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Entretien avec L.F. Bollée, auteur de deux romans graphiques sur l’histoire australienne

NCT

Terra Australis, roman graphique de 500 pages paru en 2012, racontait l’épopée du voyage des premiers britanniques débarqués sur le vaste continent australien. A l’époque, cette fresque historique nous avait époustouflés… et laissés dans l’attente de savoir ce qu’étaient devenus ses protagonistes.

Cinq ans après, Terra Doloris nous en apprend davantage sur le destin exceptionnel de certains passagers des premières flottes.

Laurent-Frédéric Bollée, scénariste, nous fait entrer dans les coulisses de cette œuvre titanesque qui tient le lecteur en haleine de la première à la dernière page.

 

Qu’est-ce qui vous a amené à conter ainsi dans le détail la naissance de l’Australie, ce pays si éloigné du vôtre ?

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Laurent-Frédéric Bollée

J’ai eu l’occasion d’aller en Australie régulièrement pour mon travail (Laurent-Frédéric Bollée est journaliste sportif spécialisé dans les sports mécaniques ; scénariste de BD est son « deuxième métier, mais métier-passion », comme il se plaît à le qualifier, ndlr). Pendant des années, j’y retournais même en vacances dans le cadre d’échanges de maison.

Je suis tout de suite tombé sous le charme des paysages australiens incroyables, de leurs couleurs, de ces espaces immenses : l’un des plus beaux pays du monde, assurément. Mais je suis également fasciné par deux aspects. D’abord l’éloignement extrême. Je ne le vis pas comme une tyrannie de la distance mais comme un appel au voyage. Même avec les moyens d’aujourd’hui, se rendre en Australie est déjà une aventure en soi.  Et puis, le plus stupéfiant, c’est le fait qu’il y a 220 ans, rien de tout ce qu’on y trouve aujourd’hui — villes modernes, infrastructures, culture Aussie… — n’existait. Comparé à la vieille Europe, ce pays est né hier et s’est développé à une vitesse incroyable.

 

Comment vous est venue l’idée de Terra Australis, le premier tome sorti en 2015 ?

C’était en 2007. Je me promenais sur Phillip Island, dans le Victoria et je me suis tout à coup demandé qui était ce Phillip. Je suis allé à Dymocks Bookstore, la plus grande librairie de Melbourne, et j’ai acheté une dizaine de livres sur la première flotte et les premières années de la colonie à Port Jackson. Ca m’a immédiatement passionné. Mes lectures et recherches m’ont occupé plus d’un an avant de me mettre à l’écriture, qui m’a pris au moins une année supplémentaire. J’ai proposé le projet à mon éditeur, Glénat, qui a tout de suite accepté. Philippe Nicloux (le dessinateur) a ensuite eu besoin de 3 ans pour dessiner les 500 planches que j’avais imaginées.

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Comment décririez-vous ce deuxième tome, Terra Doloris, par rapport au premier, Terra Australis ?

Terra Australis décrit ce qui s’est globalement passé avant l’installation des colons : la naissance du projet de colonie en Angleterre, le voyage épique vers les terres australes. C’est une sorte de leçon d’histoire, avec un petit côté encyclopédique. En revanche, Terra Doloris est plus humain : le livre s’attache aux premières années de
la colonie à travers le destin particulier de deux personnages, Mary Broad, condamnée à la déportation (qui, dans le 1ertome, accouchait en pleine mer) et Thomas Muir, prisonnier politique écossais.

 

Pourquoi s’être intéressé à ces deux-là en particulier ?

D’abord parce que tous deux sont des fugitifs : quoi de plus spectaculaire que des récits d’évasion ? Mary Broad (devenue Mary Bryant) était pourtant mariée et mère de famille, installée dans une petite maison. Quant à Thomas Muir, authentique prisonnier politique écossais, il bénéficiait d’un traitement de faveur : on lui avait donné des terres et une fermeImage 28 agricole à diriger. Cela permet de faire la lumière sur un aspect méconnu : même si leurs conditions de vie valaient mieux que l’insalubrité des prisons londoniennes et malgré les opportunités une fois leur peine purgée, ces premiers déportés restaient des prisonniers. Ils étaient séparés des leurs et privés de leur liberté. Certains ont accepté et joué le jeu : ils ont cultivé le morceau de terre qu’on leur a donné, ont fait du commerce, se sont transformés en véritables pionniers. Mais parmi ces 800 premiers déportés, nombreux étaient ceux qui ne rêvaient que d’une chose : fuir, par tous les moyens. Certains ont même fait route vers l’intérieur des terres en pensant trouver la Chine derrière les Blue Mountains !

 

Certaines anecdotes sont stupéfiantes : quelle est la part inventée dans ce que vous racontez ?

A peu près rien : tout est réel ! Tous les personnages de Terra Doloris ont bien existé et je n’ai rien imaginé de leur destinée: je me suis contenté de la mettre en scène. Du fait de sa proximité historique, la naissance de l’Australie est extrêmement documentée. Par exemple, on a récupéré au moins cinq ou six journaux intimes sur le voyage et les premiers temps de la colonie. Et les historiens ont établi des fiches d’état civil de tous les 800 déportés de la première flotte : il suffisait de les parcourir pour découvrir certaines trajectoires tout à fait extraordinaires. J’ai choisi Mary Bryant parce que par le plus improbable des hasards elle est connectée à un autre épisode historique bien connu : celui des révoltés du Bounty. Quant à Thomas Muir, condamné en Ecosse pour ses écrits subversifs, ardent défenseur de la Révolution française, je l’ai découvert plus tard et l’ai choisi pour son lien particulier avec notre pays.

 

On se pose la même question pour les dessins, superbes, notamment les vues de la colonie à ses tout débuts : quelle est la part imaginée par le dessinateur Philippe Nicloux ?

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Laurent-Frédéric Bollée et Philippe Nicloux devant l’Opéra de Sydney

Là encore on dispose de beaucoup de sources iconographiques : des dessins et peintures, dès 1788. Philippe Nicloux a donc travaillé à partir de documents d’époque. Il a aussi travaillé avec des photographies plus récentes, pour la végétation, les animaux — en fait il n’avait jamais mis les pieds en Australie avant de dessiner le premier tome et y est allé pour la première fois en 2015, lorsque nous faisions la promotion de Terra Australis !

C’est d’ailleurs à notre retour que je lui ai proposé de faire la suite. Il a eu cette réponse touchante en acceptant : « Les personnages me manquent »…

Vos livres abordent aussi la relation des colons avec les Aborigènes, à travers plusieurs personnages et Image 47notamment celui de Bennelong…

En effet, et là encore je n’invente rien. Bennelong a bel et bien été capturé et utilisé par les colons pour qu’il leur apprenne sa langue, afin de faciliter les échanges avec les autochtones. Des livres entiers sont consacrés aux relations entre premiers colons et Aborigènes, mais ils les relatent d’un point de vue occidental. La version de ce peuple ancestral, victime d’un impérialisme avéré, reste inatteignable. C’est la raison pour laquelle, dans Terra Doloris, je l’ai personnalisé
par une sorte d’Aborigène anonyme et ai écrit un long monologue sous forme de questions.

 

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Envisagez-vous une suite à Terra Doloris ?

Pas à proprement parler, mais j’ai déjà en tête deux autres projets en rapport avec l’Australie. Dans les deux cas, l’action se situerait au début du XIXèmesiècle, donc toujours à cette période clé de la naissance du pays, qui me fascine ; au point que je me demande si je n’ai pas été bagnard en Australie dans une vie précédente !

 

Karine Arguillère

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Terra Australis et Terra Doloris (ed.Glénat) sont disponibles dans toutes les bonnes librairies en France et en vente par correspondance en Australie.

Terra Australis est également disponible en anglais (et en allemand).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Illustrations : Terra Doloris (Philippe Nicloux)

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franckprovost
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